Concept de la pensée réaliste et de l’approche Réaliste en psychothérapie.La pensée réaliste Le modèle ABC: relation événement-pensée-émotion. Il est important de noter que ce sont nos pensées qui nous procurent nos émotions et non pas les événements. Ainsi, un soleil radieux ne réjouit ou n’attriste pas, c’est ce qu’on en pense qui nous donne ces émotions. Le cultivateur qui pense: "Je suis en train de perdre ma récolte. Quelle catastrophe..." ressentira de l’anxiété. Et le vacancier qui pense: "Quel beau soleil pour aller nous baigner" ressentira de la joie. On voit que c’est la pensée à l’occasion du soleil qui cause l’émotion et non le soleil.... (A) représente l’événement. (B), la pensée. et (C), l’émotion. Nos émotions (C) proviennent de nos pensées (B) à l’occasion des événements (A) qui se produisent. On désigne aussi les pensées par les mots: façons de voir, idées, cognitions, scénarios, imaginations, croyances, interprétations, déductions, conclusions, etc.. Cette notion est primordiale: nous créons nos émotions par nos propres pensées. Et il s’agit d’une bonne nouvelle! Parce que si c’est nous-mêmes qui nous procurons nos émotions désagréables, c’est donc que nous pouvons aussi nous donner des émotions agréables... Nous pourrons constater que notre manière actuelle de penser est, comme une langue, largement apprise durant notre vie et tout spécialement notre petite enfance, et que nous pouvons à tout âge apprendre une nouvelle langue, c’est-à-dire de nouvelles façons de penser, de ressentir et d’agir. Examinons à nouveau ce phénomène avec un autre exemple et en en classant les éléments selon le modèle ABC. Et essayons de mettre en lumière le rôle de nos pensées dans la création de nos émotions. Événement-(A): je trouve la chambre de mon enfant de 5 ans dans un état avancé de désordre... Je ressens de la déception-(C). D’où vient cette émotion-(C)? L’on serait porté à dire: de l’événement-(A) chambre à l’envers. Après tout si la chambre était en ordre, je ne serais pas déçu... Mais est-ce bien vrai? L’événement est-il la cause de mon émotion? Continuons l’histoire. Comme je sors de sa chambre, je le vois qui me regarde, tout rayonnant, et qui me dit, avec un sourire amusé et un regard complice, "...qu’il m’avait joué un bon tour, en voulant me faire croire que sa chambre avait été dévalisée par un voleur..." Évidemment, mon émotion (C) change instantanément: je ne suis plus déçu du tout. Je suis moi aussi amusé, je le trouve coquin et je l’aime... Je suis passé de déception à joie et amour... Mes émotions ont radicalement changé... Comment cela se fait-il? Examinons cela... Tout à l’heure, je disais que ma déception (C) provenait de (A) la chambre à l’envers. Mais pourtant l’événement (A) n’a pas changé: la chambre est encore à l’envers. Alors que mon émotion (C), elle, a changé... Curieux... Qu’est-ce qui a changé? Mes pensées... Car en fait, c’est ce que j’ai pensé (B) qui m’a donné mes émotions. Tout à l’heure, je me disais: "Il ne fait pas du tout attention, comme j’aimerais et comme il m’avait dit qu’il ferait... Mauvaise affaire... (C-Déception)" Et maintenant, je ne pense plus la même chose, je me dis: "Il m’a bien eu! (C-Joie) Mais pas comme il le pensait toutefois... (C-Surprise) S’il veut me faire une blague gentille, c’est qu’il m’aime, c’est bien intentionné... (C-Amour) Et puis il a un bon sens de l’initiative et de la mise en scène. (C-Estime) Il n’a pas fait les choses à moitié! (C-Amusement) Quel désordre! (C-Rire)... Mais sans doute que son sens de la mesure s’affinera avec l’expérience du ramassage..." (C-Calme, sérénité). C’est donc ce que je pense, à l’occasion de ce que je perçois, qui détermine les émotions que je ressentirai... Ainsi les cris de mon enfant ne m’effraient pas. C’est quand je pense qu’ils expriment un danger que je m’apeure (alors que ses cris pouvaient exprimer de la joie mêlée de surprise, par exemple...). Si je pense que je ne sortirai pas de mon problème, je me sentirai découragé (même si en réalité le problème peut se régler facilement...) Si je pense que c’est une bonne affaire d’avoir gagné le million, je me réjouirai. Et si je pense que je risque de me faire jouer ou exploiter, je ressentirai de la crainte... Il ressort de ce que nous venons de voir que nos pensées ont un impact déterminant sur nos émotions et nos actions dès que nous les croyons vraies... Ce point fondamental est à la fois une conclusion et un point de départ. Pour nous aider nous-mêmes à avec nos émotions, c’est en définitive à nos pensées que nous aurons à nous adresser. A partir de cette constatation, en observant attentivement les humains et ce qu’ils se disent, nous observons que nous pouvons distinguer trois types de pensées que nous pouvons avoir... Nous pouvons penser et croire: -des idées réalistes, vraies (dont le contenu correspond à une réalité observable et vérifiée). Exemples: je suis un être humain, je pense, je vis, je lis actuellement... -des idées irréalistes, fausses (dont le contenu ne correspond pas à la réalité telle qu’on peut la percevoir). Exemples: on peut tout savoir, certaines personnes sont toujours bien adaptées aux circonstances... -des idées incertaines, douteuses (dont le contenu est invérifiable, pour l’instant ou pour toujours). Exemples: il pleuvra demain à Tanger, cette pensée se révélera vraie ou fausse demain. Je serais plus heureux si mes parents avaient été plus riches, cette pesée sera toujours invérifiable. Le processus de l’adéquation des pensées à la réalité. Cependant que nos idées soient vraies, fausses ou douteuses, si nous les croyons vraies, elles nous donneront des émotions qui, elles, seront toujours vraies!... Comme, aussi, seront vraies les actions que nous poserons en fonction de ces idées. Or... ...Si nos idées sont réalistes et correspondent à la réalité, nos émotions et nos actions seront adaptées au réel et donc habituellement appropriées et efficaces. ...Par contre, si nos idées sont irréalistes, nos émotions et nos actions seront inadaptées au réel. Elles seront donc habituellement inappropriées et inefficaces. ...Et si nous donnons foi à des idées incertaines (dont le contenu est peut-être vrai ou peut-être faux), les émotions et les actions qu’elles susciteront chez nous pourront être adaptées au réel ou non, selon que l’idée s’avérera en définitive vraie ou fausse. Comme nous le constatons, des pensées réalistes sont adaptatives alors que des pensées irréalistes sons non adaptatives. De plus, l’observation de soi et des autres nous permet de constater que les émotions issues de pensées irréalistes sont non seulement inappropriées à la réalité, mais très souvent désagréables et puissantes... Culpabilité, dévalorisation personnelle et hostilité sont toujours causées par des pensées irréalistes, aussi curieux que cela puisse sembler au départ.... D’un autre côté, notre anxiété, elle, se base presqu’exclusivement sur des idées irréalistes (comme on dit, nous "catastrophisons" facilement...). La tristesse, quant à elle, se forme principalement à partir d’idées incertaines... Un exemple. Si je me sens dévalorisé, "bon à rien", c’est que mes pensées sont irréalistes: je me vois irréalistement à la baisse... La réalité, c’est peut-être que j’ai fait une erreur, mais pas que je suis un bon à rien.... L’importance des idées réalistes. Par ailleurs, l’observation de soi et des autres nous démontre également que les idées réalistes sont porteuses d’émotions appropriées et la plupart du temps agréables et modérées (comme la joie, l’amour, la sécurité personnelle, etc.). Il sera donc de la première importance pour le bien-être de la personne de s’occuper à penser réalistement, à déloger de son esprit les idées irréalistes qui lui procurent ces émotions négatives et inappropriées. De la même façon, il sera avantageux d’entretenir des idées réalistes et adaptées pour en arriver à vivre en harmonie avec le monde et ceux qui l’entourent. Ses émotions seront alors appropriées au réel ainsi que ses actions et celles-ci auront beaucoup plus de chances de viser juste, d’être efficaces et d’ainsi lui apporter satisfaction. L’adéquation des idées à la réalité: comment faire. Il s’agira donc d’arriver à penser réalistement... L’approche réaliste montre comment procéder. L’approche réaliste ou émotivo-rationnelle d’Albert Ellis met l’emphase sur les cognitions, c’est-à-dire les pensées, les idées, les croyances qui se cache derrière les émotions et ce particulièrement dans l’ici et maintenant. Quand je sentirai une émotion négative, je me demanderai de quelle émotion il s’agit puis quelle est l’occasion de cette émotion et enfin ce que je me dis à cette occasion. Puis une fois que j’aurai trouvé quelles sont mes pensées, je me demanderai si ce que je pense correspond réellement à la réalité et où sont les preuves de ce que j’avance. Suite à cette comparaison entre les pensées et la réalité, le sujet arrivera infailliblement à l’une des trois conclusions suivantes: -Ou bien ses pensées sont irréalistes, fausses. Dans ce cas, il aura avantage à les remplacer par des idées vraies. Ce faisant, ses émotions désagréables et ses actions inefficaces, issues de ces idées irréalistes, seront remplacées par de nouvelles émotions et de nouvelles actions mieux adaptées, issues de ses nouvelles idées réalistes. -Ou bien ses pensées sont incertaines, douteuses. S’il constate qu’il ne peut pas déterminer si son idée est vraie ou fausse, faute de pouvoir la vérifier, il se gardera de lui donner foi, de la croire vraie. Il admettra peut-être cette idée comme étant possible mais non pas certaine, ce qui en diminuera automatiquement l’impact émotif et comportemental. -Ou bien ses idées sont réalistes, vraies. S’il constate que ses idées sont réalistes et donc que son trouble est fondé, il pourra essayer de modifier la réalité, d’agir pour influencer le cours des événements. Et si cela s’avère impossible, il lui restera à accepter la réalité, en évitant de l’amplifier par la catastrophisation. Devant des idées incertaines mais possibles, il est parfois avantageux d’imaginer ce que nous pensons et de voir comment nous nous sentons en admettant que l’idée soit vraie ou fausse et de nous adapter à ces éventualités.
Origines de la Psychothérapie d’approche Réaliste.La Psychothérapie d’approche Réaliste se situe à la fine pointe de la recherche en psychologie cognitivo-comportementale. Elle est directement issue de la « Rational Emotive Behavior Therapy » (REBT), élaborée vers 1955 par Albert Ellis, un psychologue américain. Très connue aux Etats-Unis, la REBT l’est beaucoup moins dans la francophonie. Elle y fut principalement présentée, sous le nom de « Psychothérapie Émotivo-Rationnelle », par Lucien Auger, psychologue québécois maintenant décédé. Issue de ces écoles, la Psychothérapie d’approche Réaliste se caractérise par ce qu’on pourrait appeler son esprit scientifique et humaniste. Elle allie gros bon sens, compréhension et acceptation chaleureuse de la personne, esprit scientifique rigoureux… et souci de l’efficacité réelle des outils proposés. Il s’agit d’une approche très ouverte à toutes les idées et aux apports constructifs et utiles provenant de toute autre école de pensée. L’appellation « Psychothérapie d'approche Réaliste » annonce la démarche de «recadrage réaliste de nos pensées», ce changement de perceptions qui est l’objectif et la partie la plus importante de la psychothérapie. Les objectifs de la Psychothérapie d'approche Réaliste sont les suivants :
La Psychothérapie d'approche Réaliste aide donc la personne aux niveaux de ses pensées, de ses émotions, de ses communications et de l’ensemble de ses actions.
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Dr. EL KAHLOUN dernière mise à jour le 20 mars 2008 |
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