La cocaïne
n'a pas toujours eu le rôle d'ennemi public qui lui est
réservé actuellement. Les Indiens d'Amérique du Sud
mâchonnaient la feuille de coca pour en extraire le jus ou
la découpaient en très petits morceaux et la plaçaient à
l'aide d'une petite cuillère sous la langue pour que les
principes actifs puissent être absorbés par les minuscules
vaisseaux sanguins des gencives. Ils utilisaient les
feuilles de coca pour chasser la fatigue, oublier la faim et
augmenter l'endurance.
Introduite
sous forme purifiée aux Etats Unis en 1884, année où parut
le livre de Sigmund Freud sur ce sujet, elle devint
rapidement fort populaire, notamment sous la forme d'un "vin
à la cocaïne" (280 mg de cocaïne par litre de vin) et de son
équivalent "vertueux" sans alcool, le Coca-Cola (1886). En
1906, dans le Coca-Cola, la cocaïne est remplacée par de la
caféine. L'Europe disposait du Vin Mariani, « élixir de
vie », dont les qualités furent appréciées par la Reine
Victoria et célébrées par Anatole France. La consommation
considérable de cocaïne à cette époque révéla
progressivement les risques de dépendance et d'effets
toxiques sévères et sa vente fut fortement restreinte dès le
début de ce siècle.
Vers 1914, un
laboratoire pharmaceutique introduisit les cigarettes de
cocaïne aux Etats-Unis, mais la température élevée
nécessaire pour transformer le principe actif (le
chlorhydrate de cocaïne) en fumée, entraînait la destruction
de la substance chimique. C'est la raison pour laquelle les
cigarettes ne devinrent jamais populaires.
Dans les
années vingt, une nouvelle forme populaire d'utilisation de
la cocaïne est née : la prise nasale de poudre (« snorting »).
Au milieu des
années 70, des chimistes clandestins transformèrent le
chlorhydrate de cocaïne en « cocaïne base » pour tenter de
purifier la drogue vendue dans la rue de ses nombreux
coupages ou diluants. Le « crack» était né.
La cocaïne est l'une des drogues les plus
addictives. On estime que 10
% des personnes qui débutent une consommation
récréationnelle deviendront des consommateurs compulsifs.
Cet alcaloïde
extrait des feuilles de coca, obtenu par la distillation des
feuilles de cocaïer préalablement séchées, correspond en
fait à la forme sel hydrochloride qui est hydrosoluble, mais
se décompose à des températures supérieures à 200 °C.
La
cocaïne-base est obtenue par divers procédés
d'alcalinisation du chlorhydrate de cocaïne. En effet, c'est
un mélange de cocaïne, de bicarbonate de soude et
d'ammoniaque présenté sous forme de petits cailloux. Il est
insoluble en milieu aqueux, mais très liposoluble. Il peut
supporter des températures élevées (jusqu'à 900°C). C'est
pour cette raison que le crack est fumé. Après l'avoir
chauffé, l'usager en inhale la fumée. Cette opération
provoque des craquements, origine de son nom.
La cocaïne se
présente sous la forme d'une fine poudre blanche. Elle est
sniffée, fumée inhalée ou administrée en injection. Lorsque
la cocaïne est sniffée, elle agit sur le cerveau après
environ 3 minutes; après 5 à 10 secondes lorsqu'elle est
fumée ou administrée par injection. Les effets euphorisants
de la cocaïne persistent pendant 15 à 30 minutes quand elle
est absorbée par voie nasale, (sniffée), alors que quand le
crack est fumé, la durée des effets est plus courte (5 à 10
minutes).
D'autre part,
la cocaïne est en général coupée (20 à 60 %), alors que le
crack peut atteindre un degré de pureté allant jusqu'à 95 %.
Pour toutes
ces raisons, le produit arrive plus rapidement au cerveau,
la durée de son effet est plus brève, les effets
euphorisants et addictifs, et la probabilité d'une évolution
vers une consommation compulsive sont considérablement
augmentés chez les patients consommant le crack.
La cocaïne
est un excitant du système nerveux central, euphorisant,
pouvant avoir un effet hallucinogène ou sexuellement
stimulant (attention: sa consommation régulière entraîne
l'impuissance sexuelle). La cocaïne entraîne une forte
dépendance psychique. La dépendance physique est faible.
Les effets
euphorisants de la cocaïne sont la conséquence de
l'inhibition par la drogue des mécanismes de recapture de la
dopamine au niveau du système limbique («cerveau des
émotions»). Donc, la présence et l'effet de la dopamine dans
les synapses sont augmentés. Le mécanisme de recapture,
bloqué par la cocaïne , tente de faire face à la situation.
Au moment de l'arrêt de la consommation de la cocaïne, le
mécanisme de recapture de la dopamine, « surdéveloppé »
entre temps, va abaisser les taux de dopamine en dessous du
niveau physiologique. C'est pour cette raison que la
personne commence à présenter les troubles psychiques
(dépression, anxiété, anhédonie), ce qui la conduit à la
rechute.
La cocaïne
stimule notre centre de la récompense et du plaisir (la
partie du cerveau qui nous indique quand nous avons fait
quelque chose de bien). En stimulant ce centre, la cocaïne
nous trompe. Elle informe notre cerveau que nous n'avons ni
faim, ni soif et que nous sommes satisfaits sexuellement,
bien que nous n'ayons pas mangé, bu ou eu des rapports
sexuels.
Cette
stimulation est perçue comme un « flash » généralisé, un
sentiment de bien être et de plaisir. Avec le temps,
l'intensité du flash diminue nettement, mais son
souvenir, surtout celui de la première fois, reste gravé
dans la mémoire.
Les effets
euphorisants se manifestent par une hyperstimulation, une
augmentation de la confiance en soi, de l'entrain pour
travailler, une réduction de la fatigue et une sensation de
compétence intellectuelle accrue. Les effets physiques de la
cocaïne sont la vasoconstriction, la dilatation pupillaire
et l'augmentation de la température corporelle, de la
fréquence cardiaque et de la pression artérielle. La prise
de doses élevées de cocaïne ou sa consommation régulière
peuvent induire des états paranoïaques caractérisés
principalement par un comportement agressif.
La
consommation simultanée de cocaïne avec de l'alcool, ou avec
de l'héroïne ("Speed Ball") provoque une potentialisation
des effets euphorisants de la cocaïne. L'association de
cocaïne et d'alcool conduit à la formation de cocaéthylène
qui cumule la toxicité de ses produits.
Les effets secondaires
de la consommation de cocaïne sont les suivants : perte de
l'appétit, perte de poids importante, état de veille
(insomnies), palpitations et pâleur (dues à des carences
alimentaires), sentiments de persécution, syndrome
dépressif, et à la longue, destruction de la cloison nasale.
Il faut rappeler que l'hyperstimulation par la dopamine du
centre de la peur dans le cerveau est la cause physique du
syndrome de paranoïa. Le syndrome dépressif est dû à
l'épuisement des stocks de sérotonine, qui aide à dormir et
stabilise l'humeur.
Lors du sevrage,
en raison d'une baisse de la dopamine synaptique, les
patients présentent un état dépressif : dysphorie, anergie,
anhédonie (absence de capacité à ressentir du plaisir),
besoin intense de drogue (« craving »). Le risque de
tentative de suicide est très important.
Les symptomatologies d'une surdose
sont les suivantes : anxiété, respiration difficile, forte
dilatation des pupilles, hypertension et palpitations,
convulsions. Les convulsions peuvent causer une paralysie
respiratoire ou un collapsus cardiaque. Souvent, de fortes
migraines et des vomissements surviennent pendant et après
une surdose.
La toxicité de
la cocaïne n'est pas dose dépendante ! ! ! De petites doses
ou une dose unique peuvent provoquer des troubles majeurs
(un infarctus du myocarde par exemple) alors que chez
d'autres personnes une dose plus importante est tolérée. De
plus, en raison d'une tolérance inverse, les consommateurs
de cocaïne deviennent davantage sensibles à ses effets
toxiques ! ! !
La toxicité
provoquée par l'abus de cocaïne se manifeste surtout au
niveau du système cardio-vasculaire, du cerveau et du foie.
Les
complications cardio-vasculaires sont les suivantes :
infarctus du myocarde (dû à l'effet vasoconstricteur et à
l'augmentation de l'agrégation plaquettaire), myocardite,
arythmie cardiaque (tachycardie, voire fibrillations
ventriculaires). De plus, il a été montré qu'elle accélérait
l'artériosclérose chez les jeunes patients. Aujourd'hui, aux
USA, environ un infarctus du myocarde sur quatre est
imputable à la consommation de cocaïne. Les consommateur
fréquents de cocaïne présentent un risque 7 fois plus élevé
d'infarctus du myocarde non-fatal.
Sur le plan
de la neurotoxicité, la littérature décrit des épisodes
locaux ou généralisés d'ischémies et d'infarctus cérébraux,
des crises d'épilepsie, des atrophies cérébrales (en
particulier dans le cortex frontal et les noyaux de la
base), et des lésions des neurones dopaminergiques qui
peuvent conduire à des effets extra-pyramidaux tels que des
dystonies, des mouvements choréiques et des tremblements des
mains.
N'oublions
pas que, comme c'est le cas avec l'usage intraveineux de
n'importe quelle drogue, des seringues contaminées peuvent
transmettre des hépatites, le Sida, des infections sanguines
et cardiaques.
La toxicité
pré et périnatale de la cocaïne a pu également être
précisée. De nombreuses altérations sont décrites :
accouchement prématuré, retard de croissance intra-utérine,
rupture prématurée des membranes, décollement placentaire.
Des malformations congénitales majeures ont été décrites
chez 10 % de nouveau-nés issus de mères consommatrices de
cocaïne (malformations de type cardio-vasculaires,
urogénitales et squelettiques). La toxicité pré et
périnatale est probablement due à une vasoconstriction au
niveau du placenta et une hypoxie du foetus, conduisant à
des interruptions vasculaires intermittentes et des
ischémies dans les différents tissus.
A ce jour, il
n'existe pas de traitement pharmacologique spécifique et
efficace. La prise en charge est plutôt symptomatique :
antidépresseurs si dépression, neuroleptiques si crise de
paranoïa, tranquillisants si état d'anxiété important. Les
patients ont surtout besoin de récupérer leur sommeil et de
recommencer à se nourrir correctement. Plusieurs approches
psychothérapeutiques dans les prises en charge des
cocaïnomanes ont été évaluées. Ce sont les approches
cognitivo-comportementales qui ont donné les meilleurs
résultats.
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