Le comportementalisme est un des courants de la
psychologie qui s’appuie à la fois sur les travaux de réflexologie de
Pavlov et de son école et sur les travaux de l’école béhavioriste
américaine qui à la suite des travaux de Watson (1913) interroge le
comportement humain et réduit la psychologie à la somme de
comportements. Le comportementalisme va trouver peu à peu dans la
maladie mentale des domaines d’applications des théories psychologiques
générales qu’il construit. Le symptôme y apparaît comme un
apprentissage, comme une modification du comportement dont la
théorie du conditionnement opérant doit rendre compte. En
parallèle, les thérapies comportementales rendent compte des
possibilités de déconditionnement et des effets de ces
déconditionnements sur le symptôme. Selon Swendsen et Blatier (1996) «
ce qu’on appelle « trouble mental » n’est en fait pour l’essentiel qu’un
apprentissage mal adapté des comportements, informations et sentiments.
»
Les fondateurs du mouvement
béhavioriste (comportementaliste) sont :
Le béhaviorisme ne
s'intéresse pas aux questions philosophiques. Ce mouvement souhaite faire de la
psychologie une science expérimentale et conditionner le sujet par des stimuli,
des réponses externes à lui par des comportements. La première expérimentation
monographique sur l'apprentissage de l'animal est réalisée par
Edward Thorndike
en 1898 et elle est appelée :
L'intelligence animale. Le béhaviorisme radical est énoncé par J. Watson
en 1913. Quand on parle de
comportement, on entend tout mouvement, activité ou manifestation observables et
mesurables d'un organisme. Et le béhaviorisme s'intéresse à ce comportement. Ce
dogme domine la psychologie de 1920 à 1960.
Le béhaviorisme
radical
1. Watson
Le modèle instauré par Watson et développé par ses
élèves est, somme toute, assez simple et assez pavlovien au départ :
un stimulus entraîne une réponse (S→R).
Mais là où le béhaviorisme se démarque de la réflexologie, c’est dans sa
centration sur le
conditionnement opérant ou instrumental (Skinner, 1953) puis dans
le conditionnement social (ou vicariant) (Bandura).
En effet, Watson signe
l'acte de naissance du béhaviorisme (ou psychologie du comportement) de façon
officielle avec la rédaction d'un article paru en 1913. Le titre de cet article
est le suivant : Psychology as the behaviorist views it.
John Braadus Watson
(1878-1958) est originaire de la Caroline du sud aux États-Unis. Son apport est
très grand en ce qui a trait à la défense d'une science du comportement qui se
veut complètement objective. De fait, il a exercé une très grande influence en
rendant la psychologie plus objective. Ce dernier prétendait que la psychologie
doit être une science expérimentale et qu'il faille privilégier ce qui peut être
observé.
Selon la conception de ce
chercheur, l'adulte est le produit des conditionnements de son enfance, de son
vécu. Watson désire plus de rigueur de la part de ses collègues. Il fit une
expérience avec un rat et un enfant en y intégrant le bruit d'une barre de fer
afin de provoquer la peur chez l'enfant de 11 mois.
Il fit des études avec
John
Dewey et fonda un
laboratoire de psychologie animale avec ce dernier mais aussi avec Angell et
Nicholson, à l'Université de Chicago. C'est de cette université d'ailleurs qu'il
a obtenu son doctorat. Watson prétendait qu'il était temps pour la psychologie
d'éliminer toute référence à la conscience. Pour Watson, la conscience n'est
rien d'autre que de la superstition.
En 1915, à 37 ans, il est élu
président à l'American psychological Association. À cette époque, les travaux de Pavlov ne sont pas encore traduits en anglais.
Watson prétend que le conditionnement est la meilleure façon d'étudier
l'apprentissage. En effet, Watson explique le comportement animal par la
connexion S-R et il extrapole cette explication à l'être humain.
Somme toute, Waton est
considéré comme le père du béhaviorisme, car une telle rigueur lui est attribué
et un impact tel en est alors ressorti.
Le conditionnement en
contiguïté
2. Guthrie
Edwin Ray Guthrie
(1886-1959) est un psychologue américain qui soutient qu'une
combinaison de stimuli
accompagnée
d'un mouvement tendra, si répétée, à provoquer le même mouvement, la même
réponse. Ce qui signifie qu'un individu agissant d'une certaine façon dans une
situation donnée pour résoudre un problème aura tendance à faire la même chose,
à agir de la même façon. De fait, le comportement final est causé par la
situation totale.
En somme, pour Guthrie
l'apprentissage se fait par une seule action sous l'influence de la masse des
stimuli présents au moment de cette action, qu'elle soit bonne ou mauvaise.
La définition de
l'apprentissage selon Guthrie se traduit ainsi : il s'agit d'une adaptation du
comportement résultant de
plusieurs stimuli
pas
toujours identifiables, mais pouvant avoir une
influence sur la réponse
(DUBÉ, 1990). L'apprentissage dépend
de la contiguïté des stimuli et de la réponse, du fait qu'ils se produisent
ensemble.
Le lien stimuli-réponses est important dans une action en contiguïté dans le
temps.
Il avance également que s'il y a absence d'interférence dans l'apprentissage, il
n'y a pas d'oubli.
La motivation est importante dans l'amélioration de la maintenance des stimuli
en gardant l'organisme actif jusqu'à ce que le but soit atteint.
D'après Guthrie, le meilleur moyen d'inhiber une habitude ou un comportement
consiste à trouver les stimuli qui incitent à cette action et à décider d'une
réponse différente en présence de ces stimuli.
Nul besoin de renforcement ou d'une bonne conduite pour apprendre et retenir.
Toutefois, il importe qu'il y ait présence de l'union entre plusieurs stimuli.
Contrairement à
Watson, Guthrie fait allusion
au principe de conditionnement ou d'un apprentissage associé.
Voici les moyens qui expliquent l'amélioration graduelle des apprentissages
selon Guthrie :
1.Les
essais
;
2.
Les intentions
(planification en termes de mécanismes S-R) ;
3.Les
récompenses
;
4.La
punition.
3.
HULL
Hull
a fait une synthèse de ce que les autres chercheurs ont dit avant lui. Son
système est de type associationniste. Tout comme Guthrie,
Hull tente de lier le comportement d'un organismes aux divers stimuli externes.
Par contre, sa façon de voir les choses n'est pas aussi simple. «Hull fait
passer le lien par des voies tortueuses à l'intérieur de l'organisme et fait
intervenir des concepts nouveaux qu'il invente pour préciser avec plus de
rigueur son interprétation du comportement.» (traduction libre Theories
of learning)
Ce chercheur psychologue a une démarche
scientifique. Il veut en arriver à une théorie idéale du comportement. La
méthode hypothético-déductive
est amenée par Hull en psychologie. Il veut édifier une
structure logique
des postulats et des théorèmes. Il établit des théories
mathématiques avec ce qui a été fait auparavant.
Hull dit qu'il faut maintenir une démarche
scientifique stricte et que cette démarche est essentielle. Il ajoute, que la
stratégie propre à la science doit être de partir de certains postulats
spécifiques et véritables. La pierre angulaire de son système est le livre qu'il
a écrit en 1943 portant le titre suivant : Principles of behavior.
Hull soutient que le comportement est
flexible, adaptable et intelligent. De plus il affirme que le besoin motive ou
pousse à l'activité. Il introduit alors le concept de «drive».
Les besoins sont donc regardés comme des déclencheurs des tendances primaires à
l'action.
Besoin
Drive
Le
drive
se veut la commande, la mise en marche de quelque chose. Il
produit un effet motivant. Il pousse à l'action. Quand il y a privation d'un
élément essentiel dans l'organisme, l'état psychologique de l'organisme permet
cette augmentation de la tendance à agir. Si l'un des comportements est
efficace, s'il répond au besoin de l'organisme et qu'il réduit son drive, ce
comportement constitue un renforcement. À toutes les fois que l'animal ou l'être
humain réussit à réduire la tension produite par le
drive,
il y a renforcement, selon Hull. Notamment, l'animal devient de plus en plus
habile à organiser sa survie face aux problèmes que lui cause l'environnement.
L'apprentissage de liaisons S-R est appelé
: Habit
(habitude) par Hull. Cette «
habitude»,
est le résultat du renforcement. Cette «habitude» est une condition nécessaire,
mais non suffisante pour susciter une action déterminée. Le «habit»
est donc situé dans l'organisme et il est la charpente de base de
l'apprentissage. Ainsi, le «habit»
ou «l'habitude» s'acquiert peu à peu à partir de stimuli qui rendent particulier
le comportement. De fait, il s'agit, d'une force, d'une résistance provenant de
l'habitude.
Dans le sigle SHR, le H est en fonction du
nombre de renforcements réducteurs de tension. Chez Hull, cette façon
d'expliquer l'apprentissage se nomme : L'hypothèse du renforcement réducteur de
tension. D'autres variables sont également introduites dans les explications de
Hull. Elles sont au nombre de huit. Ainsi, Hull créera plusieurs autres
hypothèses mathématiques. Entre autres, Il observe des inhibitions qui affectent
la force du comportement.
Bref, pour Hull, l'apprentissage s'appuie
sur le renforcement ou sur la satisfaction, comme Thorndike le prétend, plutôt
que sur la contiguïté, comme l'affirme Guthrie. Hull voulait briser le sigle
S-R. Son système est compréhensif, détaillé et théorique.
4.
Tolman
Tolman était perçu comme un béhavioriste,
et sa théorie s'en approchait beaucoup en ce qui a trait à la majeur partie de
son travail. Plus tard, avec d'autres il a appelé ce qu'il faisait : la théorie
«sign-gestalt»
ou «
expectancy theory»(théorie
de l'anticipation).
Ces termes donnent de l'emphase à la nature cognitive de la théorie. Tolman
était un béhavioriste mais issu d'un moule complètement différent de celui de
Watson,
Pavlov
et
Guthrie.
De fait, Tolman réfléchissait sur la
manière dont allait s'y prendre la théorie béhavioriste pour relier des notions
comme connaissance, pensée, planification, inférence, but et intention.
En somme Tolman se voulait un prophète du béhaviorisme, décrivant tout
comportement animal en terme de motifs, de morceaux de connaissances
(cognition).
Toutefois, ce chercheur s'opposait
fermement à tous ses prédécesseurs et contemporains béhavioristes. Il était un
observateur du comportement animal et un critique de la théorie stimulus-réponse
reliée au renforcement.
Tolman obtint du succès en démontrant
combien les théories de ses adversaires étaient forcées d'avouer et de traiter
avec le phénomène et les distinctions conceptuelles dessinées par Tolman.
Ses principales croyances étaient que :
-
Le comportement devrait être analysé à un
niveau d'actions et non en mouvement ;
-
Le comportement est un but en soi et doit
être dirigé avec motif ;
-
Le comportement est docile et varié et il
est relié aux circonstances environnementales dans la poursuite d'un but
donné.
Selon Tolman, la récompense n'est pas
nécessaire mais la
contiguïté
des événements dans le temps est importante. Les connexions qu'un animal se fait
dans un environnement n sont organisées dans une sorte de «mappe
cognitive».
Somme toute, la croyance principale de
Tolman est que l'organisme acquiert les savoirs, les connaissances de son
environnement là où les buts importants sont localisés. Les savoirs sont acquis
comme un simple résultat de l'exposition de l'animal/l'homme face aux événements
se produisant dans son environnement.
Selon Swendsen et Blatier « les forces du
conditionnement classique expliquent souvent pourquoi certaines
situations, certains objets ou endroits neutres peuvent être associés à
la dépression, l’anxiété, ou à d’autres sentiments négatifs. Le
conditionnement opérant, justifie pourquoi les patients évitent
certaines situations ou certains objets (ou se comportent comme ils le
font) et la raison pour laquelle les sentiments négatifs sont renforcés.
»
Le comportement représente toute activité ou
manifestation observable et mesurable émise par un organisme. Il est
fonction d'un processus continu d'interaction entre l'individu et la
situation qu'il rencontre dans son environnement. L'individu est un
agent actif envers son environnement.
Le comportement est une variable indépendante. Il
peut être:
- couvert: -réponse physiologique (contraction musculaire..)
-réponse affective (joie, tristesse)
-réponse cognitive (rumination..)
- ouvert: réponse observable (pleurs, geste, mimique..)
Modèle cognitif des troubles
psychopathologiques
Les schémas représentent des interprétations
personnelles de la réalité. Ils influent sur les stratégies
individuelles d’adaptation. Ils représentent une interaction entre les
comportements, les émotions, l’attention et la mémoire. Ils ont une
spécificité de contenu.
Ils correspondent à des patterns émotionnels,
attentionnels, mnésiques et comportementaux et se manifestent par des
distorsions cognitives et des biais spécifiques à chacun des grands
types psychopathologiques : en clair, des préjugés ou des attitudes ou
des croyances irrationnelles.
Ils se traduisent par une vulnérabilité cognitive
individuelle.
Chaque trouble psychopathologique résulte
d’interprétations inadaptées concernant soi-même, l’environnement actuel
et le futur. Il existe donc des schémas spécifiques : schémas
d’interprétation négative des événements (dépression), schémas de
dangers (phobies, attaques de panique), schémas de sur-responsabilité
(trouble obsessionnel compulsif).
Ces schémas se traduisent par une attention sélective
vis-à-vis des événements qui les confirment : ils représentent donc une
prédiction qui se réalise.
Les schémas pathologiques sont des structures
adaptatives sélectionnées par un environnement et devenues inadaptées à
un autre environnement. Ils peuvent avoir eu une valeur de survie dans
l’histoire de l’individu ou bien celle de l’espèce, dont ils
représentent un vestige qui a survécu à son utilité pratique.
Ils sont donc à relier à des structures
neurobiologiques (des réseaux), gérant à la fois les émotions et les
croyances, sélectionnées par l’évolution des espèces.
Ces schémas peuvent être à la base de la
personnalité, en particulier les schémas précocement acquis (Cottraux et
Blackburn, 2001).
Les TCC ont pour but la modification des schémas par
des méthodes cognitives, comportementales, émotionnelles et
interpersonnelles. Un des moyens les plus efficaces de changement des
schémas est la modification des comportements.