|
Maladie et
Remaniement psychologique
La
plainte ou le malade et son malaise
Le concept de malaise
Une facette
importante de l’approche biopsychosociale
dont le modèle biologique fait défaut est le
concept de malaise, qui renvoie à
l’expérience personnelle de la maladie. Le
malaise est une mesure subjective de la
maladie et se démarque des indices
strictement objectifs comme la température
du corps, le pouls ou le niveau de
cholestérol. Un malaise n’est pas dicté
uniquement par un déséquilibre biologique;
les facteurs psychologiques et sociaux
peuvent influer sur la réaction d’un patient
à son état. Le concept du malaise reflète
donc plus précisément les complexités du
modèle biopsychosocial de la santé et de la
maladie.
Le concept
du malaise embrume la distinction rigide que
l’on fait entre santé (bien) et maladie
(mal) établie par le modèle biologique de la
médecine conventionnelle. Par exemple,
prenez deux individus, chacun affecté d’une
même lésion. Le patient A est relativement
insensible à la lésion : il supporte si bien
la douleur que son état psychologique reste
inchangé et qu’il continue ses activités
sociales. Le patient B, par contre, est
incommodé par la lésion : la douleur le
préoccupe à tel point que son attitude en
général s’est détériorée et qu’il ne
socialise pas. Alors que les deux individus
sont touchés par le même problème
biologique, ils le vivent différemment pour
des raisons psychologiques, expérientielles,
culturelles et sociales. Le patient A
s’estime en bonne santé, tandis que le
patient B se juge en mauvaise santé (ou
malade). Leur expérience subjective définit
l’étendue de leur malaise et l’influence
qu’il a sur leur qualité de vie.
Les
objectifs d’une approche psychologique du
malade et de sa maladie sont multiples. Ils
sont de comprendre quand, pourquoi et
comment une maladie prend sens dans la vie
et l’histoire d’un sujet, provoque une
rupture ou une discontinuité dans
l’existence.
Ils sont
aussi de comprendre en quoi la maladie
altère les idéaux de santé, non pas sociaux
et collectifs, mais de l’individu lui-même.
Ils sont de
plus d’évaluer les effets psychiques de la
maladie, les réactions du patient à
celle-ci, mais aussi aux attitudes médicales
et soignantes, voire aux réactions de
l’entourage familial.
1. Les caractéristiques de la maladie
La maladie
est à l’origine d’une atteinte de
l’intégrité du sujet, d’une gêne à
l’exercice normal de sa vie.
La maladie entraîne
une rupture de l’équilibre antérieur,
à laquelle le
patient doit s’adapter. Cette
adaptation mobilise une quantité de
l’énergie psychique du patient. Ainsi, la
maladie est susceptible de déclencher chez
l’individu un certain nombre de réactions,
variables selon sa personnalité, sa
représentation imaginaire et la
représentation collective de la maladie.
Les réactions psychologiques à la maladie
dépendent de facteurs liés à la maladie
elle-même.
Les maladies chroniques soulèvent des
problèmes différents de ceux posés par les
maladies aiguës. Les maladies graves
mobilisent profondément la psychologie
individuelle par une brusque résurgence de
l’angoisse de mort. Certaines maladies
induisent des handicaps aux conséquences
multiples. Enfin, certaines affections
entraînent des réactions particulières qui
dépendent de la culture : par exemple les
représentations culturelles de l’épilepsie.
Même si
l’expérience de la maladie est avant tout
négative et source de souffrance, la maladie
peut aussi être source de bénéfices.
Les bénéfices primaires
jouent un rôle dans le déclenchement de la
maladie ou de l’accident, soit comme cause à
part entière soit comme facteur déclenchant.
Ainsi, la maladie permet d’apporter une
solution à une situation de tension interne
ou de souffrance narcissique peu supportable
: la maladie apaise et soulage.
Les bénéfices secondaires
résultent des conséquences de la maladie
sans intervenir directement dans son
apparition, même s’ils peuvent favoriser sa
pérennisation. Certains bénéfices sont
conscients et connus du malade (arrêt de
travail pour une maladie) alors que d’autres
sont inconscients :
se soustraire à des relations frustrantes,
éviter les
obligations familiales et sociales, fuir
dans l’imaginaire et la pensée magique,
être reconnu comme malade par l’entourage,
être materné…
Lorsque ces différents bénéfices sont plus
importants dans l’économie du malade que
ceux qu’il trouve dans son fonctionnement de
sujet sain, le sujet peut avoir des
difficultés à guérir de sa maladie.
2. Le patient
Le patient
réagit à sa maladie en fonction de ce qu’il
est, notamment de son âge, son histoire
personnelle et sa personnalité.
Différents modèles psychologiques et
psychopathologiques peuvent s’appliquer
dans ce contexte.
. Modèles de « défense du moi
»
Ils sont
issus des théories psychanalytiques. Ce
modèle postule que, pour lutter contre tout
ce qui peut susciter le développement de
l’angoisse, l’individu mobilise des
opérations inconscientes qu’on nomme «
mécanismes de défense du Moi ».
Les
mécanismes de défense peuvent être regroupés
en 4 domaines :
a-
défenses psychotiques :
projection délirante, déni, distorsion
b-
défenses immatures : projection,
fantaisie schizoïde, hypocondrie, acting-out
c-
défenses névrotiques :
refoulement, déplacement, formation
réactionnelle, intellectualisation,
isolation
d-
défenses matures : altruisme,
humour, anticipation, sublimation,
comportement passif agressif, suppression et
dissociation.
Les défenses
habituellement considérées comme les plus
pathologiques sont les défenses psychotiques
et immatures.
. Modèles de « coping »
Ils sont
issus des théories
cognitivo-comportementales. Le verbe « to
cope » signifie en anglais « faire face ».
D’après ces modèles, le stress, que l’on
peut définir comme une « réaction adaptative
à un stimulus », ne dépendrait pas seulement
de l’événement, ni de l’individu, mais d’une
transaction entre l’individu et
l’environnement. Ainsi, une réponse
inadaptée survient lorsqu’une situation (par
exemple une maladie) est évaluée comme
débordant les ressources et pouvant mettre
en danger le bien-être. Cette réponse est le
résultat d’un déséquilibre entre les
exigences de la situation provocatrice et
les ressources de l’individu pour y faire
face.
Les
stratégies d’adaptation au stress peuvent
être de différentes natures : résolution du
problème, notamment recherche
d’information., acceptation de la
confrontation, prise de distance ou
minimisation des menaces, ré-évaluation
positive, auto-accusation, fuite-évitement,
recherche d’un soutien social, maîtrise de
soi par exemple.
Globalement
les stratégies actives sont souvent les plus
efficaces pour réduire la tension.
. La description des personnalités
pathologiques a aussi une pertinence
dans le domaine de la psychologie médicale
et de la médecine comportementale. Les
personnalités pathologiques induisent de
véritables difficultés thérapeutiques pour
les médecins mal informés ou peu sensibles à
cet aspect de la psychopathologie.
3. Les types de réaction à la maladie
Toute
maladie plonge le sujet dans une situation
nouvelle et déclenche de nombreuses
modifications psychologiques. Le médecin
doit savoir reconnaître ces modifications
comportementales et l’origine de ces
processus psychologiques nouveaux : la
compréhension de leur sens est en effet
souvent indispensable à la bonne
compréhension de la maladie et au bon
déroulement du traitement proposé.
Différents types de réaction peuvent être
retrouvés.
-
Réactions anxieuses
Elles sont
fréquentes. L’état de maladie représente
pour l’individu une menace vitale et une
atteinte de l’intégrité du Moi. Elle est
liée à la peur de la mort, la
souffrance, l’altération des liens
affectifs et/ou sociaux. Au cours de
certaines maladies, l’angoisse est expliquée
par les mécanismes lésionnels et/ou
biologiques.
L’anxiété
associe des manifestations psychiques,
somatiques et comportementales.
Elle témoigne en général d’un processus
normal d’adaptation aux contraintes et aux
conséquences de la maladie. Lorsqu’elle est
pathologique, l’anxiété nécessite d’être
traitée.
-
Attitudes de régression et de dépendance
Il s’agit
des réactions les plus banales. La
régression psychique est fonction de la
gravité de la maladie et de la structure de
la personnalité du sujet. Cette régression
peut se traduire par une réduction des
intérêts, un égocentrisme, une dépendance
vis à vis de l’entourage et des soignants,
un mode de pensée magique (croyance en la
toute puissance du médecin, du médicament).
La
régression est un processus normal et
nécessaire car il permet au patient de
s’adapter à la situation nouvelle de maladie.
Elle peut aussi être utile au processus
thérapeutique (observance du traitement par
exemple). Alors que la maladie favorise les
processus de régression, la guérison doit
s’accompagner d’une reprise d’autonomie.
La
régression peut être aussi
pathologique si elle est trop importante en
intensité et en durée et empêche la
participation active et énergique du patient
au processus thérapeutique. Dans ces
circonstances, la tâche du médecin
consistera à tenter de limiter les
tendances régressives, pour qu’elles ne
constituent pas un frein à la guérison. Ces
attitudes sont souvent retrouvées chez les
personnalités passives-dépendantes et
histrioniques.
Enfin, la
régression et la dépendance peuvent être
absentes.
Dans ce cas,
le médecin doit favoriser l’expression de
ces processus pour obtenir de bons résultats
thérapeutiques.
- Attitudes de
minimisation, négation et refus de la
maladie
Ces
réactions peuvent aller jusqu’à des
attitudes de négation et de refus de la
maladie reposant sur des mécanismes de
dénégation ou de déni. Par exemple, tel
patient « refuse de s’écouter » et dénie
partiellement la réalité en méconnaissant la
gravité de son état et en rationalisant sa
maladie qui « est due à un surmenage
passager ».
Ces
attitudes peuvent s’accompagner parfois de
comportements d’hyperactivité centrée sur la
maladie (consultations multiples).
- Réactions
d’ordre narcissique
Le
narcissisme définit le caractère de « tout
inviolable, impérissable, important, capable
et digne d’être aimé » de l’individu
(Balint).
La maladie menace l’intégrité de l’individu et induit des réactions
variables sur son narcissisme.
Certains
patients se sentent avant tout blessés et
vivent une expérience de « faille
narcissique ». Certains la surmonteront en
se repliant sur eux-mêmes et en accentuant
leur égocentrisme, alors que d’autres
développeront des thèmes dépressifs associés
à la crainte de ne plus être dignes d’être
aimés.
Certains
patients au contraire voient leur
narcissisme renforcé par l’expérience de la
maladie : l’intérêt porté à sa propre
personne malade devient la source de
nombreuses satisfactions. Certains
comportements narcissiques pourront être
utiles au médecin, s’ils facilitent la
participation du patient à la thérapeutique.
Ces réactions narcissiques sont fréquentes
chez les sujets dont la dimension de
narcissisme est une dimension dominante du
fonctionnement psychique.
- Réactions
dépressives
Elles sont
fréquentes au cours des maladies chroniques
et/ou sévères. En effet, la maladie
représente une atteinte de l’image idéale de
soi, c’est à dire du narcissisme du sujet.
Elle
représente aussi une confrontation avec la
mort. A ce double titre, elle peut être à
l’origine de réactions dépressives, qui sont
par ailleurs favorisées par certains
facteurs biologiques, lésionnels et
thérapeutiques.
Les
réactions dépressives peuvent être exprimées
par le malade (sentiment de dévalorisation,
d’incomplétude, de fatalité avec abandon de
tout projet et de tout souhait) ou masquées
par des plaintes en particulier somatiques.
- Attitudes
agressives et persécutives
L’agressivité n’est pas l’apanage des
patients psychiatriques. Elle est souvent le
reflet de la perception d’une menace. Elle
peut s’exprimer de façons très variées :
agressivité passive, agressivité verbale
voire agressivité physique.
L’agressivité peut aussi témoigner d’un
sentiment d’injustice et de persécution. Se
considérant comme victimes d’une agression,
certains patients pensent plus ou moins
consciemment qu’on « on leur veut du mal ».
Le mécanisme de défense mis en jeu est un
mécanisme projectif.
4. Le caractère pathologique de la réaction
Il n’y a pas
de stratégie défensive idéale vis à vis de
la maladie. Le caractère pathologique de la
réaction et la nécessité d’une intervention
thérapeutique seront en général les suivants
:
- la souffrance du
patient et son inadaptation à la situation
- le caractère inhabituel de
la réaction dans son intensité
- le caractère inhabituel de
la réaction dans sa durée.
De la plainte à la maladie, de la maladie à la plainte...
La question
rituelle et quelque peu protocolaire après
la formule d’accueil, « de quoi vous
plaignez-vous ? » marque le début de la
consultation médicale mais ne signe
malheureusement pas toujours l'alliance
thérapeutique!
La manière
dont le patient formulera sa plainte est
déjà riche en renseignements pour le médecin
qui est disponible à l'écoute. Colorée d’une
connotation émotionnelle et affective, la
" plainte ", vécu très important pour le
patient, se verra traduite en symboles
catégoriels secs, et se verra notée sous
forme de " symptôme subjectif " au dossier
médical par le praticien, traduction en
termes médicaux neutres et reproductibles
d’un récit parfois émouvant, souvent
pittoresque et toujours unique dans
l’expression de la souffrance qu’elle
rapporte. Une " Dookha " , vécu complexe
souvent difficilement rendu en détails
constants par Aicha, devient un "vertige"
sur la fiche malade, un terme neutre
clairement défini dans la tête du médecin,
un terme standard dénoté de toute
subjectivité sinon celle du propre médecin
qui la traduit selon sa propre expérience
éventuellement vécue d'un vertige.
D'autre part, le médecin se met à l'écoute
de ce que le discours du patient et son
"style" éveille en lui-même comme mouvements
émotionnels divers qui est rarement une
empathie spontanée (sympathie, antipathie,
agressivité ("eh bien il me parle d'un
confrère comme s'il parlait d'un
mécanicien!), lassitude ("encore un grippé
qui se sent mourir!), envie de s'endormir,
angoisse (et s'il me faisait une crise
ici?), etc...) et dont l'origine n'est pas
toujours évidente, formée qu'elle est par à
la fois des choses appartenant à la
problématique éventuelle du patient (qu'il
"transfère" à son médecin) et des éléments
appartenant en propre à l'histoire
personnelle du médecin et qui sont réveillés
par le patient (à son insu) : le
contre-transfert cher aux psychanalystes.
La
consultation centrée sur une seule plainte
ou un diagnostic isolé n'est guère fréquente
en médecine praticienne. Les plaintes
exprimées sont fréquemment multiples et
polymorphes, réparties sur plusieurs
systèmes et recouvrent volontiers des
pathologies totalement distinctes. La
plainte du patient a peu ou pas de respect
pour les classifications par organes, par
étiologie ou par physiopathologie. Pour
certains patients, la plainte constitue un
véritable moyen d’expression d’un mal-vivre
fondamental, d'un malaise indéterminé de
causalité incertaine. Le médecin est souvent
l'interlocuteur obligé et unique d'un
patient qui voudrait communiquer son vécu de
mal-être à une personne spécialiste du
bien-être.
Dans cette
vision, l'indispensable hiérarchisation des
symptômes, signes, diagnostics et problèmes
présentés par chaque individu constitue
l'essentiel de la tâche du médecin
généraliste, et une des spécificités de sa
fonction d'omnipraticien.
Nous avons
appris sur les bancs de la faculté que la
collecte de données d'anamnèse et la
relation de confiance avec une personne
malade sont tissées d'un ensemble
d'attitudes qui ne s'improvisent guère:
construire une atmosphère d'accueil,
apprendre à poser les bonnes questions de la
manière adéquate et au bon moment, débusquer
les signes insolites non-relevés par le
patient, esquiver les pièges tendus par un
patient parfois manipulateur ou simulant. La
médecine générale se meut sur un terrain de
sable mouvant, balisé par une frontière
imprécise séparant l'état de bonne santé de
la maladie. Une frontière que chaque médecin
construit selon sa personnalité, sa
formation de terrain, son expérience et son
vécu.
La plainte fait-elle la maladie ou est-ce
les signes et symptômes convenus qui la
confirment?
Le médecin
généraliste verra en consultation bon nombre
de patients en bonne santé, ou porteurs de
handicaps avec lesquels ils vivent en bonne
harmonie, et un certain nombre de malades.
Mais
qu'est-ce, un malade?
Un
hypertendu sévère qui l'ignore ?, un patient
lombalgique sans signe radiologique
pathognomonique?, un bronchitique chronique
qui "n'a rien et ne sent rien" ?, un
individu qui développe un cancer encore en
stade infraclinique (un des jolis mots que
se fabrique la Convention pour être à l'aise
avec son ignorance du moment!)?.
La célèbre
définition de la santé proposée dans les
années 50 par l'OMS définissant cet état
comme "un état de bien-être optimal,
physique, psychique et social qui ne saurait
être confondu avec la seule absence de
maladie" poursuivait un but bien plus
politique que médical, balisant les terrains
d'action de son activité pour les décennies
à venir et refusant de l'enfermer dans le
cadre des seuls soins de santé et de
campagnes d'éradication de pathologies
infectieuses.
Selon
Cathébras, la
maladie est à la fois un état et une
construction sociale.
L'anthropologie médicale distingue
trois réalités
distinctes sous les trois termes désignant
la maladie en anglais:
les
altérations biologiques
(disease),
le vécu
subjectif
du malade
(illness) et
le
processus de socialisation des épisodes
pathologiques
(sickness).
Cela correspond en gros aux
trois perspectives distinctes du médecin,
du malade et de la société.
Médecin, patient et société ont de la
maladie des vues bien distinctes:
(1)- la vision du médecin,
qui
résulte d'une culture conventionnelle:
rationalité scientifique (allant jusqu'à
être scientiste), croyance en l'existence
d'entités pathologiques définies que sont
les maladies. Pour le médecin la maladie est
la réalité objective prise en dehors du vécu
du malade (qui est considéré subjectif,
"incontrôlable", moins scientifique). Ainsi
la médecine, par convention, a tendance à
négliger le contexte émotionnel propre,
cognitivo-comportemental, socio-économique,
la culture et la personnalité du patient, ou
dans le meilleur des cas à le ranger dans le
champ de la psychologie et de la
psychiatrie, ou pire du point de vue du
malade, du mental.
(2)- le patient
vit
et ressent des symptômes, mais ne les décode
pas avec la même grille conventionnelle que
le médecin (et la médecine). Les symptômes
font partie d'une expérience vécue, avant
tout subjective (une subjectivité
identitaire, propre à chaque individu),
englobant réactions émotionnelles,
cognitives et comportementales, et
modifications corporelles, construite
généralement en interaction avec les
éléments communautaires de proximité et
leurs représentations de la maladie
(famille, proche, société). Le patient donne
un sens à son état de malade: "pourquoi
ai-je mérité cela?" ou dans d'autres
cultures "qui me veut du mal?", ou "qu'ai-je
fait", ou "pourquoi moi, pourquoi
maintenant?", "que deviendrai-je?" etc.
(3)- les critères de l’entourage et de la société pour
reconnaître une maladie correspondent à une
troisième approche de celle-ci. Maladie (disease)
et expérience subjective de la maladie (illness)
ne coïncident que partiellement avec la
vision sociétale. Il peut y avoir illness
sans disease (somatisation) ou disease sans
illness (anomalie biologique sans
symptômes). Mais surtout la définition de la
santé varie grandement selon les individus,
les groupes culturels, les classes sociales,
le niveau développemental sociopolitique.
Chaque société édicte des normes sur le
comportement du malade, qui est toujours
plus ou moins un mode de communication. Le
médecin joue un rôle important dans ce
processus de socialisation de la maladie (sickness),
dans la validation de la plainte et la
légitimation du statut de malade.
Balint
disait que la plainte représente le stade
inorganisé de la maladie : à ce stade, on ne
sait pas si ce qui est important est de se
plaindre, ou le symptôme lui-même.
L'avantage du terme de « plainte » est qu'il
situe le problème davantage au niveau du
recours aux soins que du symptôme lui-même.
Le recours
aux soins relève d'un enchevêtrement
complexe de facteurs qui déterminent les
modalités de ce recours (notion d'urgence,
de priorité fonctionnelle):
facteurs
sociologiques, l’exigence d'un résultat
rapide, la perception du normal et du
pathologique dans un milieu socioculturel
donné, les styles culturels d’expression et
les langages culturels de détresse;
facteurs
économiques : l'accessibilité des soins
médicaux, rapidité de référence aux
investigations paracliniques, agressivité
thérapeutique, familiarité avec les systèmes
de santé et l’accès aux soins;
facteurs
cognitifs ;
facteurs
émotionnels ;
facteurs
structurels de la personnalité :
l'expérience antérieure du symptôme,
expression de la plainte, le niveau
d'inquiétude qu'il entraîne: échelle de
dramatisation, échelle de risque accepté,
les conduites de maladie apprises dans
l'enfance, les traits de personnalité, et
enfin, last but not least, la
détresse psychologique au sens large, et les
troubles psychiatriques caractérisés.
Plainte, demande de soin, de prise en
charge, de reconnaissance
Lorsqu’on
entend les demandes présentées par les
patients d’un cabinet de médecine générale,
on mesure que la grande majorité d’entre
elles n’a pas de lien évident avec la
maladie conventionnelle. Non seulement la
plainte n’évoque aucune maladie réelle,
physique, classée, mais bien souvent le
patient lui-même ne se considère pas comme
malade, ou comme un vrai malade. Il demande
un conseil, il demande écoute et
compréhension, il exprime une plainte en
relation avec un mal-être ou un malaise, il
présente sa quête fondamentale qui est celle
du bien-être plus que de la santé.
Lorsque le
patient parle de sa douleur, la décrit, en
décrit les circonstances de déclenchement,
il fait beaucoup plus que de donner des
indications topographiques à son médecin. Il
se décrit souffrant,
il parle de la
place que prend la douleur dans sa vie,
ce qu’elle déclenche et ce qu’elle empêche.
Si la médecine ne tient par compte de ce
mode d’expression, le diagnostic aura beau
être posé de manière précise et juste, le
patient en restera frustré, et cherchera
toujours quelqu’un qui soit capable
d’entendre et de reconnaître son drame vécu.
De
nombreuses difficultés de l’existence,
conflits interpersonnels, pressions liées au
travail, malaises familiaux, font l’objet
d’une consultation médicale. Cela peut être
du au fait que le cabinet du médecin est
bien souvent le seul lieu où les gens
peuvent aujourd’hui trouver quelqu’un qui
soit disponible (relativement, et en temps
limité) pour les écouter.
La médecine
moderne à la fois fascine par sa technicité,
par les moyens qu’elle met en œuvre, et en
même temps déçoit par cette technicité même.
Les patients, porteurs d’une plainte,
souvent non organisée ou pas encore
structurée en pathologie médicale, beaucoup
plus souvent que d’une véritable maladie, ne
se sentent pas reconnus dans leur plainte
par une approche exclusivement scientifique
et organiciste.
Avec les
situations d’échec de la médecine
scientifique, c’est sans doute l’autre cause
du succès des guérisseurs et Fkihs. Ils
proposent le plus souvent une démarche qui
comporte prise en charge globale de la
personne dans sa souffrance déclarée, écoute
et reconnaissance de ce que le patient dit
de lui-même. Les mots qu’il met sur sa
douleur y sont écoutés, analysés, des
questions lui sont posées sur son mode de
vie, sur le sens qu’il donne à sa maladie,
toutes sortes de questions qui peuvent
dérouter mais qui manifestent la
reconnaissance, la prise au sérieux du drame
dont le patient cherche à parler.
Objectiver
la maladie, la considérer comme une entité
que l’on peut définir, classer, étudier,
identifier et cataloguer, cela a un aspect
sécurisant momentané. L’angoisse se calme
car la cause du mal est reconnue. Mais bien
vite, elle réapparaît, car le patient
perçoit bien que son problème ne se limite
pas à sa douleur, mais comporte également,
parfois surtout ce que cette douleur suscite
en lui comme angoisse et anxiété, comme
questions et rumination à propos du
lendemain de sa douleur, comme remise en
cause. Il va chercher, inlassablement le
médecin, le thérapeute qui saura écouter sa
plainte, la reconnaître. Ou il s'adressera à
celui qu'il pense le mieux disponible à son
écoute: le guérisseur, le Fkih, le marabout.
C’est ce qui fait le succès en occident des
pratiques alternatives, holistiques, qui
prennent en charge la globalité de la
souffrance et de son histoire.
On peut
ainsi mieux comprendre le fossé entre une
formation académique avant tout biomédicale
et scientiste et la réalité d’une pratique
de terrain. Cette réflexion ne saurait se
limiter au cas des affections bénignes ou
psychosomatiques. Lorsqu'il y a accord entre
le cadre de référence du patient et celui du
médecin, c'est à dire que les grilles
conventionnelles d'analyse du médecin et le
vécu du patient se rejoignent, la maladie et
les soins qui en découlent sont acceptés des
deux parties. Cela peut expliquer pourquoi,
un patient nous quitte sans raison, le
recours aux médecines parallèles ou aux
guérisseurs et marabouts, la compliance ou
non aux traitements.
Être malade :
une situation de faiblesse, de dépendance
physique, d’attente….
Signification de la maladie dans la vie
du sujet :
Réaménagements:
-
des liens entre l’individu malade et son
entourage ;
-
de l’image de son propre corps ;
-
de relations affectives.
La
maladie entre en résonance avec l’histoire
d ’un sujet.
La maladie et ses conséquences
-Atteinte
de l'intégrité corporelle
-Atteinte
de l'intégrité psychique
-Remise
en cause de l’image idéale de soi
-Situation
de faiblesse
-État
de dépendance
-Remise
en cause du soutien familial et social
-Réaménagement
biologique
Le remaniements induit la maladie
-Changement
de la perception de soi même, de sa vie, de
ses perspectives d’avenir, des projets, de
ses interactions;
-La
mort se précise plus;
-Les
priorités de la personne changent.
Différentes réactions vis à vis de la
maladie
-Déni
à différents stades de la maladie
-Refus
de soin
-Demandes
de soin exagérées
-Préoccupations
exagérées par l’état de santé
-Négligence
de l’état
-Gestion
« personnalisée de la maladie »
Différentes réactions vis à vis des soins
et des soignants :
-Refus
-Espoir
-Satisfaction
-Colère
-Résignation
-Coopération
-Déception
Passages à l’acte
-Fuites
-Fugues
-Sorties
contre avis médical
-Agression
des soignants
-Auto-agressions,
tentative de suicide, suicides
Décompensations psychiatriques
-Dépression
-Suicide
-Anxiété
-Confusion
mentale
|