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Concepts, théories, modèles et approches qui basent la Médecine Cognitivo-Comportementale

 

  Le modèle biopsychosocial de la maladie
Le modèle psychanalytique de la maladie
Le modèle théorique tridimensionnel TCC
Le malade et sa maladie
Les concepts de la plainte-maladie
La relation médecin malade
La théorie du changement
La théorie de l'apprentissage
Le concept d'efficacité personnelle
Le concept de résilience
Le concept de Personnalité
Le comportalisme & Le cognitivisme
Le concept des émotions
Le concept du Subliminal
La notion de Domaine personnel
Le concept de Biais cognitifs

 La médecine comportementale puise ses bases conceptuelles dans les théories psychosomatiques et base sa stratégie thérapeutique sur les concepts des psychothérapies cognitivo-comportementales.

 

Principes thérapeutiques en médecine comportementale

Un certain nombre de principes issus des théories de l’apprentissage et des théories cognitives représentent le fondement de la pratique des thérapies cognitivo-comportementales.

Les conditionnements classiques et opérant issues de la théorie de l'apprentissage sont une des bases théoriques des thérapies cognitives et comportementales. Ils représentent les lois d’apprentissage qui caractérisent l’ensemble des êtres vivants. Dans ce sens, ce sont les formes d’apprentissage normales et adaptées. Mais dans certaines circonstances, ils aboutissent à un apprentissage émotionnel ou comportemental inadapté ou pathologique que les thérapies cognitives et comportementales visent à traiter. Pour certains troubles mentaux, ces formes d’apprentissage ainsi que les mécanismes cognitifs (processus et schémas cognitifs) peuvent jouer un rôle causal direct dans l’étiologie du syndrome. Pour d’autres troubles, ces mécanismes ne jouent pas un rôle causal, une conditionnabilité, inscrite dans le tempérament (personnalité) et d’origine biologique, faisant le lit du syndrome. Mais les processus d’apprentissage influencent l’expression phénotypique finale d’un syndrome, et peuvent de ce fait être modifiés dans un sens favorable par les TCC.

Modèles théoriques

Les modèles comportementaux en matière de santé.

Plusieurs théories ont tenté d’expliquer l’influence de différentes variables sur le comportement des individus en matière de santé et d’identifier les éléments qui les incitent au changement. Il s’agit, notamment, du Health Belief model (modèle des croyances relatives à la santé) et de la Protection Motivation theory (théorie de la motivation à la protection, qui suggère que les individus ont besoin de recevoir un signal pour modifier leur comportement ou pour prendre une décision relative à leur santé), de la Theory of Reasoned Action (théorie de l’action raisonnée) et de la Theory of Planned Behaviour (théorie de l’action planifiée, fondée sur l’hypothèse selon laquelle le meilleur indicateur prévisionnel du comportement est l’intention comportementale) et le Stages of Change model (modèle des stades du changement ou Transtheoretical Model, modèle transthéorique).

Les thérapies comportementales s'appuient sur les théories comportementales de l'apprentissage, notamment sur le conditionnement opérant (Skinner 1951) en utilisant des renforcements positifs face à un comportement se rapprochant du comportement souhaité. Ces renforcements (R+) , dont les renforçateurs affectifs et sociaux, sont, par exemple plus efficaces que les punitions pour l'acquisition d'un nouveau comportement. Il s'agira donc de désapprendre un comportement problème en le remplaçant par un nouvel apprentissage : cela nécessite d'entrer en action et non de s'en tenir à la réflexion, à l'analyse ou à la recherche des causes profondes et initiales. La compréhension, en effet, ne suffit pas pour changer.

Les thérapies cognitives s'appuient sur les travaux de la psychologie cognitive, notamment sur le modèle du traitement de l'information (Beck, 1963, 67, 76...) avec les notions d'événements cognitifs (pensées), de processus (biais ou distorsions de la perception) et de schémas cognitifs (croyances en mémoire à long terme) ; les modèles cognitifs de la dépression (Seligman, 75) ; la théorie des attributions causales (Abramson, Seligman, Teasdale, 78).

La psychologie cognitive

Elle vise l’analyse des processus d’acquisition et d’utilisation des connaissances et des performances dans des situations standardisées (temps de réaction, taux d’erreurs, rapports verbaux, apprentissages, mémoire, résolution d’une situation expérimentale etc…).

La psychologie cognitive qui se développe durant les années 70 donne pour but l'étude de la connaissance, elle s'élabore à partir de modèles issus de l'informatique (cybernétique) et tend à s'intégrer dans un vaste champ : les sciences cognitives, ce qui n'est pas favorable à l'éclosion de travaux sur les émotions. En revanche, puisque la psychologie cognitive s'intéresse aux activités centrales, elle pose question aux expérimentalistes de l'étude des autres variables intermédiaires et ouvre ainsi la porte aux recherches sur les émotions . Des recherches sur l'influence des émotions sur les processus cognitifs, sont menées, en premier lieu avec parfois l'arrière-pensée de pouvoir contrôler ces éléments potentiellement perturbateurs du fonctionnement d'une machine cognitive qui pourrait, comme l'ordinateur, être parfaite. D'autres recherches portent à l'inverse sur l'influence des processus cognitifs sur les émotions ; elles apporteront  essentiellement à l'étude de celles-ci des modèles méthodologiques, des cadres conceptuels qui permettent dans les années 80 le développement très important des recherches expérimentales sur les émotions en liaison très étroite avec les modèles théoriques cognitivistes.

Des avancées sont nées du couplage de l’analyse cognitive et des techniques d’imagerie cérébrale pour la construction de théories explicatives en Psychiatrie. A ce jour, c’est indiscutablement la schizophrénie qui a le plus bénéficié de ce type de recherche, en particulier pour étayer la théorie neuro-développementale.

Ces approches sont d’autant plus prometteuses que la Psychologie cognitive tend à intégrer de plus en plus la dimension des émotions.

Quelques termes de navigation entre le somatique, le psychique et le comportemental

Symptômes fonctionnels : ils s'opposent aux symptômes d'origine organique de cause lésionnelle, ou relevant d'une physiopathologie conventionnelle établie. Ils sont « subjectifs », au contraire des signes d'examen, des anomalies d'imagerie, et des résultats de laboratoire. Ils ont une connotation de bénignité, parfois trompeuse, car certains symptômes fonctionnels peuvent être invalidants.

Symptômes médicalement inexpliqués : ils sont définis en négatif et résultent de la représentation de la tache primaire du médecin comme celle de « l'élimination » d'une cause organique (ou médicale, ce qui impliquerait que lorsque celle-ci n'est pas trouvée, le problème sort du champ de la médecine et rentre dans celui des guérisseurs et charlatans!). Même s'il y a un certain arbitraire à attribuer un symptôme à une cause unique, les médecins ont en effet du mal à gérer la complexité et l'incertitude.

Plainte fonctionnelle:  Balint disait que la plainte représente le stade inorganisé de la maladie : à ce stade, on ne sait pas si ce qui est important est de se plaindre, ou le symptôme lui-même. L'avantage du terme de « plainte » est qu'il situe le problème davantage au niveau du recours aux soins que du symptôme lui-même. Or les déterminants du recours aux soins relèvent d'un enchevêtrement complexe de facteurs sociologiques, économiques, cognitifs, émotionnels et propres à l'histoire de chaque patient. Parmi eux, on doit citer l'expérience antérieure du symptôme, le niveau d'inquiétude qu'il entraîne, la perception du normal et du pathologique dans un milieu socioculturel donné, l'accessibilité des soins médicaux, les conduites de maladie apprises dans l'enfance, les traits de personnalité, et enfin, last but not least, la détresse psychologique au sens large, et les troubles psychiatriques caractérisés.

Somatisation : c'est un concept ambigu. Une première définition fait de la somatisation l'expression atypique, quoique fréquente, d'une maladie psychiatrique (essentiellement la dépression et les troubles anxieux) sous la forme d'une plainte somatique. La somatisation est alors conçue comme l'expression masquée des troubles psychiatriques, et il est prouvé que cette présentation atypique entraîne un défaut de reconnaissance des troubles mentaux par les médecins. Mais la présentation somatique de la dépression et de l'anxiété, en médecine générale, est la règle plutôt que l'exception : elle concerne 57 % des cas de consultations pour troubles psychiatriques (soit 19 % de l'ensemble des consultations) dans les études de Goldberg et al., alors que la présentation psychiatrique (symptômes émotionnels exprimés d'emblée) ne concerne que 15 % des consultations pour troubles psychiatriques (soit 5 % de l'ensemble des consultations). Une définition moins restreinte de la somatisation en fait une « conduite de maladie » particulière : la tendance à ressentir et à exprimer des symptômes somatiques dont ne rend pas compte une pathologie organique, à les attribuer à une maladie physique, et à rechercher pour eux une aide médicale. La pathologie psychiatrique n'est plus indispensable, le conflit d'attribution devient central, et le recours aux soins fait partie intégrante de la définition. Enfin, certains auteurs ont choisi de définir la somatisation comme une plainte durable de symptômes fonctionnels invalidants, en mentionnant que leur étiologie est multifactorielle et que les troubles psychiatriques sont fréquemment, mais non constamment, présents. Dans cette perspective, les troubles psychiatriques des classifications internationales (approche catégorielle) et/ou la détresse psychologique (approche dimensionnelle) sont conçus comme une comorbidité, et non comme une « cause » des symptômes fonctionnels.

Troubles somatoformes (voir détails): Il s'agit d'un groupe de troubles psychiatriques ayant en commun la présence de symptômes somatiques sans explication organique et un recours aux soins médicaux. Les troubles somatoformes du DSM-IV comprennent le « trouble somatisation », le « trouble somatoforme indifférencié », le « trouble de conversion », le « trouble douloureux », l'hypocondrie, la dysmorphophobie et le trouble somatoforme non spécifié. Des auteurs considèrent que les troubles somatoformes du DSM-IV ou de la CIM-10 représentent l'approche catégorielle en psychiatrie dans ce qu'elle a de plus contestable. Les entités sont purement descriptives, les seuils de définition sont arbitraires et variables (nombre de symptômes par exemple), la validité des catégories est douteuse, l'interpénétration entre elles est importante, et les catégories résiduelles sont hypertrophiées. Enfin, certaines catégories pourraient être reclassées utilement dans d'autres groupes de troubles mentaux : l'hypocondrie comme un trouble anxieux centré sur la santé, la conversion comme un trouble dissociatif, le trouble douloureux comme un ensemble de « facteurs psychologiques influençant une maladie organique », etc.

Syndromes somatiques fonctionnels: au contraire des troubles somatoformes, qui sont des catégories développées par les psychiatres au contact de patients vus en psychiatrie de liaison, les syndromes somatiques fonctionnels sont des étiquettes médicales descriptives posées par les somaticiens : ensemble de symptômes médicalement inexpliqués et sans explication physiopathologique communément admise, dont chaque spécialité médicale connaît au moins un type : fibromyalgie pour la rhumatologie, syndrome de l'intestin irritable pour les gastroentérologues, syndrome de fatigue chronique pour les internistes et les infectiologues, syndrome d'hyperventilation et douleurs thoraciques non cardiaques pour les pneumologues et les cardiologues, etc. Or, ce découpage paraît répondre davantage à celui des disciplines médicales qu'à la cohérence clinique des syndromes eux-mêmes. Les syndromes somatiques fonctionnels sont fréquemment associés entre eux, sont significativement associés à la détresse psychologique, à la dépression et à l'anxiété, et à des facteurs de risque communs. Leur physiopathologie, certes mal connue, a de nombreux points communs, et les traitements efficaces ont des similarités.

 

psymaroc.com©2008   Dr. EL KAHLOUN,  dernière mise à jour le 19 juin 2008| contact