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PsyMaroc - Psychologie clinique. Approche cognitivo-émotionnelle et comportementale

  Psychologie Clinique - Sémiologie

   "Les distorsions cognitives forment un mur de petites briques qui ne laisse voir au sujet que ce qui a été construit et clôturé par des événements de vie pénibles au dedans de ce mur, une petite prison où la vie a d'autres règles que celles de la réalité du dehors. Plus le sujet détruira de petites briques et plus il verra la vie avec ses réalités objectives".

   
 
 
 
 
 
LES DISTORSIONS COGNITIVES

"You feel the way you think." D. Burns.

C'est là le principe premier de la thérapie cognitive : Ce n'est pas le monde extérieur qui est la cause de nos émotions et de notre humeur, mais seulement la représentation que l'on en a et les pensées qui nous traversent l'esprit.

D'un point de vue formel, le terme "Cognition" comprend l'ensemble des connaissances, des croyances et des représentations mentales d'une personne ; Dans un sens plus large, cela inclut également les mécanismes par lesquels cette personne acquiert de l'information (démarches d'apprentissage), la traite, la conserve et l'exploite.

Les cognitions sont liées à la perception, à l'éducation, à l'apprentissage, à la mémoire, à l'intelligence, à la fonction symbolique et au langage.

Il y a distorsion cognitive chaque fois que nous interprétons les faits de façon décalée par rapport à la réalité. Les quatre principaux mécanismes de distorsion cognitive sont les suivants :

    1)-sélection arbitraire

    2)- raisonnement dichotomique (tout ou rien)

    3)- sur-généralisation

    4)- inférence arbitraire.

    Les cognitions étant par nature plus ou moins subjectives, elles peuvent conduire le sujet à une vision approximative, déformée, voire totalement inexacte du monde.

Chez le sujet dépressif, par exemple, les distorsions cognitives, c'est à dire ses interprétations et ses représentations biaisées du monde privilégiant systématiquement une vision négative et pessimiste des choses, sont responsables de son incapacité à évaluer la réalité de manière positive ou neutre. Le patient ne semble plus capable d'objectivité.

Ces distorsions peuvent concerner des domaines plus ou moins larges de la vie d'une personne.

Aaron Beck a défini la dépression comme étant le résultat de distorsions dans trois domaines majeurs :

  1. Cognitions sur soi.

  2. Cognitions sur l'environnement (le monde et les autres).

  3. Cognitions sur l'avenir.

Ces 3 grands types de distorsions cognitives constituent ce que l'on appelle la triade de Beck. On peut les retrouver à des degrés divers chez tous les patients déprimés.


Exemples de distorsions cognitives chez un patient dépressif :

Cognition sur soi : "Je ne vaux rien", "Je ne suis pas à la hauteur".
Cognitions sur l'environnement : "Ce monde est pourri", "Les gens sont égoïstes".
Cognitions sur l'avenir : "Rien ne s'améliorera jamais", "C'est sans espoir".

Chez une personne dépressive, ces expressions ne sont pas de simples paroles en l'air destinées à attirer l'attention. Elle correspondent à la véritable représentation mentale qu'elle se fait du monde et d'elle-même.

Les 10 pensées dysfonctionnelles types.

Les pensées dysfonctionnelles sont des distorsions cognitives très courantes chez les personnes dépressives. Ce sont des façons de penser stériles, souvent stéréotypées, qui conduisent et maintiennent le sujet dans une vision très sombre du monde.


Voici les 10 pensées dysfonctionnelles les plus répandues (liste d'après A. Beck & D. Burns) :

1- La pensée dichotomique (principe du tout ou rien). C'est le fait de penser que si une chose n'est pas exactement comme nous le souhaitons, alors il s'agit d'un échec. Il s'agit d'une perte totale des nuances. Ex. : "Si je n'ai pas été embauché, c'est que je suis un zéro", "Si je n'ai pas 20 sur 20 à cet examen, c'est que je suis nul". Dans ces conditions, avoir 18 sur 20 à un examen, ou n'être "que" le second de sa promotion peuvent être perçus comme des échecs cuisants.

2- La surgénéralisation : Chaque jour, nous apprenons. Puisque notre expérience du monde reste fondamentalement limitée, nous ne pouvons constamment vérifier si ce que nous avons appris est toujours vrai. C’est à ce moment que nous généralisons : le feu brûle toujours, le soleil se lèvera chaque jour sur l’horizon.

Mais que se passe-t-il lorsque les phénomènes sont beaucoup plus complexes ? Le potentiel d’erreur augmente. Or, la généralisation devient d’autant plus néfaste et facile à commettre qu’elle provient de notre façon naturelle de raisonner. Elle passe inaperçue la plupart du temps…. Ex. : "Elle n'a pas voulu sortir avec moi ; Je vois bien que je n'arriverai jamais à sortir avec une fille". Avec la surgénéralisation, un seul événement négatif peut influer tout le comportement à venir d'une personne qui se voit alors vouée à l'échec. On peut distinguer 2 grands types de surgénéralisation

2-a : La surgénéralisation verticale : un échec dans un domaine à un moment donné, et c'est tout le domaine en question (passé, présent et avenir) qui est perçu comme un échec et perdu d'avance. Ex : "Elle ne veut pas sortir avec moi. J'ai toujours tout raté en amour, je serai seul et malheureux toute ma vie".
2-b : La surgénéralisation horizontale : c'est le fait de lier entre eux des problèmes différents, là où ça n'a pas lieux d'être. Un échec dans un domaine va amener la personne à voir des échecs dans tous les domaines. Ex. : "J'ai été licencié de mon entreprise, ce n'est pas étonnant, je rate tout ce que je fais dans la vie".

La généralisation devient une distorsion cognitive lorsque nous concluons trop vite ou que nous poussons trop loin une conclusion. Elle se manifeste lorsque, constatant qu’un ou quelques cas particuliers ont une certaine ressemblance entre eux, nous en déduisons que tous les autres cas semblables sont identiques, se déroulent de la même façon ou mènent aux mêmes conséquences.

Cette distorsion cognitive est due à des lacunes dans les axes du traitement de l’information. Premièrement, l’échantillon d’informations n’est pas suffisamment étendu pour que l’on soit en mesure de généraliser. Deuxièmement, ces informations ne sont pas non plus assez représentatives pour nous permettre d’en tirer une conclusion générale. Par exemple, si une personne vient de vivre une mauvaise expérience amoureuse et que ce genre de malchance lui est déjà arrivé plusieurs fois, elle croira davantage, à tort, que la prochaine expérience sera désastreuse. La généralisation la conduira à ce genre de conclusion : Tous les membres du sexe opposé sont immatures, ou encore : Nous savons bien que, vous, les hommes (ou les femmes), vous êtes toujours...

La généralisation nous enferme dans les deux issues extrêmes du tout ou rien, qui nous privent de la richesse de la réflexion et de tous les niveaux intermédiaires de compréhension. La généralisation nous nuit spécialement lorsqu’elle nous incite à exagérer quelques éléments négatifs. Par exemple, le fait d’être rejeté par quelqu’un risque de nous pousser à généraliser l’incident, c’est-à-dire à croire que d’autres personnes nous rejetteront aussi. De la même manière, quelques échecs généralisés peuvent nous donner la fausse certitude de ne pouvoir réaliser rien de bon dans la vie.

Et comme si ce n’était pas assez, la généralisation nous fait minimiser les aspects positifs de la vie. Elle nous amène, par exemple, à banaliser nos réalisations ou à refuser de les apprécier à leur juste valeur en nous faisant croire que tout le monde aurait pu faire la même chose. Nous ne devrions raisonnablement pas nous fier à des conclusions aussi excessives, mais c’est ce que nous faisons très souvent, sans même nous en apercevoir.


3- L'abstraction sélective : c'est un filtre mental qui ne laisse percevoir que le côté négatif des choses. On se focalise sur les détails déplaisants, ce qui nous conduit à voir l'ensemble en négatif. Ex. : Une personne passe une soirée avec des gens agréables et intéressants, elle s'amuse, elle danse, et là quelqu'un renverse du café sur sa chemise. A cause de cet incident, elle en conclut que la soirée est totalement gâchée. Autre exemple : un joueur de tennis gagne lors d'une rencontre sportive, mais au lieu de s'en réjouir, il passe plusieurs jours à ressasser les erreurs qu'il a commises pendant le match et à s'en faire le reproche.

4- La disqualification du positif : on transforme une expérience neutre ou positive en expérience négative. Ex. : On me fait un compliment, j'en déduis que "Tout le monde sait que c'est faux, on me dit ça juste pour me faire plaisir", ou encore : "Le soutien des gens qui m'aiment ne compte pas. Ils ne connaissent pas ma vraie nature". C'est une sorte d'alchimie inversée où l'on transforme de l'or en plomb.

5- Les conclusions hâtives (ou principe de l'inférence arbitraire) : on imagine des scénarios noirs sans preuve et on y porte crédit. On peut en distinguer 2 sortes :

5-a : Les lectures des pensées d'autrui : C'est lorsque l'on croit connaître les pensées des autres en se fiant à de maigres indices. Ex: "Je lui ai laissé un message mais il ne m'a pas rappelé, il ne me considère plus comme son ami.", ou bien : "Mon patron m'a regardé de travers, il pense certainement me licencier".
5-b : Les erreurs de voyance : Faire des prédictions pessimistes et les considérer comme vraies. Ex. : "Je vais devenir folle.", "Cette thérapie ne marchera pas, je suis incurable.", "Je vais rester seul toute ma vie."


6- Exagération (dramatisation) et minimalisation : on exagère ses erreurs et on minimise ses points forts. Exemple d'exagération : "J'ai fait une erreur au travail, tout le monde va le savoir et je serai complètement ridicule aux yeux de tous." ; Exemple de minimalisation : "J'ai trouvé la solution au problème, mais c'est simplement parce que j'ai eu beaucoup de chance".


7- Le raisonnement émotionnel : C'est se servir de ses sentiments comme si c'étaient des preuves. Ex. : "Je me sens désespéré, donc mes problèmes doivent être impossibles à résoudre.", ou bien : "Je ne me sens pas de taille à affronter une situation, donc je suis un looser.", ou encore : "Si je me sens dégoûté de ce monde, c'est parce qu'il n'a rien à m'offrir". Dernier exemple : "Si je suis angoissé tout le temps, c'est bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas".

8- Les fausses obligations ("musturbation" en anglais) : Se fixer arbitrairement des buts à atteindre (je dois, je devrais…). Ex. : "Je dois absolument faire le ménage chez moi.". Résultats : si l'on n'atteint pas ses objectifs, on se sent coupable. On peut également appliquer cette règle pour les autres (on me doit…) : "Après tout ce que j'ai fait pour lui, il pourrait au moins être reconnaissant." Cela conduit à un sentiment d'amertume, de ressentiment, et à l'idée que l'on est la seule personne à se conduire convenablement.

9- L'étiquetage : ce sont des jugements définitifs et émotionnellement chargés que l'on porte sur les autres ou sur soi-même. Ex. : "On voit la valeur d'un homme aux fautes qu'il commet." ; "Cette personne est un monstre." ; Dire "Je suis complètement nul" au lieu de dire "J'ai fait une erreur".

10- La personnalisation : Se sentir responsable du comportement des autres. Ex. : "Si mon fils ne travaille pas à l'école, c'est parce que je suis une mauvaise mère.", "Ce qui arrive est ma faute." La personnalisation conduit à un sentiment de culpabilité. C'est l'erreur consistant à penser pouvoir gérer la vie des autres (alors qu'on ne peut que l'influencer).

 

Exemples

Situation et émotions Pensées automatiques (auto-critique) Distorsions cognitives Réponses rationnelles (auto-défense)
Je crains que mon chef ne soit sévère lors de la présentation des résultats de mon travail, prévue lundi prochain. Je sens que mon week-end va être gâché à cause de cela. Il va remettre en cause tout mon travail. Pensée tout ou rien S’il a des critiques, ce n’est pas une raison pour « tout balancer » (ou alors c’est qu’il est caractériel, et je pourrais alors le lui prouver par cette réaction qu’il a eue !).
  C’est toujours comme ça quand je lui présente un travail. Surgénéralisation Ai-je vraiment des statistiques objectives pour le dire ? Tout bien réfléchi, il apprécie quand même mon travail, même s’il ne l’exprime pas toujours.
  Je ne vais pas arriver à lui présenter ce point particulier qui me tracasse. Filtre mental Je n’ai pas que cela comme résultats ! Il y a beaucoup d’autres choses qui sont bien étayées.
  Il n’y a rien de bon dans ces résultats. Disqualification du positif Allons bon ! Il faut que j’arrête de m’apitoyer sans aucune base réelle.
  Je le vois déjà me regarder fixement d’un air sceptique. Lecture des pensées d’autrui Je ne peux quand même pas l’enfermer dans un comportement unique, même s’il l’a quelquefois (souvent ?).
  Je vais cafouiller lamentablement. Erreur de voyance Si je pars battu, c’est vrai que cela risque d’arriver. Mais j’ai déjà présenté des résultats de travail, et cela s’est la plupart du temps bien passé.
  Je n’ai pas creusé assez les arguments de ma proposition finale. Exagération-dramatisation J’ai quand même préparé soigneusement, et, si le sujet l’intéresse, c’est lui qui me trouvera des arguments (il AIME quand ça vient de lui !).
  Tout ce que j’ai à dire est finalement bien banal : comment vais-je tenir une demi-heure ? Minimisation En général, dans mes présentations, j’ai plutôt trop de matière que pas assez, et nous n’avons pas assez de temps pour en débattre.
  Je pressens que ça va mal se passer. Raisonnement émotionnel C’est une impression, pas une réalité. J’ai fait tout ce que je devais pour que cela se passe bien.
  J’aurais dû y travailler encore plus pour que ce soit mieux étayé. « Dois » ou "devrais Et pourquoi pas y passer une nuit blanche, pendant que j’y suis ??? !!!
  De toute façon, il n’aime pas ce que je fais, et je suis un piètre collaborateur. Étiquetage et erreurs d’étiquetage Ne suis-je pas en train de nous enfermer tous les deux dans des boîtes ? En réalité, il est un chef imparfait (comme moi), et je suis un collaborateur qui a bien assumé ses responsabilités jusqu’à présent.
  J’aurais dû harmoniser ma propre présentation avec celles des autres collègues. Personnalisation Il ne me l’avais pas demandé, et cette préparation m’a déjà demandé assez de travail pour que je m’en rajoute !

 

psymaroc.com©2008 Dr. EL KAHLOUN, dernière mise à jour le 06 juin 2008|contact