La substance
ecstasy est un composé chimique synthétisé une première fois
en 1912 par un groupe chimique allemand qui s'était engagé
dans des recherches à but militaire : création d'un
coupe-faim et d'un moyen de priver les personnes de sommeil
(elle ne fut jamais commercialisée). Sa désignation chimique
est 3, 4 - Méthylène-Dioxyméthamphétamine ou MDMA.
Dans les
années 50, l'armée américaine l'a utilisée comme « sérum de
vérité » dans les interrogatoires, sans grand succès. En
1965, le chimiste Alexander Shulgin, à la recherche d'une
aide dans les psychothérapies, réutilise la MDMA. C'est dans
ce cadre, qu'il a été utilisé en Suisse entre 1985 et 1993.
A partir des
années 70 aux Etats-Unis et plus récemment en Europe,
l'ecstasy est utilisée à des fins récréatives. L'apparition
massive de l'ecstasy est liée à l'émergence du mouvement
musical techno et l'organisation de rave parties.
L'ecstasy
rentre dans la catégorie de « designer drugs » ou « drogues
de synthèse », des produits synthétiques fabriqués dans des
laboratoires clandestins.
Chimiquement
parlant, l'ecstasy est analogue à deux groupes de substances
psychoactives : les stimulants (par exemple les
amphétamines) et les hallucinogènes (par exemple la
mescaline), sans toutefois appartenir à un de ces deux
groupes. Depuis 1993, les substances aux effets analogues à
ceux de l'ecstasy sont classées dans le groupe des « entactogènes »
(du grec « qui touche la conscience »). A faibles doses,
l'effet de l'ecstasy est similaire à celui du LSD qui peut
aller de simples modifications sensorielles à des illusions,
voire des hallucinations. A plus forte dose, l'ecstasy a des
effets plus proches de ceux des amphétamines (excitation
psychomotrice, insomnies, mydriase, etc.).
L'ecstasy
fait partie des drogues illégales en Suisse. Elle se
présente sous la forme de comprimés de couleurs et de formes
variées ornés d'un motif (le prix actuel est de CHF 20.- le
comprimé). Les comprimés d'ecstasy vendus et consommés
actuellement proviennent d'une fabrication non contrôlée, ce
qui signifie que la substance active, le dosage, la pureté
et les autres substances ajoutées ne sont pas connus. Il en
résulte un risque supplémentaire pour le consommateur.
Aujourd'hui sur le marché, sous l'étiquette commune
d'ecstasy, on trouve des comprimés contenant de l'ecstasy en
tant que telle, des comprimés contenant de l'amphétamine,
des comprimés contenant des stimulants variés (par exemple
pseudo-éphédrine) et des comprimés contenant des substances
non apparentées aux amphétamines et aux stimulants (LSD,
testostérone, paracétamol, lactose, amidon, détergents,
caféine, etc. ... ).
Sur le plan
neurobiologique, la MDMA exerce principalement des effets
sur le système sérotoninergique avec une réponse biphasique
avec, dans un premier temps, une libération importante de
sérotonine suivie d'un épuisement des stocks de sérotonine
au bout de quelques heures. Il faut rappeler que la
sérotonine est impliquée dans la régulation de l'humeur, du
sommeil, de l'anxiété, de l'agressivité, de l'impulsivité,
de la cognition et de la température corporelle.
La MDMA
augmente la libération de dopamine, de noradrénaline, mais
elle provoque aussi un accroissement du cortisol, de la
prolactine et peut-être de la mélatonine.
La dopamine,
outre ses effets psychiques (augmentation de la vigilance,
activation du « système de compensation »), a également des
effets stimulants sur le système moteur.
Des études
récentes mettent en évidence que chez les animaux, la MDMA
(à doses répétées et/ou élevées) provoque une dégénérescence
des terminaisons sérotoninergiques, particulièrement dans
l'hippocampe. On n'a pas encore établi avec certitude si ces
neurones subissent également des dommages dans le cerveau
humain.
Les effets de
l'ecstasy se font sentir après 30 à 120 minutes. Il y a un
très grand risque qu'on augmente la dose avant que les
effets ne se fassent sentir. Le pic plasmatique est obtenu
après 1 à 3 heures. Son action dure de 3 à 6 heures et sa
demi-vie est de 12 heures (on considère généralement qu'une
substance est totalement éliminée au bout de 5 demi-vies).
Une dépendance psychique peut survenir, mais elle est
fortement liée à la fréquence de consommation. Une
dépendance physique n'a pas été relevée.
Trois types d'effets
sont décrits : les effets physiques, les
effets psychiques et les effets
tardifs.
L'ecstasy
peut provoquer les modifications psychiques suivantes :
euphorie, stimulation et désinhibition émotionnelle,
sentiment d'une énergie physique et émotionnelle plus
intense, augmentation du sentiment de sa propre valeur,
sensation d'une perception plus intense, une impression de
« communication » intense avec les autres. Ces effets
psychiques sont également décrits comme des sentiments
d'amour, de proximité, de sincérité et de volupté. Elle
encourage une communication directe avec une plus grande
disposition au contact et avec un besoin accru de contact.
La capacité de discernement entre le soi et le non-soi est
réduite. Sous l'effet de l'ecstasy, aucune agressivité ne se
manifeste.
Au niveau physique,
l'ecstasy provoque une accélération du rythme cardiaque et
une élévation de la tension artérielle. Il y a risque
d'hyperthermie et de déshydratation lors d'efforts physiques
continus. Des nausées, des vomissements et des crampes
maxillaires sont d'autres symptômes physiques possibles.
Les effets tardifs
les plus fréquents sont : la fatigue, des maux de tête, des
douleurs musculaires et des épisodes dépressifs.
Indépendamment de la quantité consommée, des attaques de
panique, des troubles du sommeil, des syndromes paranoïdes,
des états confusionnels et des troubles psychotiques peuvent
également se manifester. Ces effets psychiques ont été
rapportés soit dans les jours, soit dans les mois qui
suivent la prise d'ecstasy.
Les effets à
long terme ne sont pas connus, mais il semble que la prise
d'ecstasy peut précipiter un état pathologique chez une
personne sans antécédents.
Quant aux
effets toxiques, la consommation d'ecstasy
peut entraîner de graves complications physiques telles
qu'une hyperthermie, des troubles de la coagulation (une
coagulopathie intravasculaire disséminée), une insuffisance
rénale aiguë, une hépatite et une arythmie cardiaque, ainsi
que des crises épileptiques. Des cas de décès ont été
rapportés, plutôt en relation avec de l'alcool ou des
médicaments, (les antiprotéases par interaction
métabolique). La consommation d'ecstasy est particulièrement
dangereuse en cas de grossesse.
Dans le plus
grands nombre des cas, la consommation d'ecstasy débute dans
les « rave parties », soirées plus ou moins tolérées, plus
ou moins clandestines, selon les pays européens. C'est la
raison pour laquelle les organisateurs des soirées techno
doivent tenir compte d'un certain nombre de mesures de
prévention pour les jeunes participants à ces soirées (des
boissons non alcooliques doivent être offertes à un prix
d'au moins 15 % moins cher que les boissons alcooliques, des
vestiaires doivent être mis gratuitement à disposition, les
locaux doivent être suffisamment aérés, les toilettes
doivent disposer de lavabos avec robinets d'eau froide, des
coins suffisamment frais doivent être aménagés aux bords de
la piste de danse, etc. ...) . Toutes ces mesures doivent
être entreprises dans le but d'éviter la déshydratation et
l'hyperthermie chez les danseurs.
Notre
Division est occasionnellement sollicitée au sujet de
questions en rapport direct avec l'ecstasy.
Sur le plan
thérapeutique, des traitements spécifiques ne sont pas
connus à ce jour. Le traitement actuel consiste en l'arrêt
de la consommation du produit lui-même et en un traitement
symptomatique par la suite.
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