La
notion de sentiment d’efficacité personnelle
se ramène à une idée très simple mais très
éclairante, issue de la réflexion sur la
pratique des thérapies comportementales :
la capacité d’une personne à entreprendre
certaines actions dépend largement de sa
croyance dans cette capacité. Cette
théorie éclaire les premières contributions
de Bandura : la
notion d’apprentissage vicariant,
et donc la technique psychothérapeutique du
modeling,
qui est interprétée, comme le sont
finalement tous les procédés des thérapies
cognitivo-comportementales, comme autant de
moyens d’augmenter le sentiment d’efficacité
du patient et donc son efficacité réelle.
Le
sentiment d’efficacité personnelle
exprime ce que l’individu croit pouvoir
faire dans des situations variées. «
L’efficacité personnelle perçue concerne la
croyance de l’individu en sa capacité
d’organiser et d’exécuter la ligne de
conduite requise pour produire des résultats
souhaités ». (Bandura, 2003, p. 12). En
fait, les gens agissent quand ils croient
que leurs actions vont produire les
résultats qu’ils désirent obtenir, que
l’effort exigé en vaut la peine et qu’ils
ont les capacités pour le faire.
En
général, les individus qui doutent de leurs
capacités évitent les tâches difficiles,
diminuent leurs efforts ou abandonnent
facilement. Ils expriment des aspirations
réduites, démontrent une faible implication
dans les activités qu’ils entreprennent. Ils
représentent souvent des victimes désignées
pour les stress et la dépression. Par
ailleurs, les personnes qui croient
fortement en leur efficacité personnelle
abordent les tâches difficiles comme des
défis. Elles se fixent des buts élevés et
les maintiennent malgré les difficultés,
investissent des efforts et les augmentent
en cas d’échec. Elles améliorent ainsi leur
performance et réduisent leur stress. Elles
atteignent ce qui semble inaccessible par
une croyance en soi inébranlable et une
forte résilience au regard des obstacles. Il
va de soi que chaque individu n’est pas
totalement l’un ou l’autre de ces exemples
mais ressemble plutôt à l’un ou à l’autre
selon les diverses situations auxquelles il
est confronté.
La
croyance dans sa propre efficacité apparaît
dès lors comme un phénomène fondamental dans
l’ensemble des processus qui assurent
l’adaptation, la santé et le bien-être
psychiques. Cette théorie rend également
compte des troubles psychopathologiques les
plus courants -anxiété, dépressions,
troubles du comportement alimentaire et
addictions - en termes de défaillances
spécifiques de la croyance dans sa propre
efficacité.
Les humains sont
fortement interdépendants. Leurs actions
modifient le bien-être des autres, et
inversement les actions des autres influent
sur leur propre bien-être. Ils doivent
de plus en plus travailler ensemble pour
obtenir une vie meilleure. La théorie
sociocognitive élargit donc l’analyse de
l’agentivité humaine à l’exercice de
l’agentivité collective. Cette dernière
opère par l’intermédiaire de croyances
d’efficacité et d’espoirs partagés par des
familles, des communautés, des
organisations, des institutions sociales et
même des nations, de telle façon que les
gens puissent résoudre leurs problèmes et
améliorer leur existence par un effort
commun.
La théorie de
l’efficacité personnelle fournit un vaste
ensemble de connaissances autorisant des
applications sociales dans de multiples
domaines de l’existence. La large portée et
la diversité d’applications possibles
attestent la généralité explicative et
opératoire de cette approche.