Clinique de l'Enurésie
1.1 Définition
L'énurésie est une miction active, complète, de
caractère involontaire, qui se manifeste ou persiste au-delà de l'âge où le
contrôle physiologique du sphincter vésical est normalement acquis. On ne
parle pas d'énurésie avant l'âge de 3-4 ans.
C'est un trouble du comportement mictionnel, par défaillance du contrôle
central de la contention des urines.
1.2 Les aspects cliniques
Ils sont variés ; c'est un motif fréquent de
consultation au sein d'une population enfantine (10 à 15 % des enfants dont
65 % de garçons).
1 - Elle peut être :
- soit primaire, c'est un retard du
contrôle sphinctérien,
- soit secondaire, elle réapparaît
après un intervalle de propreté, l'énurésie primaire est la plus
fréquente, 75 à 85 % selon les auteurs.
2 - Suivant le rythme, on différencie :
- l'énurésie diurne, isolée, la
plus rare : 3 % des cas.
- l'énurésie nocturne, isolée, la
plus fréquente : 65 % des cas.
- l'association énurésie nocturne + diurne
étant retrouvée dans 1/3 des cas.
3 - Suivant la fréquence des mictions et d'après
SOULE, on distingue :
- l'énurésie totale : l'enfant
mouille chaque nuit,
- l'énurésie clairsemée : surtout
après 8 ans, il existe parfois des corrélations entre les nuits humides
et les évènements de la journée.
- l'énurésie intermittente où les
accidents ne surviennent qu'à certaines périodes.
- l'énurésie épisodique et
occasionnelle.
1.3 L'examen clinique de l'enfant
énurétique
1 - précise le type de l'énurésie et ses
circonstances de survenue,
2 - recherche les antécédents familiaux (fréquemment retrouvés, surtout en
cas d'énurésie primaire).
3 - fait préciser :
- le mode d'éducation sphinctérienne,
- les réactions de l'enfant à son
énurésie,
- l'attitude de la famille,
- les troubles associés éventuels chez
l'enfant.
4 - contrôle l'absence d'atteinte somatique.
1.4 Le diagnostic différentiel
C'est celui des principaux dysfonctionnement
mictionnels : incontrôle des pollakiuries (infection urinaire,
lithiase) d'autant qu'elles reconnaissent des facteurs émotionnels,
-
polyurie :
- du diabète,
- des syndromes polyuro-polydipsiques
neuro hypophysaires, ou rénaux.
- de la potomanie.
-
incontinence véritable : trois catégories de
malades peuvent faire hésiter :
- les obstacles du bas appareil (valvules,
sténoses de l'urètre postérieur, maladie du col) ; ils provoquent une
rétention chronique d'urine avec miction par regorgement. Le diagnostic
repose sur l'U.I.V suivie, au besoin, de cystographie.
- l'épispadias facilement reconnu chez le
petit garçon peut être ignoré chez la petite fille en l'absence d'un
examen attentif de la vulve.
- l'abouchement ectopique de l'uretère,
rare chez le garçon, se fait soit à la vulve, soit dans le vagin, et se
signale par l'association de mictions d'apparence normale et d'accidents
de culotte.
- miction
automatique des vessies neurologiques et autres dysfonctionnements nerveux,
identifiés sur l'association de troubles sensitifs objectifs, du tonus et
des réflexes de sphincter anal, un syndrome de la queue de cheval.
L'exclusion d'une maladie organique comporte
trois étapes :
- l'interrogatoire minutieux pour explorer
la miction : sa qualité, son rythme nycthéméral et la défécation.
- l'examen physique complet avec
exploration attentive des organes génitaux externes, recherche d'une
anesthésie en selle, du réflexe anal (toucher rectal).
- l'examen cytobactériologique et chimique
des urines peut être pratiqué systématiquement s'il s'agit du premier
examen.
C'est sur ces bases cliniques précises que sera
décidée (rarement) l'opportunité d'exploration radiologique et urologique
spécialisée.
1.5 Facteurs étiologiques
Les facteurs
psychologiques sont parmi les plus évidents dans la genèse de
l'énurésie, sans que l'on puisse rejeter l'existence de facteurs
constitutionnels favorisants.
Les "traumatismes psychiques", les discordes du milieu jouent un rôle au
moins en tant que facteur aggravant ou déclenchant l'énurésie :
- une déception (la plus fréquente est
l'arrivée d'un puiné),
- une séparation,
- l'éveil des intérêts sexuels,
- les découvertes sexuelles mal acceptées,
- les difficultés dans le milieu familial
et scolaire.
Chez les parents, on retrouve parfois des
habitudes inadéquates dans l'établissement de la propreté :
- attitude trop permissive empêchant
l'organisation du contrôle mictionnel : eux-mêmes ont souvent été
énurétiques,
- ailleurs, des exigences beaucoup trop
précoces qui mettent l'enfant devant un obstacle insurmontable.
L'enfant : il est illusoire de vouloir tracé un
profil de l'énurétique. Le plus souvent, il s'agit d'énurésie commune. Dans
de nombreux cas, on retrouve une anxiété, des cauchemars, des terreurs
nocturnes. Les garçons sont souvent passifs, en retrait, ayant un grand
besoin de réassurance. Les filles ont un comportement plus proche de la
normale ; elles se caractérisent par un besoin d'indépendance en compétition
vis à vis des garçons.
Ailleurs, l'énurésie peut être un élément
secondaire dans un tableau prévalent de troubles psychiques majeurs
(déficience intellectuelle, psychose,...).
1.6 Le traitement
Il est variable suivant le contexte
psychologique : cependant il n'est jamais négligeable d'obtenir une
disparition du symptôme source de conflits secondaires et maintenant
l'enfant dans une attitude régressive, à condition de ne pas méconnaître et
négliger les difficultés psychopathologiques sous-jacentes.
L'arsenal thérapeutique comporte :
1 - La prophylaxie, à savoir : éviter un
apprentissage trop précoce de la propreté avant l'âge de la marche.
2 - Des règles
pratiques : éviter l'absorption de diurétiques (thé, café,
chocolat), la restriction liquidienne, prescrite le soir, est souvent
contournée par l'enfant, plus ou moins consciemment ; par contre, il faut
(et ce n'est pas facile, car c'est souvent caché par l'enfant comme par les
parents) obtenir de l'entourage la suppression des mesures "anti-fuites" qui
maintiennent l'enfant dans des positions régressives (couches, bambinette,
etc...).
3 - Les
thérapeutiques médicamenteuses : beaucoup ont été préconisées,
seuls méritent d'être cités les antidépresseurs
de la série des imipramines, qui ont un effet inhibiteur sur les muscles
lisses, mais pas avant l'âge de 6 ans.
4 - L'information
anatomique et physiologique : il est nécessaire de démystifier le
symptôme de l'enfant et de lui faire abandonner l'idée qu'il est victime de
quelque chose contre laquelle il ne peut rien faire. Pour cela, une
information anatomique et physiologique sur le fonctionnement de son
appareil urinaire est nécessaire. Il faut aussi rassurer l'enfant et ses
parents sur l'absence d'anomalie organique toujours plus ou moins redoutée.
5 - Le
conditionnement : on utilise des appareils placés entre le
matelas et le drap : "pipi-stop", comportant un circuit électrique qui, en
cas de miction, déclenche une sonnerie. Dès les premières gouttes, le
contact est mis, une sonnerie provoque le réveil de l'enfant.
6 - Dans certains cas, une
psychothérapie peut être proposée, sous
diverses modalités, indication qui relève du spécialiste en psychiatrie
infanto- juvénile.