THERAPIE FAMILIALE
-Les relations sont sûrement le miroir dans lequel on se découvre soi-même - Jiddu Krishnamurti
La famille est considérée comme une unité, un système et le patient comme le porteur de symptômes du système familial. Il s’agit alors d’appréhender la fonction du symptôme à l’intérieur du groupe, de comprendre en quoi, notamment, il protège son équilibre global (place de chacun, répartition des rôles et des tâches, existence de sous-systèmes, frontière entre générations…).
Définition des thérapies familiales
On pourra proposer la définition du « plus petit commun dénominateur » des thérapies familiales : relève de la thérapie familiale toute forme de consultation ponctuelle ou répétée réunissant au moins deux personnes faisant partie du contexte de vie et de survie d’une ou de plusieurs personne(s) en souffrance, c’est-à-dire partageant une destinée commune.
L’effet de ce type de consultation est appréhendé comme bénéfique sur les symptômes, la souffrance, les problèmes, les relations. Cette appréhension bénéfique peut être le fait des personnes qui consultent, des personnes en souffrance, des thérapeutes impliqués, mais aussi de l’entourage thérapeutique élargi et de l’entourage de vie des personnes qui consultent.
Par vocation, les thérapies familiales reposent sur des principes multidisciplinaires, transdisciplinaires et interdisciplinaires. Elles se sont ainsi nourries de nombreux apports : psychodynamique, biologiques, éthologiques, anthropologiques, comportementaux et cognitifs, cybernétiques et systémiques. Elles relient les champs de la médecine, de la psychiatrie, de la psychologie, de la justice, du travail éducatif et social.
La diversité des orientations théoriques, des modalités d’exercice et des styles thérapeutiques est à la mesure de l’extrême variété de contextes dans lesquels elles se réalisent, et des singularités personnelles et relationnelles qu’elles cherchent à appréhender.
Principes thérapeutiques
Les premiers modèles ont été principalement conçus comme des modèles intrafamiliaux. Il s’agissait de comprendre et d’améliorer :
· le fonctionnement psychique et interpersonnel (modèles psychodynamique) ;
· les communications et les interactions paradoxales intervenant dans « l’ici et maintenant
» (modèles cybernétiques-systémiques) ;
· les coalitions, les frontières et les règles (modèles structuraux) ;
· les conflits de pouvoir, la résolution de problèmes (modèles stratégiques) ;
· la différenciation des selfs sur plusieurs générations (modèles multigénérationnels) ;
· l’équilibre des comptes et des mérites, des dons et des dettes entre générations (modèles intergénérationnels).
Ces recherches ont conduit à la description de processus cliniques familiaux riches et variés.
L’accent mis sur les processus inter-fantasmatiques ou sur les processus relationnels cherchait à se décaler des grilles de lecture psychiatriques ou psychopathologiques. Dans la version psychodynamique, les termes psychiatriques sont utilisés de façon métaphorique, et énéralisés sur l’ensemble de la famille, conçue comme un « appareil psychique familial ».
Dans la version systémique « classique », la personne malade est considérée comme un « patient désigné », l’enjeu étant de lui permettre de se dégager de cette désignation.
En se développant, ces formes initiales de thérapies familiales ont eu tendance à se déconnecter des services spécialisés ayant à traiter des problèmes spécifiques et lourds, et se sont plutôt adressées à des familles ayant suffisamment de ressources personnelles pour se mobiliser et accepter parfois des remises en question éprouvantes.
Depuis cette époque pionnière, d’autres modalités d’interventions familiales sont apparues, mettant moins l’accent sur la dimension intrafamiliale des troubles à traiter.
Les thérapies centrées sur les solutions, plutôt que de se focaliser sur la résolution de problèmes bien définis et ciblés ou sur les modes de fonctionnement familial, cherchent à renforcer les ressources positives de la famille et à favoriser les initiatives créatrices du patient et de ses proches, en relativisant ainsi le poids des problèmes sans solution, ou sans solution immédiate.
Les thérapies narratives se réfèrent aux philosophes de la « post-modernité » et au constructionnisme social, en postulant que l’échange conversationnel est la condition, pour un groupe, pour construire une réalité partagée. Les thérapeutes narratifs ne cherchent pas à se positionner comme des spécialistes du changement qui auraient une compétence hiérarchiquement supérieure à la compétence de la famille. L’expression du discours et le développement de la conversation conduisent au partage des expériences personnelles et à la création d’une histoire commune.
Les thérapies familiales comportementales et cognitives, à l’inverse des précédentes, reposent sur des connaissances issues de la psychologie cognitive et expérimentale, et cherchent à développer des procédures objectivables et reproductibles, indépendamment de l’engagement et de l’appréciation subjective des interlocuteurs. Elles cherchent à définir aussi précisément que possible la nature des troubles et du fonctionnement personnel et familial à partir d’échelles d’évaluation validées, et se prêtent par nature à un examen statistique de leurs résultats. Dans la version psycho-éducationnelle familiale, il s’agit, après l’établissement du diagnostic, d’en informer le patient et la famille selon un programme de rencontres extrêmement précis, puis de décrire les connaissances actuelles sur la nature de la maladie et la manière de la traiter. On apprend à la famille à développer les attitudes qui permettent de participer activement au traitement, en affirmant haut et clair qu’elle n’est pas à l’origine de la maladie, et qu’elle peut développer des compétences pour en atténuer les effets et prévenir les rechutes. On entraîne conjointement le patient à développer des habiletés sociales, et on met en oeuvre des programmes de réhabilitation et de recherche d’emploi, lorsque cela est possible.
Les thérapies familiales écosystémiques contemporaines reposent sur l’appréhension de la complexité des systèmes, et sur un travail d’action-recherche. En reconnaissant la multiplicité des niveaux d’organisation, elles procèdent par l’élaboration d’hypothèses abductives, susceptibles d’être régulièrement modifiées en fonction de l’évaluation du processus thérapeutique. Au-delà de la généralisation des typologies sémiologiques ou fonctionnelles de la personne et de ses systèmes d’appartenance, elles tiennent compte de la singularité de chaque situation. Comme dans les thérapies familiales comportementales et cognitives, elles considèrent la famille comme un partenaire thérapeutique, à ceci près qu’elles conçoivent les procédures d’apprentissage comme une expérience également partagée par les patients, les familles et les intervenants. Par ailleurs, elles se focalisent sur l’évolution et la création des contextes organisationnels des patients et de leurs proches, c’est-à-dire sur les interfaces dynamiques qui connectent et articulent les niveaux d’organisation locaux et globaux.
psymaroc.com©2008
Dr. EL KAHLOUN, dernière mise à jour le 21 avril 2008|
contact