Sensibilisation et habituation
L'habituation est un
processus physiologique très général, forme élémentaire et primitive
d'apprentissage qui peut être assez facilement utilisée comme paradigme
expérimental et principe thérapeutique. L'habituation est l'inverse de la
sensibilisation.
Eric Kandel, prix Nobel 2000,
chez un organisme comprenant un nombre limité de neurones (aplysie), a montré
qu'à côté des réponses conditionnelles, il pouvait exister une mémorisation
après une seule rencontre avec un stimulus nociceptif et une potentialisation à
long terme qui résulte d'une cascade d'événements chimiques qui font que la
réponse va s'accroître sans qu'il soit nécessaire de mettre en place de
nouvelles expériences de conditionnement (cité par Marks, 1987).
Chez l'homme qui souffre de
réponses émotionnelles excessives, l'habituation par présentation prolongée et
répétée des stimuli aboutit à la diminution de la force des réponses
inconditionnelles contrôlées par le tronc cérébral et le complexe amygdalien. En
revanche, la présentation brève des stimuli évocateurs d'obsessions et de
compulsions ou de phobies ne fait qu'accroître l'intensité des réponses
motrices, cognitives et végétatives futures. Il s'agit du phénomène inverse de
l'habituation : la sensibilisation. En général il faut 45 minutes d'exposition
pour aboutir au phénomène d'habituation. Le thérapeute doit donc proposer aux
patients phobiques ou obsessionnels qui sont traités par les méthodes
d'exposition, des séances répétées et prolongées, plutôt que des séances brèves.
Les thérapies comportementales se sont fondées, au début, sur la notion qu'un
certain nombre de comportements, en particulier les comportements d'évitement,
résulteraient d'un conditionnement par association de stimuli. Dans un premier
temps, un conditionnement classique des réponses émotionnelles va fixer un
pattern émotionnel dans la mémoire ; dans un deuxième temps, l'évitement
comportemental va soulager de l'anxiété et fixer sur un mode opérant les
réponses motrices. Les deux facteurs, conditionnement classique et
conditionnement opérant, participent au maintien du trouble anxieux, ce qui fait
que les TCC vont agir à ces deux niveaux d'apprentissage : réduire l'anxiété et
encourager les comportements actifs d'affrontement.
Le plus connu des principes utilisés en TCC est l'exposition aux situations
anxiogènes (Wolpe, 1975 ; Marks, 1987). Celle-ci est en général effectuée de
manière graduelle et précédée d'une phase d'exposition prolongée et répétée en
imagination, qui vise à habituer les réponses physiologiques inadaptées et à
éteindre les réponses motrices d'évitement.