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Conceptions psychanalytiques du trouble psychique

La place particulière de la psychanalyse dans la psychopathologie ainsi que sa soif de se démarquer de la psychologie et de la psychopathologie impliquent que ces conceptions soient traitées dans un paragraphe à part entière. Non pas que la psychanalyse soit un champ hors de la psychopathologie.

.1. Conceptions des symptômes

Les symptômes sont issus perçus comme le résultat de conflits psychiques entre différentes instances topiques, ou entre différentes pulsions (conflits pulsionnels). Comme toute production psychique, le symptôme est donc interprétable d’un point de vue métapsychologique. Il faut donc être attentif à ses aspects topiques (rôle du surmoi dans la névrose, rôle de la réalité dans la psychose), économique (les types de pulsions certains mais aussi les modalités d’investissement, de désinvestissement ou de surinvestissement du Self et des objets), et enfin dynamique (conflit entre le ça et le couple moi/surmoi dans la névrose, entre la réalité et le couple ça/moi dans la psychose) qui comporte des éléments assez facilement repérables : les mécanismes de défense.

.2. Repérage des mécanismes de défense

Les mécanismes de défense s’inscrivent dans le cadre de l’aspect conflictuel, dynamique, de la métapsychologie. Ils sont « les moyens » mis en place par le sujet pour que le Moi (plus précisément la conscience) ne perçoivent pas pleinement qu’il est confronté à l’intrusion d’éléments ego-dystoniques. Certains éléments importants comme l’ambivalence (sentiment opposés à l’égard d’un même objet), le retournement de la pulsion sur la personne propre, le renversement de la pulsion en son contraire ou la sublimation sont des destins des pulsions et à ce titre s’inscrivent dans le registre économique de la métapsychologie, au même titre que le contre-investissement, décrits par certains dans le cadre des mécanismes de défense.

Les mécanismes de défense portent principalement sur les émergences pulsionnelles du ça (ou de l’inconscient) mais également sur la réalité extérieure ou des fragments de celle-ci. Ils peuvent être classés selon leurs apparitions chronologiques, selon leurs présences dans telles ou telles structures, ou selon leur degré de rigidité, ou selon qu’ils portent sur la réalité interne ou la réalité externe.

Les mécanismes de défense principaux de la psychanalyse sont les suivants :

       .2.1. Annulation rétroactive

À l’oeuvre dans la vie quotidienne aussi bien que dans la pathologie (névrose obsessionnelle), ce mécanisme est défini comme le processus « par lequel le sujet s’efforce de faire en sorte que des pensées, des paroles, des gestes, des actes passés ne soient pas advenus ; il utilise pour cela une pensée ou un comportement ayant une signification opposée. » (Laplanche et Pontalis, 1967).

Ce mécanisme se rencontre en association avec le phénomène de pensée magique.

      .2.2. Clivage du moi

Le clivage du moi est le processus qui permet au sujet de maintenir au sein du moi « de deux attitudes psychiques à l’égard de la réalité extérieure en tant qu’elle vient contrarier une exigence pulsionnelle : l’une tient compte de la réalité et l’autre la dénie et met à sa place une production du désir. » (Laplanche et Pontalis, 1967)

Freud a mis en évidence le rôle du déni dans la perversion (fétichisme) ainsi que son influence dans la psychose, où ce mécanisme rend compte de l’angoisse de morcellement.

Le clivage du Moi est souvent accompagné d’un déni (total ou partiel) de la réalité) et s’accompagne d’un clivage de l’objet.

      .2.3. Dénégation

La dénégation est le « procédé par lequel le sujet, tout en formulant un de ses désirs, pensées, sentiments jusque-là refoulé, continue à s’en défendre en niant qu’il lui appartienne » (Laplanche et Pontalis, 1967)

La dénégation est surtout à l’oeuvre dans les structures névrotiques ; elle sous-tend alors généralement les tournures négatives du discours.

       .2.4. Déni

Le déni consiste en « un refus par le sujet de reconnaître la réalité d’une perception traumatisante, essentiellement l’absence de pénis chez la femme » (Laplanche et Pontalis, 1967)

Ce mécanisme est à l’oeuvre dans la psychose, dans la perversion, mais aussi dans certaines situations de la vie quotidienne.

      .2.5. Forclusion-Rejet

Forclusion et rejet sont deux traductions française du terme introduit par Freud pour décrire le mécanisme de défense à l’oeuvre dans le déclenchement des pathologies psychotiques. La verwerfung consiste au rejet au-dehors du Moi (donc dans la réalité extérieure) d’une perception trop traumatisante et de la considérée « comme si elle n’était jamais parvenue jusqu’au Moi » (Pedinielli et Gimenez, 2003)

Maintenue par le rejet hors du Moi, cette perception n’appartient pas au registre des inscriptions moïques.

Le sujet ne peut donc pas se la représenter, ni même la symboliser. Les productions psychotiques (délire et hallucination) sont donc des tentatives pour symboliser ce contenu perceptif qui ne l’est pas.

Le terme forclusion, quant à lui, est la traduction que préconise Jacques Lacan, pour lequel la « forclusion du Nom-du-Père, est le mécanisme organisateur de la structure psychotique.

       .2.6. Formation réactionnelle

La formation réactionnelle désigne une « attitude ou habitus psychologique de sens opposé à un désir refoulé, et constitué en réaction contre celui-ci (pudeur s’opposant à des tendances exhibitionnistes par exemple) » (Laplanche et Pontalis, 1967).

Ce mécanisme est à l’oeuvre dans la névrose obsessionnelle et dessine en grande partir le caractère obsessionnel et plus particulièrement l’obséquiosité dont ces patients peuvent faire preuve.

       .2.7. Idéalisation

L’idéalisation est le « processus psychologique par lequel les qualités et la valeur de l’objet sont portées à la perfection. L’identification à l’objet idéalité contribue à la formation et à l’enrichissement des instances dites idéales de la personne (moi idéal, idéal du moi) » (Laplanche et Pontalis, 1967).

Ce mécanisme, à l’oeuvre dans la vie quotidienne, est sous-tendu sur le plan économique par un surinvestissement de l’objet. Dans certains pathologiques narcissiques, l’idéalisation de l’objet est le résultat de la projection massive d’une image de soi mégalomaniaque et toute puissante. Dans la mélancolie, l’idéalisation de l’objet perdu est une des entraves au bon déroulement du travail de deuil.

       .2.8. Identification

L’identification est le « processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété, un

attribut de l’autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le modèle de celui-ci. La personnalité se constitue et se différencie par une série d’identification. » (Laplanche et Pontalis, 1967)

Si l’identification est un mécanisme à l’oeuvre dans la vie quotidienne, notamment dans la constitution du

Moi, certaines formes sont fréquentes dans la pathologie. Ainsi, dans la mélancolie, un certain nombre de symptômes sont expliquées par une identification à la personne morte ; de même certains aspects des troubles hystériques sont sous-tendus par une identification partielle au désir tourné vers l’objet d’amour inconscient.

        .2.9. Projection

La projection est le « processus par lequel le sujet expulse de soi et localise dans l’autre, personne ou chose,

des qualités, des sentiments, des désirs, voire des « objets » qu’il méconnaît ou refuse en lui. » (Laplanche et Pontalis, 1967).

À l’oeuvre dans la vie quotidienne, ce mécanisme de défense est particulièrement repérable dans les délires paranoïaques. Il explique en grande partie l’angoisse de persécution.

        .2.10. Refoulement

Le refoulement est le mécanisme fondateur des névroses. Il s’agit de « l’opération par laquelle le sujet cherche à repousser ou à maintenir dans l’inconscient des représentations (pensées, images, souvenirs) liés à une pulsion. Le refoulement se produit dans les cas où la satisfaction d’une pulsion- susceptible de procurer par ellemême du plaisir- risquerait de provoquer du déplaisir à l’égard d’autres exigences. » (Laplanche et Pontalis)

Dans la clinique, les refoulements se traduisent par les phénomènes d’oublis ; toutefois, on observe plus souvent des retours de refoulé (lapsus, actes manqués, symptômes, rêves, etc)

.3. Repérage des types d’angoisse

La psychanalyse met en avant des « types d’angoisse » propres à chaque structure et correspondant aux différents stades de l’évolution du psychisme humain.

On distingue ainsi l’angoisse de castration, typique des problématiques oedipiennes, l’angoisse de perte d’objet, que l’on rencontre dans les problématiques limites et/ou dépressives, l’angoisse de persécution et de morcellement que l’on rencontre dans la psychose (paranoïa et schizophrénie). Il est à noter que les angoisses ne se traduisent pas forcément par des thématiques identiques. Si l’on peut légitimement inférer d’un discours où le sujet décrit un sentiment de persécution qu’il présente une angoisse de ce type, l’angoisse de castration peut se traduire dans des phénomènes comme la peur d’échouer ou de réussir qui sont très éloignés du point de vue manifeste des thématiques infantiles de castration.

Schématiquement, on peut dire que l’angoisse de castration, propre à la névrose est une angoisse du registre de l’avoir et de l’identité sexuelle ( » en avoir ou pas » est la question centrale du névrosé) alors que les angoisses prégénitales sont des expressions du côté de l’identité et de l’être.

.4. Analyse de l’interrelation

Le repérage de la situation d’entre-deux permet de mettre en évidence les modalités de relation d’objet qui sous-tendent au fonctionnement du sujet. Il ne s’agit plus de saisir dans le discours les éléments d’ambivalence qui lient le patient à telle ou telle figure parentale, ni même uniquement le type de relation d’objet qui structurent sa vie psychique, mais bel et bien de saisir dans l’établissement de la relation duelle la répétition avec le clinicien de ces éléments qui ne la concernent pas directement. D’un point de vue psychanalytique, il s’agit bien de s’intéresser aux phénomènes de transfert et de contre-transfert (entendu comme l’ensemble des réactions qu’éprouve le clinicien à l’égard de la personne qu’il rencontre).

En Résumé

Le repérage psychopathologique dépend principalement des conceptions théoriques du psychopathologues quant à l’étiologie des troubles et aux mécanismes psychologiques qui les sous-tendent. Classiquement, il implique l’étude de la structure ou de l’organisation psychique qui sous-tend le trouble et se définit à partir du discours du sujet et de l’analyse de la relation entre le sujet et le clinicien. Ces éléments sont recueillis par l’entretien, les techniques projectives et l’analyse de toutes productions du sujet lorsque cela est possible.

 

 

psymaroc.com©2008   Dr. EL KAHLOUN,  dernière mise à jour le 07 juin 2008| contact