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Le
travail sur les distorsions cognitives ( dans la dépression comme
exemple)
Les cognitions étant par nature plus ou moins subjectives, elles
peuvent conduire le sujet à une vision approximative, déformée,
voire totalement inexacte du monde.
Chez le sujet
dépressif, les
distorsions cognitives, c'est à dire ses interprétations et
ses représentations biaisées du monde privilégiant
systématiquement une vision négative et pessimiste des choses,
sont responsables de son incapacité à évaluer la réalité de manière
positive ou neutre. Le patient ne semble plus capable d'objectivité.
Ces distorsions peuvent concerner des domaines plus ou moins larges
de la vie d'une personne.
Aaron Beck a défini
la dépression comme étant le résultat de distorsions dans trois
domaines majeurs :
-
Cognitions sur soi.
-
Cognitions sur l'environnement (le monde et les autres).
-
Cognitions sur l'avenir.
Ces 3 grands types
de distorsions constituent ce que l'on appelle la triade de Beck.
On peut les retrouver à des degrés divers chez tous les patients
déprimés.
Exemples de distorsions cognitives chez un patient dépressif :
Cognition
sur soi : "Je ne vaux rien",
"Je ne suis pas à la hauteur".
Cognitions sur l'environnement :
"Ce monde est pourri",
"Les gens sont égoïstes".
Cognitions sur l'avenir : "Rien ne
s'améliorera jamais",
"C'est sans espoir".
Chez une
personne dépressive, ces expressions ne sont pas de simples
paroles en l'air destinées à attirer l'attention. Elle
correspondent à la véritable représentation mentale
qu'elle se fait du monde et d'elle-même.
Comme nous le
verrons dans les paragraphes suivants, le rôle du thérapeute est de
faire prendre conscience au patient de ces distorsions
cognitives, et de l'amener à une représentation plus "normale" et
plus rationnelle des choses. Pour cela, il va, dans un premier
temps, devoir apprendre au patient à devenir
métacognitif, c'est-à-dire le faire réfléchir à la manière
dont il pense. (Etre capable de réfléchir à la manière dont on pense
est une capacité qui apparaît habituellement dès l'age de 6 ans.
Elle tend à disparaître chez les personnes souffrant de dépression).
Au commencement
d'une thérapie cognitive, le patient sera amené à étudier et
apprendre cette liste de pensées dysfonctionnelles. A l'aide
d'exercices, il s'entraînera à les relever et les mettre en évidence
sur des cas théoriques d'abord.
Une fois bien
exercé, il pourra commencer à relever et mettre en évidence ces
distorsions dans sa propre façon de penser.
Pour cela, il pourra être amené à employer un outil très utile :
les fiches de Beck.
•
Les fiches de Beck
Il s'agit d'une
technique très simple élaborée par Aaron Beck afin d'aider ses
patients à mettre en évidence leurs pensées dysfonctionnelles, et
les amener à avoir une approche plus rationnelle et moins stérile de
leurs problèmes.
Il s'agit d'un
formulaire constituée de 5 colonnes que l'on remplit de gauche à
droite:
-
1ère colonne : Situation :
on y décrit rapidement l'événement ou la situation qui a
déclenché la contrariété. On n'y inscrit aucune émotion, ni
aucune pensée, mais uniquement des faits. (par exemple : j'ai
laissé un message téléphonique à mon ami et il ne m'a pas
répondu)
-
2ème colonne : Emotion :
décrire et évaluer le plus précisément possible les émotions
ressenties en pourcentages de 0 à 100. L'émotion globale est à
décomposer en terme de : tristesse, anxiété, et agressivité. Le
patient peut éventuellement en ajouter d'autres (envie, dégoût,
etc...).
-
3ème colonne : Pensées automatiques
: C'est la liste de toutes les pensées qui nous passent par la
tête et qui nous rendent malheureux (ou anxieux, ou agressif).
On indiquera le niveau de croyance global pour ces
pensées automatiques. (on peut également préciser le niveau de
croyance pour chaque pensée automatique).
-
4ème colonne :
Réponses rationnelles : il
s'agit là de prendre du recul par rapport aux pensées de la
colonne précédente et de les analyser en mettant en évidence
les pensées dysfonctionnelles (comme s'il s'agissait d'un
exercice pour identifier les distorsions cognitives sur un cas
théorique). On fera également la liste des réponses rationnelles
à l'événement ou la situation. On indiquera le niveau de
croyance global pour ces réponses rationnelles (on peut préciser
également le niveau de croyance pour chaque réponse
rationnelle).
-
5ème colonne : Résultat :
après avoir inscrit les pensées automatiques et les réponses
rationnelles qui s'y rapportent, on évalue à nouveau les
émotions ressenties en terme de tristesse, d'anxiété et
d'agressivité. On indique également l'intensité globale de
l'émotion après analyse, que l'on pourra, bien sûr, comparer
avec l'intensité globale de l'émotion avant analyse (colonne 2).
Si la fiche de Beck
n'est pas un outil à faire disparaître les contrariétés de la vie,
elle permet en revanche de rationaliser l'approche que l'on peut en
avoir. Très souvent, cela conduira à une amélioration, parfois très
nette, de l'humeur du patient.
Dans le cadre d'une
thérapie cognitive, la personne dépressive est invitée à remplir une
fiche de Beck à chaque fois qu'elle rencontre une contrariété,
ou simplement lorsqu'elle se sent mal (tristesse,
anxiété, énervement). Elle peut ainsi être amenée à en remplir
plusieurs par jour.
Elle est invitée à conserver ces fiches, et à ne pas hésiter à en
remplir d'autres, même si une contrariété de même type a déjà fait
l'objet d'une fiche dans le passé.
C'est une technique à utiliser sans modération. En effet, si les
distorsions cognitives à répétition peuvent rapidement conduire à la
dépression, la rationalisation à outrance ne peut, quand à elle,
avoir que des effets bénéfiques.
En travaillant sur
les pensées dysfonctionnelles, nous avons étudié des cognitions dont
il était facile de prendre conscience sur le plan métacognitif (c.à.d
l'analyse de sa façon de penser). Nous sommes maintenant en mesure
d'aborder un niveau de cognition plus difficile à mettre à jour :
les schémas cognitifs.
Les schémas cognitifs.
Les schémas sont les grandes structures de base de l'organisation
cognitive d'un individu. Ce sont des cognitions fondamentales
stables et inconscientes qui s'appliquent de manière
automatiques, et qui commencent à se construire très tôt chez
l'enfant.
Ils sont ancrés profondément et pas toujours faciles à mettre à
jour. Ces schémas nous amènent à avoir une vision du monde partielle
et très simplifiée, ils nous aiguillent systématiquement vers des
jugements et des comportements stéréotypés. A partir d'une situation
ou d'un événement donné, ils nous fournissent une anticipation de
l'avenir.
S'ils nous aident en nous permettent de ne pas avoir à tout
réinventer lorsque nous faisons face à une situation déjà
rencontrée, les schémas cognitifs peuvent également nous handicaper,
car ils sont très réducteurs, déforment à outrance la réalité,
agissant comme des œillères. D'une manière générale, les schémas
cognitifs, sans nous laisser le choix, ferment beaucoup de portes,
et en ouvrent peu. Chez les personnes dépressives, cela peut aboutir
à une véritable vision tunnellaire du monde.
Les personnes dépressives ont souvent des avis très tranchés sur les
sujets sensibles : L'amour, la vie, l'amitié, le monde, les autres,
eux-mêmes. Ces opinions sont généralement le fruit de schémas
cognitifs très forts qui laissent malheureusement peu de place à la
nuance.
Le rôle du
thérapeute est de permettre au patient de prendre conscience de
ces schémas (par des techniques que nous verrons ensuite), et de
l'amener à envisager d'autres options, d'autres façons de voir les
choses, de manière plus rationnelle et moins stéréotypée.
Exemples de schémas
:
- "Je suis en
danger si je n'anticipe pas tous les problèmes".
- "Ma valeur
dépend de l'estime des autres".
- "Je ne suis
rien sans amour".
- "Pour être
heureux, je dois réussir tout ce que je fais".
- "Tout
problème a sa solution. Et il faut impérativement la trouver".
- "Il faut
toujours tirer les leçons de ses échecs".
- "On ne peut
pas être heureux si on n'a pas trouvé un sens à sa vie".
Nota Bene
: Si les techniques type Fiches de Beck, permettent au patient de se
sentir mieux dans sa vie quotidienne en l'amenant à rationaliser ses
pensées conscientes, elles ne s'attaquent pas aux causes de la
dépression. Mettre à jour les schémas cognitifs d'une personne, et
l'amener à les analyser, permettra de traiter les causes, et pas
simplement les symptômes de la dépression.
Les schémas étant
généralement inconscients et rarement verbalisés (on parle de
"postulats silencieux"), le thérapeute doit employer certaines
techniques pour les mettre à jour. La plus utilisée en thérapie se
nomme la flèche descendante.
La
technique de la flèche descendante (Bottom line)
Nous avons vu que la
technique de la fiche de Beck consistait à partir d'une pensée
dysfonctionnelle, et de l'analyser de manière rationnelle afin
d'amener le patient à une vision plus réaliste, plus neutre, et
moins émotionnelle des choses.
Dans le cas de la
flèche descendante, nous allons faire exactement le contraire
: Nous allons partir d'une pensée dysfonctionnelle (consciente)
exprimée par le patient, et faire "comme si c'était vrai", afin de
pouvoir descendre le plus profondément possible dans des niveaux
cognitifs de plus en plus inconscients jusqu'à ce que l'on puisse
accéder aux schémas cognitifs qui sont à l'origine de cette pensée.
Le meilleur moyen de
comprendre cette technique est de l'illustrer par un exemple :
-Patient : "Mon
responsable m'a dit que le client était mécontent de mon travail".
-Thérapeute : "Oui, d'accord, et quel est le
problème ?".
-P. : "Il pense sûrement que je suis un ingénieur très
médiocre"
-Th. : "Si c'est vrai qu'il le pense, pourquoi
est-ce que cela vous ennuie ?"
-P. : "Parce que cela veut dire que je suis effectivement un
très mauvais ingénieur, il sait de quoi il parle !"
-Th. : "Peut-être, mais si c'est le cas, en
quoi cela vous gêne ?"
-P. : "Ca veut dire que je suis un raté total, un bon à
rien."
-Th. : "Bon, et si vous êtes un raté total et
un bon à rien, en quoi est-ce que cela est gênant ?"
-P. : "Et bien tout le monde finirait pas s'en rendre compte.
Plus personne ne me respecterait. Je serais licencié et je ne
pourrais plus jamais trouver de travail dans mon domaine. Je serais
obligé de changer de région."
-Th. : "D'accord, et cela signifierais quoi
pour vous ?"
-P. : "Cela voudrait dire que je
suis complètement nul et inutile. Je me sentirais si malheureux que
je voudrais mourir."
Dans l'échange
précédent, on peut ainsi mettre en évidence 3 schémas cognitifs chez
le patient :
1. : si quelqu'un me critique, il a forcément raison.
2. : ma valeur dépend de mes réalisations.
3. : une erreur, et tout est gâché. Si je ne réussis pas tout le
temps, je suis nul.
Une fois
l'enchaînement des pensées automatiques établi, et une fois les
postulats silencieux identifiés, le travail du patient, avec l'aide
du thérapeute, est alors d'analyser l'échange précédent, et, pour
chaque étape, d'en faire ressortir les pensées dysfonctionnelles
afin de les remplacer par des réponses rationnelles.
Le thérapeute
amènera ensuite le patient à faire une analyse coût-bénéfice de ses
schémas cognitifs à l'aide d'un tableau à deux colonnes.
On retrouve souvent les même types de schémas chez les personnes
dépressives. Un test des
croyances dysfonctionnelles peut aider à les mettre en évidence.
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