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PsyMaroc - Psychologie clinique. Approche cognitivo-émotionnelle et comportementale en médecine praticienne

     

PHOBIE SOCIALE

 
  Timidité et phobie sociale
Echelles de diagnostic
Echelles d'évaluations
Phobie sociale et personnalité évitante
Approche thérapeutique de la phobie sociale
 
 

Définition

Il s’agit d’une peur des situations sociales et des interactions avec d’autres personnes qui mène à des sentiments de « public self consciousness » c’est à dire la conscience aigue de soi. Le sujet phobique devient plus susceptible de détecter les aspects de son comportement ou de celui des autres qu’il peut interpréter comme de preuves d’une évaluation sociale négative. La phobie sociale est ainsi la peur d’être jugée ou évalué négativement entraînant des sentiments d’inadéquation, d’embarras, d’humiliation et de dépression ;

La phobie sociale se classe, selon le DSM IV, dans les troubles anxieux. Parmi les troubles anxieux, on retrouve :

- le trouble d’anxiété généralisée, l’attaque de panique, l’agoraphobie, les phobies spécifiques (anciennement appelées phobies simples), la phobie sociale, l’état de stress post- traumatique, le trouble obsessionnel-compulsif.

Certaines personnes perçoivent les difficultés éventuelles en rapport à un événement à venir mais, leur perception est accompagnée d’un sentiment de stress, de peur, d’inquiétude… Cela se nomme l’anxiété. La plupart du temps elle est bénéfique permettant une anticipation de dangers réels, mais parfois, elle retentit de manière excessive sur la vie quotidienne de l’individu, prenant alors les diverses formes cliniques vues précédemment.

On a distingué deux types de phobie sociale :

* La phobie sociale spécifique : déclenchée par une situation sociale particulière

* La phobie sociale généralisée : où l’inconfort se retrouve dans la plupart des situations sociales.

Le phobique n’ose pas consulter considérant son problème comme une timidité excessive ou un trait de personnalité et attendra la survenue de complications (attaque de panique, dépression …) pour s’adresser à un médecin..

Contrairement au trac, l’anxiété anticipatoire ne diminue pas pendant l’intervention ; il y a en outre une sensibilisation progressive du trouble à mesure des interventions.

 

Mécanismes généraux de l’anxiété sociale

   -a) La peur du regard

La peur du regard est un facteur originel et commun à la timidité, la phobie sociale et la personnalité évitante ; la crainte d’être exposé au regard d’autrui est systématique. A l’origine du mécanisme, elle va ensuite en stimuler le développement, la plaçant au centre de la problématique cognitive. Ce sont les proportions et la nature handicapante qui mènent au trouble pathologique.

Personne n’aime être regardé car soutenir un regard peut signifier s’engager dans un affront : chez les mammifères, le regard fixe sur l’autre est une façon d’asseoir sa dominance ; il s’agit bien là d’une peur instinctive.

  -b) Le regard devient jugement

La peur du regard se concrétise psychologiquement : la relation est vécue comme une évaluation et le sujet ainsi tourné vers lui-même, s’en détourne.

La crainte d’être jugé est en lien avec d’autres mécanismes tels que :

≈ La peur de soi

Le sujet a préalablement mis en place de façon inconsciente une anxiété anticipatoire quant à ses propres réactions, générant des symptômes qui font partie intégrante du vécu anxieux de la situation.

On peut donc individualiser des symptômes psycho corporels (« je bafouille »), cognitifs (« je suis nulle ») et comportementaux (« je ne vais plus savoir quoi dire ») avec des attitudes d’inhibition ou d’évitement qui à force, font accroître la valeur anxiogène de la situation et auto nourrissent le vécu du trouble.

≈ La peur de l’image de soi

Le sujet présente des difficultés à s’adresser des compliments sur ses propres performances ; il en découle un grand besoin de reconnaissance. Le désir de donner une bonne impression est donc fréquent. Le problème naît de la présence conjointe de cette ambition et de la peur de ne pas y parvenir ; désir et peur sont ici à la naissance du trouble et les performances sont nécessairement insatisfaisantes.

Cependant, l’anticipation anxieuse de la phobie sociale présente certaines particularités : autant il est irrationnel de craindre une souris autant il est rationnel de penser que l’on peut échouer à une performance sociale avant même de l’initier. La phobie sociale inhibe et le sujet n’est donc pas toujours en pleine possession de ses moyens. L’anticipation anxieuse de la phobie sociale s’inscrit donc dans un fond de réalité : inhibé on est moins bon socialement.

Cet aspect sera à prendre en compte du point de vue thérapeutique pour mieux neutraliser l’anticipation anxieuse.

Modèles d’étude

   -Modèle psychosocial

Selon les auteurs SCHLENKER et LEARY, l’anxiété sociale résulte de situations réelles ou imaginaires impliquant une évaluation personnelle faisant intervenir la motivation à faire bonne impression sur les autres mais avec doute sur ce résultat en présupposant des réactions d’insatisfaction d’autrui ; la motivation devient un concept central. Ce modèle c'est-à-dire le modèle de présentation de soi, qui intrique tout un jeu de processus motivationnels et cognitifs peut s’appliquer à tous les modes de l’anxiété sociale. De plus la problématique de l’attention portée sur soi apparaît comme essentielle.

On pourrait l’illustrer en imaginant le timide ou le phobique debout, prêt à partir les deux pieds sur les freins.

Plusieurs autres modèles ont été étudiés dans le trouble anxieux en situation sociale et particulièrement dans la phobie sociale et la personnalité évitante :

   -Le modèle de conditionnement

la phobie sociale surviendrait suite à l’exposition à un stimulus inconditionnel, tel que un échec social, une humiliation…En effet 50% des sujets ayant une phobie sociale rapportent avoir vécu une situation sociale vécue comme traumatisante au moment d’apparition de leur trouble.

   -Le modèle cognitif

il existerait en mémoire à long terme des schémas cognitifs de danger ; la spécificité des schémas anxieux , et a fortiori chez les anxieux sociaux , aboutirait à une surévaluation du danger de l’environnement notamment à partir de la présence de croyances dysfonctionelles concernant l’évaluation de la performance « je dois être approuvé par les autres » , concernant l’évaluation sociale « si je fais une erreur les autres vont me rejeter », et concernant soi-même « je suis stupide et incompétent ».

La phobie sociale est donc une de ces formes pathologiques d’anxiété ayant comme objet des peurs, les interactions sociales.. On peut la résumer par une peur intense, incontrôlable des situations sociales où la performance est importante, avec une crainte du jugement d’autrui. Elle se symbolise par le caractère irraisonné des troubles par rapport à l’anxiété naturelle éprouvée dans ces situations. Christophe ANDRE l’exprime de cette manière : « La petite appréhension que vous éprouvez parfois au moment de devoir prendre la parole en public ou la gêne qui s’empare de vous lorsque vous êtes présenté à un haut personnage sont une version édulcorée des violentes paniques qui déchirent le phobique social dès lors qu’il doit affronter le regard, forcément critique d’autrui. ».

Elle se complique d’une anxiété anticipatoire, c’est-à-dire, la peur d’avoir peur…Cette peur anticipe toutes les situations où entrera en jeu le regard d’autrui : peur de trembler ou rougir lors d’une présentation orale, peur de paraître stupide lors de discussions entre amis ou collègues…Cette anxiété anticipatoire conduit souvent à une diminution des performances, donc un sentiment d’échec. D’où, augmentation de l’angoisse qui fait rentrer le phobique social dans un cercle vicieux : anxiété anticipatoire – échec – aggravation de l’anxiété anticipatoire.

Cette angoisse s’entoure de nombreux symptômes neurovégétatifs, qui ne font que l’aggraver par peur que ces signes de faiblesse soient remarqués et jugés : tremblements, rougeur, mains humides et froides, tachycardie voire extrasystoles, douleur thoracique, dyspnée, aphonie, vertiges,… Extrait de « La peur des autres » de C. ANDRE : « Mon coeur cogne comme pour s’échapper de ma poitrine, mes tempes battent. J’entends tous les bruits comme s’ils étaient amplifiés par une sono monstrueuse. Mes mains tremblent, mes genoux se dérobent. ».

Bien que le phobique social ait conscience du caractère irraisonné et disproportionné de ses peurs, il solutionne ses difficultés en évitant les situations génératrices de craintes. Cette attitude d’évitement le met en marge des activités sociales et a donc beaucoup de conséquences socioprofessionnelles, aggravant l’état de détresse dans lequel il se trouve déjà. Ces critères sont décrits dans le DSM IV

Critères pour la phobie sociale. ( DSM IV 1994)

(trouble de l’anxiété sociale) :

A- Une peur marquée et persistante d’une ou plusieurs situations sociales ou d’actions publiques dans lesquelles le sujet est exposé à des personnes ou à l’éventuelle observation attentive d’autrui. Le sujet craint d’agir de manière humiliante ou embarrassante (ou de montrer des symptômes anxieux).

B- L’exposition à la situation sociale redoutée provoque invariablement de l’anxiété, qui peut se manifester sous la forme d’une attaque de panique liée à la situation ou conditionnée par la situation.

C- Le sujet reconnaît la nature excessive ou déraisonnable de ses craintes.

D- La(les) situation(s) sociale(s) redoutée(s) ou d’action publique sont évitées ou vécues avec une anxiété intense ou une certaine détresse.

E- La conduite d’évitement, l’anticipation anxieuse et la détresse liées aux situations sociales redoutées ou aux actions publiques interfèrent de manière importante avec la vie quotidienne de l’individu, avec sa fonction professionnelle (sa carrière) ou avec ses activités sociales ou relationnelles, ou bien il existe un sentiment important de détresse à l’idée d’avoir cette phobie.

F- Pour les sujets n’ayant pas encore 18 ans : la durée de la perturbation est au moins de 6 mois.

G- La peur ou l’évitement n’est pas directement dû aux effets physiologiques d’une substance (par exemple, un abus de drogue, un médicament) ou d’un état physique général et ne correspond pas à un autre trouble mental (par exemple, le trouble panique avec ou sans agoraphobie, l’angoisse de séparation, la dysmorphophobie, les troubles envahissants du développement, ou le trouble de la personnalité schizoïde).

H- Lorsqu’un état physique général ou un autre trouble mental est présent, la phobie sociale selon le critère A est indépendant de ces troubles, par exemple, le sujet ne redoute pas de bégayer (Bégaiement), de trembler (maladie de Parkinson) ou de révéler un comportement alimentaire anormal (Anorexie mentale ou Boulimie).

Spécifier s’il s’agit d’un type généralisé si les peurs s’appliquent à la plupart des situations sociales (débuter ou maintenir des conversations, participer à des petits groupes, fixer un rendez-vous, parler à des personnages incarnant l’autorité, assister à une réception).

A noter qu’il est possible d’envisager également un diagnostic additionnel de personnalité évitante.

On distingue deux formes de phobies sociales, précisées dans le DSM IV :

- les formes spécifiques ou simples ne portant que sur une ou quelques-unes des situations sociales, la plus fréquente étant la prise de parole devant un groupe ;

- les formes généralisées qui touchent toutes les situations sociales, entraînant le plus souvent des conséquences socioprofessionnelles importantes.

La CIM 10 (Classification Internationale des Maladies – 1992) précise le diagnostic avec des critères tels que l’existence de symptômes neurovégétatifs et au moins deux des quatorze symptômes d’agoraphobie. Ces deux symptômes doivent être présents de manière simultanée en au moins une occasion, avec au moins l’un des symptômes suivants : rougir ou trembler, peur de vomir, et besoin urgent ou peur d’uriner ou d’aller à la selle. De plus, la C.I.M.-10 spécifie que les symptômes anxieux surviennent exclusivement ou prédominent dans les situations redoutées ou quand le sujet pense à ces situations.

Critères diagnostiques de la phobie sociale de la C.I.M.10.

A. soit (1) soit (2) :

(1) crainte marquée d’être exposé à l’éventuelle observation attentive d’autrui, ou d’agir d’une manière qui pourrait être embarrassante ou humiliante ;

(2) évitement marqué d’être exposé à l’éventuelle observation attentive d’autrui, ou de situations dans lesquelles on pourrait se conduire d’une manière embarrassante ou humiliante.

Ces craintes se manifestent dans des situations sociales. Par exemple : manger ou parler en public ; rencontrer des connaissances en public ; arriver dans un petit groupe ou y rester (par exemple dans une soirée, une réunion, une salle de classe).

A. Survenue, dans la situation phobogène, depuis le début du trouble, d’au moins deux des symptômes définis dans le critère B de l’agoraphobie et d’au moins un des symptômes suivants:

(1) rougir ou trembler,

(2) peur de vomir,

(3) besoin urgent ou peur d’uriner ou d’aller à la selle.

B. Détresse émotionnelle significative due aux symptômes ou à l’évitement, avec conscience du caractère excessif ou irraisonné de ces derniers.

C. Les symptômes surviennent exclusivement ou prédominent dans les situations redoutées ou quand le sujet pense à ces situations.

D. Critères d’exclusion les plus couramment utilisés. Les symptômes cités dans les critères A et B ne sont pas dus à des idées délirantes, des hallucinations ou à d’autres troubles, tels un trouble mental organique, une schizophrénie ou des troubles apparentés, un trouble de l’humeur, ou un trouble obsessionnel compulsif et ne sont pas secondaires à des croyances d’ordre culturel.

 

psymaroc.com©2008 Dr. EL KAHLOUN, dernière mise à jour le 20 mai 2008|contact