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  Approche psychosomatique
 

 

-Histoire du concept psychosomatique psychanalytique

La Psychosomatique s’inscrit dans une approche plus globale de la maladie. Au lieu de circonscrire les causes de la maladie à des facteurs extérieurs (microbes, toxiques...) ou intérieurs (génétiques), elle inclue le rôle du psychisme. Mais inclure le facteur psychologique de la personne implique aussi de tenir compte de facteurs environnementaux, sociaux et culturels tant il est vrai qu’ils retentissent sur le psychisme et peuvent être source de maladie.

-Concept de la pensée opératoire
-Notion d'événement de vie
-Approche psychosomatique de la santé
-Etiologies des troubles psychosomatiques
-Le stress en psychosomatique
-Echelle de pondération des éléments de la vie (stress)
-Le trouble d'anxiété généralisée en médecine générale
-Douleur chronique
-La maladie, résultat de l'inhibition de l'action?
-Démarche diagnostique en psychosomatique
-Les TCC et maladies chroniques
-Lombalgies et psychothérapie
-Effet Placebo / Nocebo
-Les troubles somatoformes

-Le rôle clef de l'hippocampe dans la liaison psyché-soma

            L’approche psychologique des maladies somatiques

   Les maladies psychosomatiques sont des maladies physiques au cours desquelles le stress (comme syndrome d'adaptation) est déterminé comme agent causal soit du déclenchement, soit du maintien, soit de la rechute de la maladie.

Les plaintes somatiques, ou symptômes fonctionnels, ne sont pas des symptômes psychogènes. Elles relèvent de causalités circulaires impliquant des facteurs prédisposants, précipitants, et d'entretien, de nature physiologique, émotionnelle, psychologique, comportementale et sociale. Elles confrontent les professionnels de santé à la complexité, présente dans toutes les situations de maladie, mais « masquée » par l'apparente simplification qu'apporte un diagnostic somatique catégoriel. Elles imposent le développement, l'étude empirique et l'enseignement de concepts pertinents que tous les intervenants, en particulier « somaticiens » et « psychistes » pourraient partager.

L'investigation d’un symptôme somatique pour lequel on soupçonne une étiologie psychogénique représente un défi pour le médecin. Une des grandes difficultés se situe au niveau de l’investigation physique, le médecin étant partagé entre la crainte de passer à côté d’une pathologie physique et la réticence à surinvestiguer un symptôme pour lequel il soupçonne fortement une origine psychologique.

Une investigation trop exhaustive peut avoir des conséquences parfois difficiles à rattraper par la suite.

Cette difficulté, dans certains cas, peut empêcher le médecin, pourtant bien intentionné, de procéder à une évaluation des facteurs psychologiques qui pourraient contribuer au problème.

Le trouble psychosomatique se définit comme un trouble somatique dont la dimension psychologique est prépondérante dans sa survenue et dans son évolution. Dans la définition restrictive du trouble psychosomatique, il s’agit d’une maladie comportant une altération organique. Une définition plus large inclut certains troubles dits fonctionnels tels que les conversions, les somatisations, les douleurs et le stress.

TRES IMPORTANT: Le symptôme physique peut être associé à une maladie organique, à un trouble psychiatrique ou à une impasse dans le développement. Il faut éviter de compartimenter l’investigation, c’est-à dire ne démarrer l’investigation sur le plan psychologique que lorsque l’investigation physique est terminée. C’est la clé du succès.

La psychosomatique est avant tout une méthode d'approche et d'analyse des patients (souffrant des maladies du corps) et non une méthode pour traiter les maladies relevant d'une causalité psychosomatique.
Toutefois , la notion de causalité psychosomatique fait l'objet d'incessantes réflexions. Plusieurs formulations ont été proposées: théorie du traumatisme (Freud), théorie des personnalités prédisposées (Dunbar), théorie émotionnelle (l'alexithymie de Sifneos), théorie économique (désorganisation progressive et vie opératoire de Marty), etc.
D'un point de vue strict, dans une perspective psychanalytique, le trouble psychosomatique s'oppose à la conversion hystérique. En effet, dans celle-ci le symptôme exprime, avec l'aide des moyens somatiques, un fantasme inconscient. Alors que dans celui-là, le symptôme somatique n'aurait pas de valeur symbolique. Toutefois, en pratique, l'opposition n'est pas si tranchée.

Les études montrent l’existence de changements psychologiques durant le parcours de maladie (notion d'événements de vie).

Les principaux points sur lesquels se centre l'approche psychosomatique de la maladie en médecine praticienne sont :

 l’annonce de la maladie,
 l’observance du traitement

 les répercussions psychologiques (dont les troubles psychologiques associés ou les mécanismes adaptatifs qu’entraînent la chronicisation)

 l’accompagnement de fin de vie

Les conceptions du trouble psychosomatique s’inspirent de deux écoles de pensée.

 L’Ecole Psychanalytique met en avant le rôle prévalant de l’inconscient dans le déterminisme des manifestations corporelles.

 L’Ecole Cognitivo-comportementale fait jouer un rôle majeur à l’apprentissage et aux croyances.

L’Ecole de Paris (Fain, Marty, de Muzan) a développé une théorie rendant compte des troubles psychosomatiques : la pensée opératoire.

Cette organisation psychique se caractérise par:

 un discours factuel, rationnel avec un déficit du fantasme

 une difficulté à mobiliser et exprimer ses affects, à élaborer les conflits ou à les refouler.

Le patient est focalisé sur les symptômes de son corps et ne peut s’en éloigner qu’avec difficulté pour parler de sa vie. L’évocation de ses émotions reste modeste. La relation apparaît impersonnelle, neutre. On parle de relation blanche marquée par l’absence de mots adaptés pour exprimer les émotions. Les manifestations corporelles n’ont pas de sens par rapport à la vie du sujet. Les psychosomaticiens ont pu parler de « bêtise du symptôme ». Lorsque les défenses sont débordées, la pensée opératoire augmente le risque d’un retentissement désorganisant le corps. La conception de pensée opératoire a été reprise d’une manière voisine sous le terme d’alexithymie par Sifneos. L’alexithymie se définit par l’incapacité à lire ses émotions. L’individu éprouve de la gêne à ressentir ou à parler de ses états affectifs. Sa vie imaginaire est limitée. Dans ses propos, les énoncés factuels et la description « sèche » des symptômes prédominent. Les passages à l’acte sont fréquemment utilisés pour tenter de résoudre les conflits.

Une question de terminologie : plainte, comportement de santé, psychosomatique, somatopsychique, somatisation...

Devant des plaintes somatiques médicalement (ou physiopathologiquement) inexpliquées, les médecins somaticiens (généralistes et spécialistes d'organes) utilisent plusieurs termes. Chacun de ces termes recouvre en fait implicitement des concepts et des réalités distinctes mais intriquées. C'est pourquoi la première étape de cette tentative de conceptualisation consisterait certainement à s'interroger sur les mots utilisés par les médecins pour caractériser cette situation : symptômes fonctionnels, symptômes médicalement inexpliqués, plainte fonctionnelle, somatisation, troubles somatoformes, syndromes somatiques fonctionnels.

Une étude menée en France auprès de médecins généralistes indique que ceux-ci utilisent pour 34 % le terme de troubles psychosomatiques, pour 30 % celui de troubles fonctionnels, pour 10 % celui de somatisation, pour 7 % celui de conversion, et pour 5,5 % celui de troubles somatoformes. Pour eux, les symptômes ainsi étiquetés ne sont en aucun cas synonymes de troubles psychogènes : entre un pôle organique à 0 et un pôle psychiatrique à 10, ils ont situé les symptômes médicalement inexpliqués à 5,65. Au Maroc, nous manquons de statistiques, mais l'expérience de terrain nous conforte dans une  vision comparable.

Du point de vue des malades, une étude britannique s'est intéressée aux termes jugés insultants par les patients. Le terme de symptôme fonctionnel paraît le moins insultant (12 %), alors que le terme de symptôme médicalement inexpliqué ou de psychosomatique l'est davantage (35 % et 42 % respectivement), mais moins que celui de symptôme hystérique (52 %) ou la mention que le symptôme trouve son origine « dans la tête » (93 %).

La médecine psychosomatique étudie donc les conséquences sur le corps (le soma) des conflits d'ordre psychologique. Groddeck, en 1923, a été le premier médecin à élaborer une théorie, bientôt suivi d'Alexander en 1930. Les travaux actuels les plus solides sont français, ils font école dans les pays occidentaux.

Pour les Français, les symptômes du corps résultent d'un conflit quelconque rencontré par le malade dans sa vie. Ce conflit sera " traité " à des niveaux différents en fonction de la structure psychologique du patient ; si le sujet est névrosé, le conflit sera résolu au niveau de la sphère mentale ; à l'opposé si le patient n'est pas névrosé, le conflit se traduira au niveau du corps par des lésions d'organes (rectocolite hémorragique par exemple). Entre ces deux modes de réponse opposés existe un groupe de patients intermédiaires pour qui le conflit sera ventilé à la fois au niveau mental et au niveau du corps ; ici on ne rencontrera pas de lésions d'organes sévères.

Le somatique et le psychique, inséparables dès l'origine et à travers toute l'évolution, traduisent l'effort d'adaptation de l'être vivant organique aux variations hostiles de l'environnement dans l’objectif primordial de la survie de l’individu. Par sa fonction réactive immédiate et prolongée, le cerveau est l’organe central de la modulation du corps, du soma, face aux variations du milieu. Sur cette interdépendance cerveau/soma, la médecine se divise. Une tendance s'intéresse au psychisme, aux maux de l'esprit, alors que l'autre s’intéresse au corps, aux maux organiques.

Pour simplifier, la médecine offre de nos jours deux visions de l'homme :

             - Hyper organique : la matière sans l’esprit;

             - Hyper psychologique : l’esprit sans la matière.

L'inflation des connaissances sur la "matière" du corps humain et la tendance accrue à la spécialisation risquent de concourir, paradoxalement, à diminuer la qualité de la médecine plutôt qu'à l'augmenter.

Malgré ses performances techniques, la médecine moderne subit toujours la concurrence de médecines dites douces ou alternatives. En 1997, 34% des Français, 33% des Américains et 60% des Japonais ont recours à des médecines parallèles ! Pourquoi ? Les résultats incontestables de la technologie médicale sont un progrès immense, mais peuvent être une régression si la démarche qui vise à guérir l’homme n’est pas inspirée par un réel humanisme.

Au contraire, d'autres tendances, surtout celles à résonnance psychanalytique, envisagent l'homme comme un être psychique, plus ou moins éloigné de son corps organique biologique. Certes, des tentatives avortées de lien “psyché-soma” à partir de la psychanalyse freudienne ont permis des embryons de médecine psychosomatique de type empirique et littéraire (Franz Alexander aux USA et Pierre Marty en France). D'autre part, le concept de stress permet de concevoir des liens biologiques entre certains dysfonctionnements cérébraux comme la dépression et certains déficits immunitaires réalisant une immunodépression. Le lien commence à s'établir entre l'hypersensibilité émotive et l'hypersensibilité immédiate de l'allergie, corrélation que le langage scientifique avait déjà présumée dans sa terminologie des conflits allergiques.

Les maladies psychosomatiques intéressent aujourd'hui les plus grands scientifiques. Maladies de peau, mal de dos, hypertension… les preuves s'accumulent sur les liens entre le corps et l'esprit.

Les troubles psychosomatiques se caractérisent par des symptômes physiques affectant un organe ou un système physiologique pour lesquels la cause apparaît essentiellement psycho-émotionnelle. La maladie se fait l’écho d’un état d’angoisse ou de détresse psychique. Ainsi un choc psychologique, un stress grave (décès, divorce, séparation, accident, perte d’emploi, …) est à même d’effondrer nos défenses naturelles et de faciliter le déclenchement d'une affection.(Exemples de troubles psychosomatiques)

Mais si dans le passé on a considéré certaines maladies comme typiquement psychosomatiques comme l'ulcère d'estomac, l'eczéma, les lombalgies chroniques, etc., les preuves s'accumulent sur l'importance de l'impact du stress sur le psychisme, et plus biologiquement sur le système nerveux central. Toute maladie ne serait-elle pas psychosomatique !

La notion de causalité psychosomatique fait l'objet d'incessantes réflexions. Plusieurs formulations ont été proposées:
théorie du traumatisme (Freud),
théorie des personnalités prédisposées (Dunbar),
théorie émotionnelle (l'alexithymie de Sifneos),
théorie économique (désorganisation progressive et vie opératoire de Marty), etc.

Exemples cliniques de troubles psychosomatiques

Les troubles psychosomatiques sont étudiés dans chaque spécialité médicale. De nombreuses pathologies apparaissent comme liées aux frustrations, aux traumatismes et aux conflits. Les pathologies les plus souvent impliquées sont : les asthmes en pneumologie, les eczémas en dermatologie, les colopathies en gastroentérologie, l’aggravation des coronaropathies en cardiologie, les céphalées en neurologie, les coliques idiopathiques en pédiatrie. Chaque patient souffrant de trouble psychosomatique nécessite un abord particulier pour inscrire sa pathologie dans sa propre histoire, déterminer les principaux mécanismes et les facteurs déclenchants afin de proposer les indications thérapeutiques appropriées.

En résumé

Les troubles psychosomatiques classiques sont des affections somatiques dont le déterminisme est principalement en rapport avec des troubles psychologiques.

Parallèlement aux manifestations psychosomatiques classiques, existent de nombreuses entités « frontières » entre les phénomènes somatiques et psychiques.

Ce qui demeure caractéristique de l'ensemble de ces troubles, c'est qu'ils confrontent le praticien à une sorte d'impasse logique où le patient confronte le médecin à son vécu subjectif de symptomatologie physique alors que le médecin confronte le patient aux résultats concrets et mesurables des examens complémentaires. Cette confrontation renvoie chacun des deux partenaires dos à dos, égaux dans leur vécu d'impuissance, d'incompréhension, et certainement, d'irritation mutuelle.

Le doute survient alors dans l'esprit du patient d'être «pris au sérieux» et dans l'esprit du médecin quant à la validité des symptômes énoncés par le patient (avec le risque que cela comporte de passer du simple «elle exagère» au plus soupçonneux «il simule»).

Il est important de retenir, pour le praticien, que dans le cas des troubles somatoformes, le patient n'est pas conscient du fait qu'il produit lui-même des symptômes et qu'il s'agit là d'un processus psychologique inconscient à la différence de ce que l'on peut rencontrer dans le cas de simulation ou de trouble factice.

En pratique, l’approche thérapeutique devra exclure une étiologie somatique : pour les allergies cela les exclut de fait et prendre en charge la dimension psychopathologique par une psychothérapie. La recherche d’une dépression, d’un trouble anxieux ou d’une conduite de dépendance à l’alcool fera elle aussi partie de l’évaluation psychiatrique de ces troubles.

Enfin sur le plan social, Kirmeyer souligne que la disjonction entre psyché et soma (prévalente dans aussi bien les cultures occidentales que celle arabe), aurait tendance à renforcer les comportements de somatisation des patients étant d'autant plus sensibles à la stigmatisation que représente le diagnostic psychiatrique. «Leur opposition au diagnostic psychiatrique peut révéler un aspect défensif mais aussi être une appréciation réaliste des conséquences socialement négatives d'un diagnostic psychique» (Kirmeyer). Toujours selon Kirmeyer nous devons être attentifs au fait que les troubles somatoformes reflètent la segmentation moderne du soin médical et l'accent de plus en plus important mis sur la nosologie psychiatrique qui crée des entités pathologiques en transformant certaines formes de détresse psychique en désordre psychiatrique.

 

 

psymaroc.com©2008   Dr. EL KAHLOUN,  dernière mise à jour le 12 juin 2008| contact