LA RELATION THERAPEUTIQUE
Les origines
du concept
Historiquement, le terme
d'alliance thérapeutique s'enracine dans la tradition psychanalytique nord-américaine, même
si Freud est évoqué comme auteur princeps. Sterba se réclame ainsi d'un texte de
1913, Le début du traitement, dans lequel Freud affirme qu'il n'est pas
possible d'interpréter «avant qu'un transfert sûr, un rapport favorable, aient
été établis chez le patient. Le premier but de l'analyse est d'attacher
l'analysé à son traitement et à la personne du praticien». La distinction
essentielle établie par Freud à cette époque porte sur la capacité du patient
d'établir une relation de travail avec le médecin, et l'émergence à l'intérieur
du traitement de sentiments et d'attitudes revécus (le transfert) qui pourraient
faire obstacle au progrès thérapeutique.
A partir des années 70,
le développement de la recherche dans le champ des psychothérapies
psychanalytiques a conduit à un renouvellement de la notion d'alliance
thérapeutique en rapport avec le développement d'instruments destinés à
l'évaluer. A la suite des nombreuses recherches menées sur ce thème, de
nouvelles définitions de l'alliance sont développées. En 1990, Gaston
propose une approche multidimensionnelle construite sur quatre facteurs
considérés comme indépendants :
|
1)
l'alliance de travail basée sur la capacité du patient de travailler
dans la thérapie ; |
|
2)
l'alliance thérapeutique définie comme le lien affectif du patient
au thérapeute ; |
|
3)
la
compréhension et l'engagement affectif du thérapeute pour le patient; |
|
4)
l'entente entre le patient et le thérapeute sur les tâches spécifiques
liées au déroulement du traitement et sur les buts généraux de celui-ci. |
Les caractéristiques
générales de la relation médecin-malade
La relation
médecin-malade est une relation faite d’attentes et d’espérances mutuelles. Le
malade attend un soulagement et si possible la guérison, mais il faut bien
admettre que le médecin attend aussi une reconnaissance de la part de son
malade, une vérification de son pouvoir soignant.
Les réflexions sur la relation médecin-malade se sont
développées à partir, entre autres, de la psychanalyse,
de la psychologie sociale, des théories de la
communication.
La psychanalyse a, par
exemple, montré l’importance de la prise en compte de l’influence du malade sur
les sentiments inconscients du médecin. La notion de contre-transfert désigne
les mouvements affectifs du médecin en réaction à ceux de son patient et en
relation avec le vécu de son histoire familiale et personnelle. La notion de
transfert, quant à elle, se situe du côté du patient. Elle consiste en la
répétition de modalités relationnelles vécues dans l’enfance, conduisant le
malade à imposer certains styles de relation à son médecin.
La relation thérapeutique
médecin-malade est déterminée par de nombreux facteurs, individuels et
socioculturels. De même que le malade réagit à sa maladie en fonction de sa
personnalité propre, le médecin réagit face à son malade par un certain nombre
d’attitudes conscientes et inconscientes qui dépendent de sa personnalité et de
son histoire, qui sont susceptibles d’infléchir le cours de la relation
thérapeutique et qu'il faut apprendre à gérer pour réussir le contrat
thérapeutique.
Les médecins savent bien
qu’écouter le malade et l’entourage affectif de ce dernier est un aspect
fondamental de la relation médecin-malade. Ils ont commencé à apprendre
l’importance de s’écouter eux-mêmes, de reconnaître les sentiments induits par
le malade, et qui pourraient entraver les démarches diagnostique et
thérapeutique.
La relation
médecin-malade est une relation inégale. Elle a pour point de départ la demande
d’un sujet souffrant (la plainte) adressée à un sujet disposant d’un savoir.
C'est une relation qui peut être
symétrique ou complémentaire, une alternance
entre les deux styles étant plus efficace.
La relation
médecin-malade est une relation paradoxale. Elle a le corps pour objet mais
passe le plus souvent par la parole, ce qui peut être source de malentendus et
d’incompréhension si les deux protagonistes ne s'accordent pas sur les termes du
langage.
Enfin, la relation
médecin-malade est marquée par l’idéalisation : le médecin idéal est pour le
patient celui qui pourra être à la hauteur de ses multiples espérances, le
patient idéal est, pour le praticien, celui qui lui permettra au mieux de
satisfaire sa vocation, c’est à dire à la fois ses attentes conscientes et ses
désirs inconscients.
Une relation
médecin-malade harmonieuse permet une démarche diagnostique efficace, une
amélioration de la qualité de vie par la prise en compte du point de vue du
malade et une bonne observance thérapeutique.
Relation médecin - malade et effets thérapeutiques
T
outes
les définitions de la relation thérapeutique s'accordent pour inclure des dimensions de
collaboration, de
mutualité et de négociation.
La construction de l'alliance
thérapeutique est principalement influencée par trois groupes de facteurs :
|
1)
|
les caractéristiques du thérapeute |
|
2)
|
la
technique thérapeutique utiliséeles |
|
3) |
caractéristiques du patient et de sa
plainte |
1) Les
particularités psychiques et psychosociales du clinicien
La
régularité des entretiens et l'engagement du thérapeute dans la clarification
des règles et de la structure du traitement facilitent certainement la
construction d'une bonne alliance. Elle pourrait être accrue par la
chaleur du thérapeute, sa bienveillance, sa compétence et son respect pour le
patient.
Bien qu'ils soient formés et qu'ils aient
suivi pour la plupart une thérapie personnelle, les thérapeutes restent
influencés par leurs préconceptions de la relation thérapeutique, leurs
postulats qui donnent une signification personnelle aux événements, leurs règles
acquises à partir des expériences et de l'histoire personnelle et
socioculturelle. Les
représentations de leur passé par les thérapeutes influencent la qualité de
l'alliance. La faculté du thérapeute à accepter la responsabilité de
son contre-transfert négatif est un précurseur de l'amélioration de l'alliance
dans une séance. Enfin, la difficulté des thérapeutes à traiter les
conflits dans leurs propres relations compromet leur capacité à contribuer à une
bonne alliance.
Le
choix individuel de la profession: il s’explicite par des motivations
conscientes sous-tendues par des mobiles plus inconscients.
Ainsi les désirs de voir,
comprendre, savoir, toucher, pouvoir sont sous tendus par le couple pulsionnel
voyeur-exhibitionniste plus inconscient. Les désirs conscients de soulager, se
rendre utile, réparer, gagner de l’argent sont sous tendus par l’attrait de la
réparation des tendances agressives et sadiques.
Les
attentes de la société: peuvent influer sur le choix de la profession.
Elles concernent : le savoir technique, l’altruisme, l’universalité du pouvoir,
le désintéressement, la neutralité affective, morale, juridique voire politique
et religieuse. Ces attentes réelles ou imaginaires peuvent confronter le médecin
à des conflits internes.
2) Influence de la technique thérapeutique utilisée
Dans le domaine psychodynamique, le rôle de
l'alliance a été étudié en interaction avec deux types d'intervention,
l'interprétation et le soutien. Les avis divergent sur l'utilisation de ces
types d'intervention. Certains auteurs avancent que l'interprétation est la
seule technique qui permette de développer une alliance suffisamment bonne ou de
restaurer une mauvaise alliance. Au contraire, d'autres retiennent l'idée que ni
la fréquence ni la pertinence des interprétations n'exercent une relation
directe sur l'alliance.
Cependant, certains nuancent ces propos
et indiquent que les patients qui ont la capacité de former rapidement une forte
alliance savent également faire bon usage d'une approche interprétative, alors
que les patients qui estiment difficile d'établir initialement une alliance se
sentent plus à l'aise avec des interventions de soutien. La pertinence des
interprétations semble corrélée avec une bonne alliance dans une phase
ultérieure de la thérapie.
Le rôle de l'alliance apparaît donc comme
complexe et l'impact des interventions dépendre du niveau initial de
l'alliance. D'une part, une faible alliance pourrait requérir davantage de
soutien, à cause d'un niveau de fonctionnement moins mature du patient. D'autre
part, une bonne alliance nécessiterait plus d'interprétations en raison de la
faculté du patient de prendre conscience de ses contradictions internes.
Différents auteurs relèvent la part active prise par les deux partenaires, par
exemple en termes d'ajustement mutuel, de coordination
ou de collaboration émotionnelle réciproque. Cette dimension du
processus de construction de l'alliance retient actuellement l'attention de
nombreux chercheurs.
3) Caractéristiques du patient et
de sa plainte dans la relation thérapeutique
Parmi les caractéristiques du patient préexistant à la
thérapie, l'hypothèse des projections inconscientes issues des expériences
précoces avec les figures parentales a longtemps prévalu. Cependant, cette
hypothèse a été peu étudiée empiriquement, les chercheurs s'intéressant plutôt à
l'étude des interactions conscientes.
Les liens avec des mesures interpersonnelles
antérieures à la thérapie (soutien social, relations familiales, événements de
vie stressants) ont aussi été étudiés. Les corrélations sont généralement
faibles.
1. Les
données classiques
Selon Cathébras ,
la maladie est à la fois un état et
une construction sociale. L'anthropologie médicale distingue
trois réalités distinctes sous les trois termes
désignant la maladie en anglais:
les altérations biologiques
(disease), le vécu
subjectif du malade
(illness) et le
processus de socialisation des épisodes pathologiques
(sickness). Cela correspond en gros aux trois
perspectives distinctes du médecin, du malade et de la société.
Médecins, patients et société ont de la maladie des vues bien distinctes:
(1)-
la vision
du médecin,
qui résulte d'une culture
conventionnelle:
rationalité scientifique (allant jusqu'à être scientiste), croyance en
l'existence d'entités pathologiques définies que sont les maladies. Pour le
médecin la maladie est la réalité objective prise en dehors du vécu du malade
(qui est considéré subjectif, "incontrôlable", moins scientifique). Ainsi la
médecine, par convention, a tendance à négliger le contexte émotionnel propre et
uniciste,
cognitivo-comportemental, socio-économique, la culture et la personnalité du
patient, ou dans le meilleur des cas à le ranger dans le champ de la psychologie
et de la psychiatrie, ou pire du point de vue du malade, du mental.
(2)-
le patient vit et ressent des
symptômes, mais ne les décode pas
avec la même grille conventionnelle que le médecin (et la médecine). Les
symptômes font partie d'une expérience vécue, avant tout subjective (une
subjectivité identitaire, propre à chaque individu), englobant réactions
émotionnelles, cognitives et comportementales, et modifications corporelles,
construite généralement en interaction avec les éléments de proximité et leurs
représentations de la maladie (famille, proche, société). Le patient donne un
sens à son état de malade: "pourquoi ai-je mérité cela?" ou dans d'autres
cultures "qui me veut du mal?", ou "qu'ai-je fait", ou "pourquoi moi, pourquoi
maintenant?", "que deviendrai-je?" etc. Quelque soit la maladie,
organique ou psychiatrique, elle a toujours un impact psychologique. Il ya
toujours des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux qui influencent sur
l'installation, le déclenchement et l'évolution de la maladie.
Il faut noter que le symptôme observé
n'est pas toujours le début de la maladie, il y a une
phase asymptomatique où le sujet peut ne pas se plaindre
ou se plaindre d'un malaise indéterminé.
(3)-
les
critères de l’entourage
et de la société
pour reconnaître une maladie correspondent à une troisième approche de celle-ci.
Maladie (disease) et expérience subjective de la maladie (illness) ne coïncident
que partiellement avec la vision sociétale. Il peut y avoir illness sans disease
(somatisation) ou disease sans illness (anomalie biologique sans symptômes).
Mais surtout la définition de la santé varie grandement selon les individus, les
groupes culturels, les classes sociales, le niveau développemental
sociopolitique. Chaque société édicte des normes sur le comportement du malade,
qui est toujours plus ou moins un mode de communication. Le médecin joue un rôle
important dans ce processus de socialisation de la maladie (sickness), dans la
validation de la plainte et la légitimation du statut de malade.
Avec ses symptômes, un
malade demande certainement au médecin-technicien de le guérir de sa maladie, de
sa plainte,
mais il demande aussi d’autres choses. L’Homme malade demande soutien,
réassurance, sécurité et affection ; il demande donc à son médecin une
véritable relation affective et une disponibilité, compatibles avec l’exigence
de neutralité qui incombe au médecin.
Le médecin réagit devant
son malade non seulement comme un technicien averti des maladies, mais aussi
comme personne ayant une histoire propre, plus ou moins sensible à la
souffrance de l’autre.
Ainsi la relation
médecin-patient a les caractéristiques suivantes :
-c’est une relation
fondamentalement fondée sur l’inégalité et l’asymétrie, puisque la
demande du patient le rend passif et dépendant et puisque sa souffrance le
mobilise et le diminue.
-c’est une relation d’attente
et d’espérance mutuelle : le malade attend la guérison ou au moins le
soulagement, le soignant la reconnaissance de son pouvoir réparateur
-c’est une relation où
le lieu d’échange est avant tout le corps mais où la parole a sa
place
-c’est une relation de
confiance non égalitaire, impliquant la distance et l’asepsie.
2. L’apport du modèle
psychanalytique
La théorie
psychanalytique a défini le concept de transfert. Il s’agit des réactions
affectives conscientes et inconscientes qu’éprouve le patient à l’égard de son
médecin.
En effet, dans le cadre
de la relation médecin-malade des désirs inconscients sont actualisés et un
certain nombre de désirs insatisfaits du patient vont se projeter sur la
personne du médecin en ce qu’il représente – inconsciemment – un autre
personnage. Le malade peut ainsi répéter des situations conflictuelles qu’il a
vécu dans son passé.
La théorie
psychanalytique a aussi défini le concept de contre-transfert alors que le
malade est sujet au transfert, le contre-transfert se définit comme les
réactions affectives conscientes et inconscientes qu’éprouve le médecin vis à
vis de son patient. Ce contre-transfert et très directement lié à la
personnalité et à l’histoire personnelle du médecin.
Le plus souvent, le
contre-transfert est positif, permettant une relation médecin-malade de qualité
caractérisée par l’empathie du médecin et une action thérapeutique efficace. Une
relation médecin-malade de qualité fait référence au fait que le médecin
s’identifie au patient et comprend sa situation tout en étant capable de garder
une certaine distance vis à vis de lui, distance requise par l’objectivité
nécessaire à la prise de décisions thérapeutiques.
Un contre-transfert
excessivement positif risque de conduire à une identification massive au malade
et/ou à une perte d’objectivité dans les soins.
Ailleurs, un contre
transfert négatif induisant l’agressivité et des frustrations excessives du
malade peut être à l’origine d’échecs de la relation thérapeutique. Il en est de
même pour une absence de contre-transfert qui peut conduire à une froideur
excessive.
3. Les
données récentes
La relation
médecin-patient est actuellement en pleine mutation.
Mettant en avant les
droits de l’individu, notre société souhaite faire évoluer la relation
médecin-patient d’un modèle « paternaliste » vers un modèle d’ « autonomie
». Cette évolution se traduit notamment dans les nouvelles obligations liées à
l’information et au consentement éclairé du patient concernant les soins ainsi
qu'à la communication du dossier médical au patient.
Ainsi, le médecin risque
d’avoir une marge de manœuvre relativement faible entre ses obligations éthiques
et déontologiques anciennes d’une part et ces nouvelles modalités de
fonctionnement d’autre part.
D’une façon un peu
schématique, la situation pourrait être ainsi résumée : le médecin devra trouver
un juste milieu entre deux pôles extrêmes.
Le premier pôle est une
relation dite « paternaliste » trop inégalitaire, trop peu concertée,
respectant insuffisamment l’individu qui est peu informé des traitements.
Le second rôle correspond
à une relation dite d’ « autonomie ». Dans cette relation, le médecin,
désinvestissant son rôle et son statut de médecin, se déresponsabiliserait de
toute décision pour le patient : le patient, censé être capable de prendre les
meilleures décisions pour lui-même (dans les domaines aussi difficiles que sa
maladie ou sa mort par exemple), serait quant à lui renvoyé à des décisions
imprenables, car le mettant dans une position ingérable en termes psychologiques
et risquant de conduire au fait qu’il ne bénéficie pas des meilleurs traitements
pour lui-même.
En pratique, et pour
respecter le patient sans se dédouaner de son rôle, le médecin se devra
d’expliquer sa maladie au patient en adaptant son langage à celui du patient.
La communication du dossier médical devra se faire, autant que possible, dans le
respect de ces grands principes.
Par ses symptômes, le
malade ne demande pas qu’au médecin-technicien de le guérir de sa maladie. Les
autres attentes sont celles de soutien, de réassurance, de sécurité voire
d’affection. Le patient demande donc à son médecin une véritable relation
affective et une disponibilité, qui doivent rester compatibles avec l’exigence
de neutralité qui incombe au médecin.
Le médecin réagit devant
son malade non seulement comme un technicien averti des maladies, mais se montre
également plus ou moins sensible à la souffrance de l’autre, en fonction de sa
propre histoire.
4. L’apport des travaux
de M. Balint
M. Balint, psychanalyste
hongrois, a développé une modalité originale d’approche de la relation
médecin-malade. Ces travaux sont issus de quelques constatations :
1. Il existe un certain
nombre d’insuffisances de la médecine traditionnelle, qui étudie plus les
maladies que les malades.
2.
Un tiers de l’activité
professionnelle d’un médecin généraliste ne relève que d’une action
psychothérapeutique.
3. La relation
médecin-malade s’organise entre 2 pôles extrêmes de domination et de soumission
auxquels correspondent le pouvoir du médecin et la fragilité du malade.
Pour Balint,
le médecin
est un remède en soi, même si son action est médiatisée par un médicament.
Ainsi, une meilleure maîtrise de la relation interindividuelle doit permettre
au médecin d’établir avec son patient un échange affectif qui aura des vertus
curatives.
Les obligations liées à
l’information, au consentement éclairé du patient, ainsi qu’à la communication
du dossier médical, ont fait évolué la relation médecin-patient d’une position
médicale « paternaliste », trop inégalitaire, à une relation plus « autonome »
du patient. En pratique, et pour respecter le patient sans se dédouaner de son
rôle, le médecin se devra d’expliquer sa maladie au patient en adaptant son
langage à celui du patient.
La recherche a démontré
l’impact de la relation thérapeutique sur l’adhérence au traitement et son
observance, sur la tolérance aux effets secondaires, sur l’efficacité du
traitement.
Les mêmes thérapeutiques
prescrites par des thérapeutes différents, ne donnent pas les mêmes résultats.
D'une autre part, les
recherches consacrées à l'alliance thérapeutique s'avèrent prometteuses : en
effet, les études récentes s'accordent à considérer l'alliance thérapeutique
initiale comme le facteur pronostique principal dans de nombreuses formes de
traitement psychiatrique, psychothérapies psychanalytiques individuelles et de
groupes, mais aussi comportementales, cognitives, familiales, dans le champ de
la pharmacothérapie ainsi que dans le traitement des toxicodépendances.
5.
L'apport de Carl Rogers (
les
principes de la thérapie de soutien non directive)
Rogers (2003)
a défini les qualités que doit développer un soignant au cours du rapport
collaboratif à partir de deux dimensions qui se renforcent mutuellement:
|
la dimension affective |
la dimension
professionnelle |
| -empathique |
| -disposer d'un statut |
| -avoir les compétences |
|
| -authentique |
| -chaleureux |
-La
dimension professionnelle:
-La dimension professionnelle
consiste à: -avoir un statut et le définir auprès du patient,
-avoir les compétences: être formé, savoir établir l'alliance
thérapeutique, savoir recueillir les informations utiles et les organiser
sur un mode opératoire, appliquer des méthodes reconnues et validées, et
pouvoir évaluer l'impact de la thérapie à court, moyen et long terme.
Plus le soignant est
empathique, authentique et chaleureux plus il se doit d'être professionnel,
et plus il est professionnel plus il peut se permettre d'être empathique,
authentique et chaleureux.
-
La dimension affective:

être empathique: c'est être capable de se centrer sur la réalité
que vit la patient, être centré sur ses émotions, ses pensées, ses postulats. C'est l'aptitude à restituer à ce patient ce que l'on a
compris de sa réalité, de son vécu de plaignant. C'est aller à un rythme
adéquat tenant compte des disponibilités du patient. C'est aussi résumer et
envoyer des feed-back permettant au patient de se sentir compris et lui
proposer un modèle de compréhension partagé.
Conserver la bonne distance est aussi un élément
important à prendre en compte dans la relation, ni trop distant ni trop
rapproché car parfois le rapprochement avec le patient peut devenir si
important que la thérapie s'arrête par trop d'affect. La dimension affective
en absence de professionnalisme suffisant peut elle aussi perdre le contrôle
de la thérapie par le thérapeute (histoire d'amour, sexuelle etc.).
être authentique: c'est se sentir
à l'aise: -avec les personnes et
les situations cliniques,
-avec ses propres sentiments, émotions, pensées,
-avec son malaise.
être chaleureux: consiste à développer sa capacité de trouver le
patient sympathique.
Les principes de la thérapie
de soutien non directive (inspiré de Carl Rogers)
1) Écoute bienveillante en face à face.
Dès la première séance on affirmera la valeur de l'écoute pour l'aide à la
résolution des problèmes psychologiques. Soutien veut dire soutien dans
l'examen de soi-même de façon à mieux se comprendre et s'accepter. De ce
fait anxiété et dépression doivent diminuer.
2) Montrer de l'empathie.
•
S'efforcer de partager le fardeau émotionnel du patient en lui montrant de
manière verbale ou non-verbale qu'il est compris
• Empathie et compassion
3) Considération positive inconditionnelle vis à vis
des propos du patient quels qu'ils soient. Toujours aller dans le sens
de ce qu'il dit ne chercher ni à le contredire, ni à modifier ses pensées ou
ses émotions.
4) Reformulation de certaines phrases du patient
en vue d'une demande de clarification: par exemple: " Si je comprends bien,
vous voulez me dire que... »
- reflet simple
- reflet double
- reflet de l’émotion
- reflet interprétatif
- reflet interrogatif
5) Refléter les sentiments, par exemple: "Si je
vous comprends bien, vous voulez dire que la colère contre les autres vous a
pris, ainsi que l'anxiété après cette rencontre...?"
6) Montrer un certaine chaleur dans le contact
tout en conservant une distance professionnelle.
7) Authenticité du thérapeute et congruence
entre les mots et les émotions.
Ce que ne fait pas le thérapeute rogérien : les limites de l’intervention:
• Ne pas donner des tâches structurées
d'affrontement des situations anxiogènes.
• Ne pas restructurer les pensées automatiques
négatives : il suffit de les accepter et de les reformuler.
• Ne pas chercher à modifier les croyances
personnelles ou les postulats négatifs de fonctionnement.
• Ne pas donner des conseils sur la vie de tous
les jours, la vie professionnelle, la vie familiale et la vie conjugale. Il
faut rester non-directif et renvoyer le patient à une prise de décision
personnelle. « C’est de vous qu’il s’agit, vous seul pouvez prendre une
décision »
• Ne pas donner des interprétations
psychanalytiques sur l'enfance, les rêves, le trauma, le transfert etc..
• Ne pas tenter d'agir sur le mode d'une thérapie
de couple ou de famille et/ou de proposer un modèle interprétant les
troubles en ce sens.
• Ne pas donner de conseils directifs sur la vie
conjugale, familiale
6. L'apport de Beck
Alford et Beck (1997) parlent de
la relation de collaboration empirique en TCC : le rapport collaboratif est
« une relation de collaboration empirique qui serait comparable à celle de
deux savants travaillant ensemble sur un problème ». Elle sert le fondement
à l’apprentissage qui est lié aussi à la relation thérapeutique et aux
changements cognitifs du sujet. Le changement en thérapie est dû aux
capacités du sujet et non uniquement à la relation; Il doit se généraliser
dans d’autres contextes que la thérapie, et il faut donc laisser la
responsabilité du changement au sujet sans exagérer l’importance du rôle du
thérapeute.
7.
Le pacte de confiance
La relation
médecin-malade a profondément évolué durant les trois dernières décennies. Il
existait deux modèles caricaturaux : le modèle paternaliste et le
modèle autonomiste, basés sur des fondements philosophiques très différents
de l’éthique médicale.
Le modèle
paternaliste a
longtemps été dominant dans les pays occidentaux latins et en particulier en
France. Dans ce modèle, on considère que le malade, du fait de sa maladie, est
en état de faiblesse et de souffrance. Il fait confiance au médecin qui le
“prend en charge”. Il existe donc une asymétrie qui a pour fondement le principe
de bienfaisance (H. JONAS en Allemagne, E. LEVINAS en France). Il faut éviter
d’ajouter à la souffrance et à la détresse du malade le poids d’une information
anxiogène, jugée insupportable lorsqu’il s'agit d'une mauvaise nouvelle. Il est
dans cette conception, contraire au principe de bienfaisance, de demander un
consentement et à plus forte raison une participation à la décision. Une entorse
à ces principes pouvait même être considérée comme une fuite devant ses
responsabilités. Ce modèle est aujourd’hui obsolète. Il pouvait être acceptable
à une époque où les diagnostics étaient plus qu’aujourd’hui probabilistes, où
les thérapeutiques étaient ni agressives, ni vraiment efficaces, où surtout les
connaissances des malades dans le domaine médical étaient réduites ou
inexistantes.
Le modèle
autonomiste, très
présent depuis longtemps aux États-Unis est basé sur la symétrie (ENGELHARD). Il existe un contrat régi
par des rapports financiers dont l’objet principal est représenté par le soin. Dans ce modèle
l’information sur le diagnostic, le pronostic, les différents traitements
possibles avec leurs risques et bénéfices respectifs doit être complète. La
décision finale appartient au malade, elle doit être acceptée par le médecin
même s’il la juge irrationnelle, voire moralement inacceptable pour lui.
Ce modèle peut choquer et
susciter diverses interrogations : le malade du fait de sa maladie est-il
autonome?
Le respect absolu de la
volonté du malade ne risque-t-il pas de transformer le médecin en exécutant avec
un risque d’indifférence ou un complice de comportements déviants voire non
conformes aux lois ?
Face à ces deux modèles
il existe une troisième voie qui a été décrite par le philosophe Paul RICŒUR
sous la dénomination de pacte de confiance
: au départ, il existe un
fossé entre le malade et le médecin qui ne peut être comblé que sur la base de
la confiance. L’échange entre le malade et le médecin aboutit à une information
réciproque. Selon Paul RICŒUR le malade porte
au langage sa souffrance, ses plaintes, avec une composante descriptive (les
symptômes) et narrative (la maladie s’inscrit dans l’histoire de la vie) avec
une demande implicite ou explicite de guérison, de soulagement mais aussi une
promesse, là encore implicite ou explicite de la part du malade, d’observer le
protocole proposé. Le médecin de son côté écoute, confronte les informations
avec son savoir et ses expériences vécues, puis présente au malade ses
explications et ses propositions.
Cet échange
d’informations réciproques basé sur la confiance peut être fragilisé par de la
méfiance de la part du malade (crainte d’un abus de pouvoir, soupçon
d’incompétence) ou par la négligence de la part du médecin (indifférence,
préoccupation pécuniaire, manque de disponibilité).
Ce pacte de confiance
repose sur trois piliers qui conditionnent fortement la quantité et la qualité
des informations échangées dans les deux sens. Ces trois piliers sont :
• la perception partagée
par le médecin et le malade que ce dernier est un exemplaire unique et non un
spécimen d’un ensemble indifférencié qui constitue la clientèle,
•
le malade est
indivisible. On ne soigne pas un organe ou un système malade mais un être
intégral,
• à tout instant de la
relation médecin-malade, “l’estime de soi” du malade est respectée, voire
valorisée, quel que soit son état physique ou psychique.
Une lecture un peu rapide
des principes de cette troisième voie et du pacte de confiance pourrait suggérer
que dans cette relation médecin-malade le pouvoir du médecin est prédominant et
peut conduire à une attitude paternaliste : “Docteur, j’ai confiance en vous, je
me remets à vous” laissant au médecin la prise de décision en son âme et
conscience. En réalité, tout dépend de la manière dont le médecin utilise le
pouvoir qui lui est “confié”.
Alliance thérapeutique en
TCC
Si l'alliance suscite un intérêt marqué
et étonnamment constant ces trente dernières années, c'est qu'indépendamment des
instruments utilisés pour la mesurer, elle est actuellement le meilleur
facteur prédictif connu des effets thérapeutiques de très nombreuses formes
de traitement.
C'est d'abord le cas dans le champ des psychothérapies
psychanalytiques, brèves ou de longue durée, individuelles ou de groupe. C'est
aussi le cas dans les domaines des psychothérapies cognitives et
comportementales, éclectiques, des thérapies systémiques de couple et de
famille, ainsi que chez les patients hospitalisés.
Des résultats très intéressants sont issus de
l'étude multicentrique (N = 225) menée dans le cadre du National Institute of
Mental Health Treatment of Depression Collaborative Research
Program. Les traitements évalués sont les suivants : psychothérapie
cognitive et comportementale, psychothérapie interpersonnelle, imipramine et
clinical management, placebo et clinical management. Ils sont tous
standardisés. Recourant à une version modifiée de l'échelle développée à
Vanderbilt, les chercheurs constatent que la contribution de l'alliance à la
variance des résultats thérapeutiques est supérieure à celle des traitements
seuls, sans aucune exception. Les niveaux d'alliance sont par ailleurs
comparables quels que soient les types de traitement.
Ce travail a de
nombreuses implications :
-Premièrement,
l'hypothèse que l'alliance est un facteur commun à de nombreuses
formes de traitement peut être soutenue.
-Deuxièmement, la part prise par la
qualité de la relation thérapeutique est manifestement sous-estimée dans les
recherches pharmacologiques et pourrait expliquer la variabilité des résultats,
notamment dans les groupes contrôles. Les mêmes thérapeutiques prescrites par
des thérapeutes différents ne donnent pas les mêmes
résultats.
-Troisièmement, le processus même de
construction de l'alliance thérapeutique semble pouvoir être étudié sur un mode
comparatif : s'agit-il du même processus dans toutes les formes de traitement,
ou les facteurs qui contribuent à son développement sont-ils spécifiques à
chaque forme de traitement ? Finalement, peut-on imaginer développer des
techniques pour accroître ou optimiser ce paramètre ?
Comme toute thérapie, la
thérapie cognitivo-comportementale s'établit sur une relation thérapeutique dont
les composantes sont non spécifiques : chaleur, empathie, authenticité,
professionnalisme, confiance mutuelle, acceptation du patient. Ces composantes
concourent à l'établissement d'un rapport collaboratif, d'une alliance thérapeutique positive. Elles sont
nécessaires, mais ne sont pas suffisantes.
En thérapie cognitive
comportementale, la relation
thérapeutique se fonde sur l'ici et maintenant, la sélection avec le patient de
problèmes concrets à résoudre et une attitude consistant à tester des hypothèses
thérapeutiques établies en commun. Ce type de relation est appelée « relation de
collaboration empirique ».
30 % des effets
thérapeutiques sont en rapport avec des facteurs non spécifiques communs à
toutes les thérapies qui tiennent à la relation thérapeutique.
•
La
relation thérapeutique peut favoriser ou non la réponse au traitement.
•
Elle
peut être une difficulté pour le malade, et pour le médecin.
Il est
important de
conceptualiser et rendre opératoire, selon une approche scientifique, l’aspect
psychologique et relationnel de la maladie et la relation thérapeutique.
Le rapport
collaboratif
se définit comme la relation entre un soignant et un patient
établie de telle façon que le patient et le thérapeute travaillent ensemble de
manière active pour résoudre des problèmes
déterminés (médicaux, psychothérapeutiques,
institutionnels..). C'est une relation qui dépasse l'étape relationnelle du
rapport où chacun évalue l'autre (méfiance, retrait..). Une relation
thérapeutique où prédominent les facteurs relationnels ne peut aboutir à un
rapport collaboratif thérapeutique à cause de la résistance et de la réactance
qui sont au premier plan.
Etablir un
rapport collaboratif revient à passer du stade de deux personnes qui
s'observent, qui s'évaluent,
au stade de deux personnes qui travaillent ensemble pour résoudre le problème
qui les préoccupent.
c'est la condition pour mettre en place une relation thérapeutique adéquate et
agir favorablement sur le contingent psychologique du trépied interactionnel
thérapeute-patient-famille (proches) et de la maladie.
Le thérapeute doit
observer et moduler ses propres réactions
face au patient (émotions, pensées et comportements),
ainsi que les réactions du patient, et le type
de relation qui s'installe entre eux.
La réactance se
voit quand le patient s'oppose ouvertement à ce que propose le thérapeute.
La résistance
c'est quand le patient semble donner son accord mais ne s'engage pas dans le
processus thérapeutique.
Construction du rapport collaboratif, l'alliance
thérapeutique
Les objectifs
d'une approche thérapeutique devraient répondre à
ces deux questions:
| |
-comment conceptualiser et rendre opératoire
selon une approche scientifique l'aspect
psychologique et relationnel de la maladie
et la relation thérapeutique? |
| |
-comment
mettre en place une relation thérapeutique
adéquate et agir favorablement sur le
contingent psychologique de la maladie? |
Les paramètres qui ont une influence
sur l'alliance thérapeutique sont nombreux. La question reste posée de
déterminer si l'alliance est liée aux caractéristiques du patient, ou s'il
s'agit d'un phénomène interpersonnel. Il est aussi nécessaire de s'interroger
sur la manière dont le thérapeute peut activement participer à sa construction.
Ces questions sont par ailleurs liées à
l'évolution de l'alliance au cours du temps. Il semble en effet y avoir deux
phases différentes dans le développement de l'alliance tout au long d'un
traitement:
1. La phase la plus critique correspond
à l'essor de l'alliance au cours des premiers entretiens. Cette alliance
initiale paraît associée au climat affectif qui règne entre le patient et
le thérapeute et correspondrait à ce que Luborsky à dénommé
alliance de type I
:
le patient ressent le thérapeute comme très soutenant et capable de
porter ses difficultés.
Plusieurs chercheurs suggèrent que l'alliance
initiale ne soit pas liée aux antécédents ou aux caractéristiques du patient,
mais qu'elle se développe au cours des premiers entretiens en fonction du
travail et de l'attitude du thérapeute. Elle apparaît aussi dotée d'un pouvoir
prédictif plus important que l'alliance moyenne entre plusieurs séances ou
l'alliance mesurée au milieu du processus thérapeutique.
2. Au cours du traitement, l'alliance
est manifestement fluctuante. La forme d'alliance qui prévaut alors correspond
plus à l'
alliance de type II
:
le sentiment qu'a le patient d'un
travail en commun pour lutter contre ses difficultés.
Il semble se confirmer
que l'alliance en cours de traitement n'est pas un phénomène passif ou
secondaire, mais qu'elle obéit à des cycles dynamiques : l'alliance se trouve
attaquée, puis restaurée grâce au travail thérapeutique.
En résumé, l'alliance initiale est liée au
climat affectif de la relation et permet de prédire le mieux les résultats du
traitement. L'alliance en cours de traitement est plus liée à la relation de
travail, mais surtout semble intimement mêlée au processus thérapeutique
lui-même. Plusieurs études ont abordé ces questions et tenté de préciser la part
prise par les caractéristiques du patient, celles du thérapeute, comme personne
ou par rapport à sa manière d'intervenir (technique).
La relation thérapeutique se base sur
un trépied interpersonnel interactionnel formé par le
médecin, le patient et la famille. Chacun de ce
trépied affirme ses réponses, ses émotions, ses
cognitions, ses comportements qui interagissent
continuellement avec ceux des autres d'une manière
positive ou négative (convivialité, agressivité,
inhibition, dominance, stress) et peuvent constituer un
obstacle à la thérapie.
Techniques
pour établir le rapport collaboratif:
-A-La
méthode des quatre R :
|
Recontextualiser, |
Reformuler, |
Résumer, |
Renforcer la motivation au changement |
Cette méthode à
l'avantage de permettre rapidement l'établissement d'un bon rapport collaboratif dès la première séance et de
permettre d'entamer une analyse des problèmes. Le patient et le soignant sont
centrés sur un travail commun dont les buts sont précis.
Un autre avantage de la
méthode des 4 R consiste dans le fait qu'elle peut être
utilisée dans n'importe quel ordre et plusieurs fois au
cours de l'entretien.
1) Recontextualiser:
Consiste à
passer du général au spécifique et de ne parler que d'une chose précise dans son
contexte en posant les questions: quoi?, quand? comment?. Le patient a plutôt
tendance à "voguer dans son histoire de plainte", de passer d'une plainte à
l'autre, d'un événement à l'autre, et le soignant doit savoir revenir avec le
patient aux éléments actuels précis les plus marquant de l'ici et maintenant,
les plus difficile à vivre par le patient, et les plus urgents dans son
l'optique.
En pratique, il
faut
choisir un problème concret, récent, typique, fréquent. Puis définir avec le
patient les déclencheurs (stimuli) et les émotions : sonde cognitive : pensées
automatiques en lien avec les émotions (la voie royale vers le schémas). Sonder
les croyances inconditionnelles, conditionnelles et règles de fonctionnement et
définir les conséquences et comment le schéma est renforcé (renforcement par des
événements quotidiens). Établir un “pentagramme” : visualiser le problème.
Le piège
de la recontextualisation: essayer de "forcer la main"
du patient en lui faisant préciser l'importance des
moments de moindre souffrance ("il y a bien des moments
ou ça va bien ?") risque de faire sentir au patient
qu'il n'a pas été compris, surtout s'il ne sent pas une
empathie de la part du clinicien. Le patient pourrait
alors pousser dans l'argumentation afin de "prouver" au
clinicien le bien fondée de sa plainte et son importance
pour son vécu.
Une bonne
recontextualisation centre l'attention du patient sur ce
qu'il ressent plutôt que sur la relation au soignant et
ainsi permet à ce dernier de se faire une meilleure idée
du vécu du patient et facilite l'analyse fonctionnelle
en partant d'une situation précise.
2) Reformuler: trois façons de reformuler:
a-la répétition: consiste en répéter au patient
ce qu'il vient de dire, par la méthode du perroquet
(reprendre mot pour mot ce que dit le patient) ce qui
fait que le patient écoute ce qu'il vient de dire et en
est plus conscient et il focalise son attention sur son
vécu plutôt que sur les éléments de la relation
thérapeutique.
b-la précision des termes: cette technique aide
la patient qui a du mal à verbaliser. La précision doit
être claire pour le patient, concise et le plus proche
possible des termes utilisés qu'il a utilisé. Elle
s'accompagne d'une vérification de sa pertinence.
c-la formulation d'hypothèses: les hypothèses du
clinicien doivent être établies à partir de la réalité
que vit le patient sans minimiser les craintes mais
plutôt les formuler et vérifier que le patient partage
le point de vue du clinicien. Le soignant adapte
l'hypothèse en fonction de cette vérification.
3) Résumer: Il
convient de faire un résumé:
-en fin
d’entretien de manière systématique
-quand un
thème important a été traité
*
afin de
montrer au patient que ce qui a été fait en entretien,
que ce qu’il a dit, peut être organisé, avec un début et
une fin.
*
afin
d’obtenir un feed-back du patient
4) Renforcer la motivation au changement:
Il s’agit de soutenir à tout
moment l’implication du patient dans sa thérapie. Au début, un renforçateur
puissant consiste à reconnaître l’ampleur de la souffrance du patient ou la
pertinence de ses demandes. C’est
le renforcement empathique.
Au fur et à mesure que la thérapie
avance, les renforcements les plus utiles sont:
-encourager les
ressources du patient: les
patients développent des stratégies souvent efficaces
pour faire face ou ne pas aller plus mal. Ces ressources
doivent être repérées et appuyées pour faire sentir au
patient qu'il a des compétences et développées au cours
du travail.
-favoriser
les perspectives constructives et délaisser les
cotés négatifs et présenter les aspects positifs de ce
que le patient perçoit comme négatif.
-mettre en évidence les
progrès réalisés:
pointer le plus rapidement
possible chaque action, mot ou sentiment qui ont été
utiles dans le traitement est la base de tout
apprentissage. Le renforcement sur la personne est moins
utile.
-la
réattribution des progrès au patient:
il y a tendance à attribuer
les progrès au soignant, ce qu'il faut rétablir et
augmenter ainsi les attentes personnelles d'efficacité
et d'estime de soi.
Inversement il peut être
utile d’attribuer les échecs à la maladie ou au contexte
plutôt qu’à la personne.
-B-
La méthode du "petit vélo"
Trois
dimensions sont à prendre en compte dans un entretien
thérapeutique:
-Le
soignant: ses pensées, ses émotions, ses
comportements. Il doit s'auto-observer, voir ce qu'il
ressent, ce qu'il pense, ce qu'il fait.
-La
relation qui s’établit entre le soignant et le
patient et son style relationnel: est-elle symétrique
ou complémentaire, ou bien y-t-il une alternance
entre les deux styles (chose plus efficace). La présence
marquée de l'un du couple patient-soignant risque de
perdre l'alliance thérapeutique.
*Une relation est symétrique quand les deux
interlocuteurs adoptent le même comportement en
"miroir". Cette symétrie peut être ou bien agressive ou
bien conviviale. Elle peut mener à une escalade qu'il
faudrait alors désamorcer en se calmant, en écoutant en
quoi ou quelles sont les raisons de l'interlocuteur, en
écoutant la réponse et en bien suivant le patient.
*Une relation de complémentarité s'installe quand les
deux interlocuteurs se complètent:
-ou bien soignant trop docte / patient soumis
-ou bien soignant trop actif / patient attendant
-L’observation
du patient dans ses composantes verbales et non
verbales, lui demander ce qu'il ressent, ce qu'il pense,
ce qu'il fait, ce que sont pour lui les avantages, les
inconvénients, les risques. Le langage non verbal se
manifeste au niveau des yeux, de la bouche et dans
l'attitude générale. Le langage verbal doit être écouté
sans interprétation.
1)le langage verbal
:ce que l’on dit.
2)le langage
infra verbal (analogique):
•
-le
contact visuel
•
-la
mimique faciale
• -la voix :le volume sonore, le timbre, le
débit verbal, l’articulation
• -la
posture générale
• -la
distance interpersonnelle
• -les
gestes
-C- La découverte guidée, une technique
d'entretien en analyse fonctionnelle, par l'écoute du malade et son
questionnement plus ou moins directif.
•
•
Le médecin
doit observer et moduler:
-ses
propres réactions:
émotions, pensées et comportements;
• -les
pensées, émotions et comportement du
patient;
• -le
type de relation qui s’installe.
Les différents pièges de
l'entretien
-essayer de convaincre le patient
-débattre avec lui une question
-dérouler devant lui un questionnaire médical
-lui faire dire ce que l'on attend de lui
-essayer de modifier une position réaliste
-travailler à sa place
-aller trop vite
-aller trop lentement
Comment se distancier des
scénarios du patient et se servir de la relation ?
Ce sont les trois niveaux de la supervision
• Que faire devant la résistance ?
-Reflet simple : répéter ou reformuler
-Reflet amplifié : se mettre du côté de la résistance et la valider:
vous avez
raison il n’y a pas d’autre solution..
-Double reflet : à la fois vous voulez et ne voulez pas..
-Rouler avec la résistance :
il se peut qu’à la fin vous décidiez de continuer de
fumer, boire etc..
-Décaler le sujet : changer de sujet sans rester collé au problème de l’arrêt;
-Recadrage:
réinterprétation de sa perception des autres.
Le
thérapeute doit conserver la bonne distance :
•Parfois
le rapprochement avec le
patient peut devenir si
important que la
thérapie s’arrête par
trop d’affect et cela
est une faute
professionnelle.
La
dimension affective en
absence de
professionnalisme
suffisant peut faire
perdre le contrôle de la
thérapie au thérapeute.
•
Les
problèmes qui bloquent
la relation
thérapeutique:
-
la réactance:
opposition
marquée au
processus
thérapeutique,
souvent assez
directe. Le
patient refuse
clairement
toutes ou en
parties des
propositions qui
lui sont faites
par le
thérapeute.
-la résistance :
le
patient est alors
fréquemment d’accord, au
moins verbalement, sur
les principes mais
n’applique pas ou très
peu les méthodes, se
justifie souvent avec
des raisons parfois très
compréhensibles mais la
thérapie reste bloquée.
Les dimensions
professionnelle et affective de la
relation thérapeutique se renforcent
mutuellement.
La relation thérapeutique devient
alliance thérapeutique:
accord entre patient et médecin sur le trouble à
traiter, la méthode et les objectifs du traitement. Malade
et médecin collaborent pour la
réalisation de ces objectifs.
•
•
L'alliance thérapeutique est
empathique : le
thérapeute est centré sur la
réalité de la personne:
-il
est centré sur ses
émotions, ses
pensées, ses
postulats;
-il
va à un rythme
adéquat tenant
compte du patient;
• -il
résume et envoie des feed-back
permettant au patient de
se sentir compris.
•
-il propose
au patient
un modèle de
compréhension partagé.
Fin de séance, moment pour:
– le feed-back: Est ce que quelque chose vous à déplu ? N'êtes-vous pas
d'accord avec quelque chose dont nous avons parlé?
– le résumé du contenu de séances: que retenez vous d’important de cette séance ?
– la décision de prise en charge ou non;
– si oui
pour la prise en charge: agenda de la prochaine séance;
– l’esprit du pas de la porte.
Exemple: entretien avec un couple
Le soignant doit savoir
établir une alliance avec chacun dans le couple et avec
le couple dans son ensemble. Il est primordial de
s'échapper le plus possible du relationnel pour obtenir
l'adhésion autour des problèmes.
Les pièges à éviter
sont:
-le "triangle infernal" quand le soignant sympathise
avec l'un ou l'autre;
-l'effet "fusible" quand le soignant sert de médiateur;
-l'effet "juge" quand le soignant analyse les torts et
départage.
Pour réussir le rapport
collaboratif, il faudrait rechercher
-le plus petit point dénominateur commun : point
d'entente possible;
-le plus petit multiplicateur commun : le point où les
deux éléments du couples sont d'accord pour limiter les
dégâts;
-le plus gros multiplicateur commun: les deux éléments
du couple et le soignant sont d'accord pour chercher les
moyens de résoudre le problème.
Exemple: entretien dans un contexte de
risque suicidaire
La dimension la plus
corrélée au suicide est le désespoir:
-Le suicide
apparaît alors comme la seule solution possible et
raisonnable
-1ère cause
de mortalité chez les 24-34 ans, 2ème chez les< 24
-La plupart
ont consulté une semaine avant le passage à l’acte
-Une
tendance suicidaire est : -
auto-agressive
- hétéro-agressive
- toujours un appel à l’aide
- presque toujours ambivalente
-émotions et sentiments pénibles
-des jugements négatif des proches et des professionnels
Le
risque suicidaire : techniques conseillées
-Les
quatre « R »
-prendre en
compte le risque suicidaire
-avoir une
écoute empathique et attentive
-ne pas
juger ni culpabiliser
-admettre
que le suicide est une solution possible mais qu’elle
est tellement définitive que l’on peut peut-être prendre
le temps d’explorer cette hypothèse.
-Le
questionnement socratique
-poser le
problème du suicide en terme d’avantages et
d’inconvénients
-évaluer
-chercher
d’autres solutions
Mesure de l'alliance thérapeutique
La mesure de l'alliance
L'alliance est sans doute la dimension
la plus souvent mesurée dans les recherches en psychothérapie. Les instruments
les plus courants s'appuient tous sur trois méthodes de cotation :
- 1) un auto-questionnaire rempli par le
patient après la séance ;
- 2) un auto-questionnaire rempli par le
thérapeute après la séance ;
- 3) un questionnaire complété par un ou
plusieurs juges externes sur la base d'un enregistrement audio ou vidéo
d'une séance. Les résultats n'étant pas toujours identiques suivant la méthode
adoptée, il est généralement intéressant d'utiliser au moins deux instruments.
L’ÉDUCATION ET LE CONTRAT THÉRAPEUTIQUES
L’éducation thérapeutique est un processus continu, intégré aux soins et centré
sur le patient.
Il comprend des activités organisées de sensibilisation, d’information,
d’apprentissage et d’accompagnement psychosocial concernant la
maladie, le traitement et l’ensemble des soins prescrits.
Il vise à aider le patient à maintenir ou améliorer sa
qualité de vie en le rendant capable d’acquérir et de maintenir les ressources
nécessaires pour gérer de manière optimale sa vie avec la maladie.
L’objectif est de rendre le patient aussi autonome que possible dans la
co-gestion de sa maladie avec son médecin. Ce processus d’apprentissage sera
adapté à l’évolution de la maladie et de l’état de santé du patient.