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Approche psychologique du stress

  Introduction

Avec l’approche biologique du stress, nous avons vu que lorsque l’organisme doit s’adapter à une demande environnementale, le corps dispose d’ajustements physiologiques non spécifiques répondant à cette demande. On se rappelle que pour l’approche biologique du stress, il importe peu que l’agent stressant soit d’origine physique ou psychique, interne ou externe, objectif ou subjectif, plaisant ou déplaisant, puisque la réponse non spécifique est toujours la même et que la seule chose qui compte c’est l’intensité de la demande de réajustement ou d’adaptation.

Comme ont pu le remarquer maints chercheurs, les organismes ne réagissent pas de la même façon lorsqu’ils sont confrontés aux mêmes événements. Par exemple, certains individus tomberont malades, alors que d’autres non (Holmes et Rahe, 1963). Il y aurait donc des variables individuelles rentrant en ligne de compte lorsqu’on parle de stress. L’approche biologique a pu expliquer ces différences individuelles par le biais d’une capacité d’adaptation différente chez chaque individu. Cependant, d’autres expériences comme celle de Friedman et Rosenman avec leur pattern comportemental de type A (1959) ont montré que ces différences individuelles ne peuvent être expliquées seulement par une capacité d’adaptabilité différente, mais aussi dans le fait que par un acte de pensée différent, certains individus parviennent à moduler leur stress. De cette manière le stress physiologique est diminué.

D’autres expériences, comme les effets du bruit sur l'exécution de certaines tâches, montrent aussi l’importance de variables contextuelles. En effet, un niveau sonore habituellement considéré comme stressant et perturbant peut aider à maintenir un niveau de performance lorsque les sujets sont fatigués comme a pu le montrer entre autres Broadbent (1971). L’approche biologique est incapable d’englober une telle découverte puisque pour elle le contexte n’est pas important. Les résultats prouvent malgré tout qu’il l’est.

En outre, comme ont pu le montrer Scott et Howard en 1970, « Certains stimulus, en vertu de leur signification particulière pour certains individus, sont susceptibles de ne provoquer des problèmes qu'à une partie des personnes ; alors que d'autres stimulus, de part leur signification plus largement partagée, provoqueront des problèmes à un plus grand nombre de personnes ». Il y aurait donc aussi des variables socioculturelles lorsqu’on parle de stress.

La relation de cause à effet stresseur => stress est donc remise en cause petit-à-petit et on se rend compte qu’il faut ajouter quelque chose à l’explication, c’est-à-dire la perception, au sens phénoménologique, qu’a l’individu de la demande qui lui est posée. Les chercheurs sur le stress vont alors aussi se pencher sur cette perception individuelle du stress en cherchant à mieux comprendre sa construction, son mode de fonctionnements, ses racines, ses effets sur l’organisme, etc.

  Le concept de stress

Le stress a souvent une connotation négative parce que les gens l’associent à la peur ou la colère, qui sont des émotions qui nous perturbent. Cependant, une grande joie, un grand succès peuvent aussi provoquer des réactions physiologiques (tension musculaire, fatigue, etc.). Il y a deux types de stress : le stress normal, aidant, bénéfique pour notre organisme (« eustress ») et le stress pathologique, nuisible, gênant (« dystress »). Si le niveau de tension est adapté à la situation, à l’action, il est bénéfique. Si au contraire, il n’est pas adapté, disproportionné, il y aura encore plus de tensions et donc, des conséquences physiologiques et psychologiques. On peut donc affirmer que le stress, c'est l'ensemble des réactions de l'organisme (positives ou négatives) à une demande d'adaptation.

Le stress est un ensemble de réactions physiologiques (sueurs, accélération du cœur et de la respiration) et psychologiques (inquiétude, troubles du sommeil) qui se manifestent lorsqu'une personne est soumise à un changement de situation.

Plus simplement, le stress c’est une sensation que l’on éprouve lorsque l’on est confronté à une situation à laquelle on ne croit pas pouvoir faire face correctement. Il provoque un sentiment de malaise. C’est comme un réflexe de l’organisme qui agit contre les agressions extérieures. Cela va déclencher un ensemble de réactions nerveuses et hormonales.

Le stress peut permettre une mobilisation des forces physiques et mentales. Par exemple, l'élévation du rythme cardiaque et respiratoire (dû notamment à une décharge d'adrénaline) permet de mieux oxygéner les muscles ; c'est une réaction animale (préparation à la fuite ou au combat face à un danger). Mais il peut aussi faire perdre les moyens et nuire à l'action ; il s'agit probablement d'une autre réaction animale (camouflage impliquant l'immobilité).

Mais cette situation épuise l'organisme. Une situation prolongée de stress entraîne une fatigue et favorise l'apparition de maladies, notamment cardio-vasculaires ; le stress au travail est une des premières cause d'arrêt-maladie (surmenage, on parle parfois de burnout ou syndrome d'épuisement professionnel pour désigner une usure extrême au travail).

 Stress et "burnout"

Pour aborder une énigme (puzzle), s'éloigner pour mieux percevoir en évitant la forêt masquée par l'arbre, relier pour mieux comprendre et situer pour mieux agir. Le "burnout" est un surmenage physique, épuisement professionnel ou autre, dont les répercussions psychiques manifestent un désordre "somato-psychique", alors que le stress est une angoisse d'inadaptation ou autre dont les répercussions physiques manifestent un désordre endocrinien "psycho-somatique". Le premier, de physique, arrive au psychique et le deuxième prend son origine psychique pour déboucher sur le physique.

Le phénomène "somato-psychique" est moins populaire que le phénomène "psycho-somatique" véhiculé par la psychanalyse, dès son origine freudien.

 Le traitement de l’information, l’approche cognitive du stress

Lazarus (1984) est un des leaders de l’explication psychologique, il est le premier à montrer que le stress ne peut être envisagé par un simple lien de cause à effet du type « stresseur => stress » mais qu’il y a un phénomène perceptif dynamique et individuel qui est plus important que l’agent provoquant le stress lui-même. Selye a d’ailleurs bien compris les manques de sa théorie à ce niveau en disant à la fin de sa vie : « le stress, ça n’existe pas, c’est une abstraction ». Par cette phrase, il tend à souligner que l’agent stressant n’est pas celui objectivé dans la nature, mais plutôt celui qui est perçu par l’individu. L’individu n’est donc pas passif, il va rechercher activement des informations en donnant du sens à ce qui l’entoure, en privilégiant certaines informations provenant de l’environnement, tout en en oubliant d’autres. C’est ainsi qu’après des années d’études du stress à partir d’un pôle uniquement biologique, l’explication psychologique fait surface pour améliorer les manques de la précédente.

Le traitement de l’information est constitué de plusieurs variables, comme on a pu le voir précédemment : l’individualité, le contexte ou encore l’approche socioculturelle de tel ou tel événement.

Pour faire court, on peut dire que le stress ici est « un état psychologique issu de la perception d’un déséquilibre entre les attentes perçues et l’autoévaluation de ses propres capacités à rencontrer les exigences de la tâches ». Cette définition de Jacques Larue (sous la direction de Le Scanff et Bertsch, 1995) montre que le stress est ressenti par l’individu lorsque ce dernier ne se sent pas à la hauteur des demandes qu’il perçoit. Cette définition n’introduit cependant pas toute la dimension quantitative du stress, dimension modulée au niveau d’un traitement de l’information très complexe dont nous allons essayer d’en comprendre au mieux les fondements.

Lorsqu’un individu est soumis à une demande environnementale, ce dernier procède, souvent de manière inconsciente, à une évaluation cognitive (cognitive appraisal). Lazarus et Folkman (1984) distinguent deux sortes d’évaluation. Il y a d’abords l’évaluation de la situation même. Cette première évaluation (primary appraisal) se fait à partir de caractéristiques personnelles appelées ressources ainsi qu’à partir de la perception de certains facteurs environnementaux. Cette évaluation est une première ébauche de la situation telle qu’elle est perçue par l’individu. En second lieu, une seconde évaluation (secondary appraisal) est faite par l’individu, elle consiste en l’estimation de ses propres capacités à faire face à la demande. Cette estimation se fait sur la base de différentes simulations internes pour « faire face » (coping) au mieux à la demande. Après le choix d’une stratégie, l’individu peut réévaluer la situation une nouvelle fois. L’approche de Lazarus et Folkman inclut donc une dynamique cyclique en intégrant un feed-back permettant au sujet de savoir si sa stratégie est efficace. Ce concept est intéressant dans la mesure où dès le moment où le sujet se croit capable de contrôler ou s’accoutumer à la situation qui demande adaptation, alors cette dernière perd son effet perturbateur sur l’organisme.

On constate que le traitement de l’information dans le cas d’une situation stressante découle de plusieurs variables. Nous allons les expliquer brièvement.

 Le stress et les ressources personnelles

Les ressources personnelles contribuent à faire en sorte que chaque individu réagisse différemment au stress. En s’appuyant entre autres sur Dorhenwend et Dorhenwend (1974. In Paulhan et Bourgeois, 1991, p.34), on peut dire que les ressources personnelles pour faire face à une situation de crise, sont multiples. Citons-en quelques unes :

  • Les seuils de perceptions psychologiques et biologiques ;

  • l’intelligence, qui peut favoriser une évaluation plus approfondie autant de la situation que de ses propres capacité à y répondre ;

  • Les types de personnalité notamment entrevus dans les observations de Matthews et al. (1982. In Spencer, 2000) ainsi que Holmes et Will (1985. In Spencer, 2000). Ces auteurs montrent qu’il existe plusieurs types de comportement ayant des buts d’existence fondamentalement différents. Ainsi un comportement de type A serait caractérisé par un sentiment d’urgence, de compétitivité et d’hostilité, alors qu’un comportement de type B serait plutôt la recherche du temps libre, du plaisir, de la réalisation de soi, etc. Ces types de comportement seraient responsables d’une évaluation différente de la situation et de ses capacités individuelles. Le taux de stress serait alors changé. D’autres pans de personnalité auraient en outre aussi une influence sur la réaction de stress, comme c’est le cas avec l’extraversion ou l’introversion (Dennebaker et Susman, 1986. Dennebaker et O’Heron, 1984. In Spencer, 2000)), où les personnes ne pouvant parler de leurs problèmes sont plus victimes de maladies ;

  • l’état psychologique-physiologique (cognitif et émotionnel), qui interfère énormément dans l’évaluation autant de la situation que de sa propre personne. Ainsi une personne déprimée sera bien moins à même de faire une double évaluation en sa faveur ;

  • l’expérience passée, puissant modulateur de stress qui permet autant de relativiser que de dramatiser la situation présente;

  • Les croyances, dont des croyances irrationnelles (Albert Ellis, 1977, 1985, 1987. In Spencer. 2000) qui sont des « ouvertures à la détresse », parce que créant un stress supplémentaire. Ces croyances sont du type : « tout le monde devrait m’aimer », ou encore « je devrais être le meilleur au moins dans un domaine », etc. D’autres formes de croyance peuvent aussi moduler notre stress, comme le fait de croire en Dieu, en la Science, en l’Amour, etc. Ces croyances nous aident à supporter les aléas de l’existence, ils fixent une base solide sur laquelle reposer dans un environnement en perpétuel mouvement.

  • Le lieu de contrôle ou « locus of control » est un sentiment caractéristique différent chez chacun et relatif à la croyance irrationnelle de maîtriser (ldc interne) ou non (ldc externe) son existence. Il paraît bien évident qu’un lieu de contrôle interne est un puissant modérateur de stress, tandis qu’un lcd externe favorise une réaction de stress exacerbée. En outre, les individus disposant d’un lcd interne avec un haut degré d’attente d’efficacité sont encore moins sujets au stress que ceux qui n’ont guère confiance en eux.

  • Le sens de l’humour, prédisposant celui qui en a une meilleure résistance aux situations stressantes.

  • etc.

Les ressources personnelles sont donc, comme on peut le voir, multiples. Ces ressources sont toutes plus ou moins différentes pour chaque individu et il se peut aussi que certaines ressources soient partagées plus que d’autres. Pourtant, si l’on dressait le profil psychologique des ressources de chacun, il y a de fortes chances pour que chaque individu soit différent des autres. Cette différence pourrait être une explication de la diversité des réponses en situation stressante.

 Le stress et les facteurs environnementaux

Certains facteurs environnementaux sont pris en compte par l’individu, d’autres non. Un autre individu pourrait tout à fait s’appuyer sur d’autres indices situationnels pour donner sens à ce qu’il perçoit. En fait, tout dépend de ce qui est prégnant pour lui. Ce qui fait sens pour l’individu dépend de ses propres ressources personnelles.

Les caractéristiques de la situation, le soutien social perçu, les influences socioculturelles, l’âge, le niveau socioculturel, la profession, etc. peuvent être des classes d’indices utiles à l’individu pour son évaluation de la situation.

Certains facteurs environnementaux servent d’indices presque chaque fois qu’ils sont présents dans la situation qui demande adaptation, et ceci par presque tous les individus. C’est notamment le cas de la prévisibilité et de l’habituation :

La prévisibilité permettrait de réduire les effets du stress comme a tenté de le prouver Weiss (1972) avec son expérience sur des rats. Dans cette expérience la variable indépendante était la possibilité ou non de prévoir une décharge grâce à un signal lumineux puis d’appuyer sur un bouton pour arrêter cette décharge. La variable dépendant était la grosseur moyenne des ulcères et il fut évident que les rats les plus touchés par des lésions stomacales étaient ceux qui n’avaient pas été avertis à l’avance. Cependant, d’autres études (Laborit) ont pu montrer que le fait d’être averti d’un danger et de ne pas pouvoir agir sur lui était encore pire que le fait de ne pas pouvoir agir sans être averti. Ainsi la prévisibilité est un modérateur de stress pour autant que l’organisme se sente en mesure de contrôler l’agent stresseur.

L’habituation, modérateur du stress, est un « terme désignant la diminution progressive et la disparition d’une réponse normalement provoquée par un stimulus lorsque ce dernier est répété. [..]. Le terme d’habituation s’emploie pour une réponse inconditionnelle non apprise, telle que la réaction d’orientation observée lorsqu’un stimulus nouveau apparaît dans le champ perceptif » (Richard, 2002). Ainsi dans l’exemple d’un stress, la chronicité de celui-ci désensibilise en partie l’organisme, ce qui permet une approche moins stressante de l’agent provoquant le stress.

En conclusion, on peut donc dire que certains indices environnementaux sont utilisés par tout le monde dès que c’est possible, tandis que d’autres seraient en fonction d’un consensus moins largement partagé et dépendent par exemple de la culture, de la profession, d’une certaine croyance, etc.

 La théorie de la motivation

Découlant principalement d’auteurs tels que Dewey, Toynbee, Cohen (1980. In Daillard, 2002) ou encore Low et McGrath (1971. In Daillard 2002), cette théorie stipule que la perception d’une situation stressante est un puissant stimulant et conduit toujours à une motivation supplémentaire. Par là même, la performance est améliorée. Ici, le stress est vécu comme un défi que l’individu se fait un honneur de surmonter. Au contraire, un manque de stress conduirait à une motivation diminuée.

Cette théorie nous paraît de premier abord très simpliste lorsqu’on parle du lien qu’il y a entre le stress et la performance de l’adaptation. En effet, un stress provoquant un supplément de motivation peut tout à fait être observé chez des individus ayant un comportement de type A qui se complaisent dans l’urgence. Cependant, qu'en est-il des individus ayant des comportements de type B et qui ne sont en aucun cas motivés intrinsèquement par des conditions stressantes pour effectuer une performance ? Il semble bien clair que cela ne soit pas le cas.

En outre, le lien stress donc motivation supplémentaire ne fonctionne que si l’individu a un haut degré d’attente d’efficacité (voir « traitement de l’information ») qui le motive intrinsèquement à performer au maximum de ses capacités.

La théorie de la motivation, malgré une validité douteuse, nous fait cependant remarquer que la réponse de stress n’est pas le seul facteur influençant la performance. Dès lors, si l’on veut étudier le lien entre le stress et la performance adaptative, il faut avant tout trouver les autres variables influencants elles aussi la performance. De cette manière, ces autres variables ne constitueront plus des variables parasites si elles sont prises en compte.

La motivation pourrait donc être un des multiples facteurs entrant en interaction avec le stress et déterminant la performance. Pour des raisons de scientificité, les chercheurs ont souvent substitué le terme « effort » à celui de « motivation », ce premier étant observable et objectif par la quantité d’énergie dépensée par l’organisme, mais dépendant directement de la motivation.

La théorie de l’attente de Vroom (1964) stipule que l’effort consacré à une tâche est fonction de trois variables.

Il y a premièrement « l’attente » qui est la conviction qu’un effort d’une certaine intensité entraînera une certaine performance. Le sujet peut penser qu’il n’y a pas ou peu de relation entre son effort et la performance qu’il obtient. Son attente serait alors faible ou nulle.

Deuxièmement, « l’instrumentalité » qui est la perception des chances d’obtenir la récompense escomptée si la tâche est réalisée.

Et pour finir, la « valence » qui correspond à l’importance que le sujet donne à la récompense obtenue en cas de réussite.

Cette théorie, en décortiquant les raisons motivationnelles qui poussent un individu à fournir un certain effort, sous-entend aussi que les sources de stress inhibant la performance peuvent être multiples dans ce processus.

Tout d’abord avec l’attente : comme on vient de le voir, le sujet peut penser qu’il n’y a que peu de rapport entre son effort et sa performance. Dans ce cas, il a un degré d’attente bas. Pour nous, ce dernier correspond à un manque d’attente d’efficacité tel que nous l’avons défini dans l’approche cognitive du stress. Or nous avons vu que ce degré d’attente d’efficacité était un puissant modérateur de stress. Bandura (1985. In Spencer, 2000) a pu le prouver en démontrant que lorsqu’une personne se trouve en présence d’objets qui lui font peur, un haut degré d’attente d’efficacité est accompagné d’un faible taux d’adrénaline et de noradrénaline dans le sang. Bandura n’est pas le seul chercheur à avoir pu montrer cet état de fait, d’autres chercheurs, s’intéressant notamment aux compétitions sportives, ont pu le montrer aussi.

Le « degré d’attente d’efficacité » ou « attente » est donc une variable qui module tout à la fois le stress et la motivation. Ainsi, du moment qu’une performance est entre autre fonction de ces deux variables, le degré d’attente d’efficacité est doublement bénéfique.

Pour l’instrumentalité se pose le problème de l’incertitude, c’est-à-dire lorsque le sujet n’est pas en mesure de savoir ses chances de réussite lors d’une tache accomplie au mieux. Là aussi, ce facteur est constitutif en même temps de la motivation ainsi que de la réaction de stress. En effet, si l’incertitude provoque la démotivation, elle est aussi à la base d’une réaction de stress exacerbée. Cela peut être expliqué simplement : nous avons vu précédemment qu’un lieu de contrôle interne était capable de modifier fortement le stress. En effet, les individus pensant que tout sur terre est fondé sur le principe méritocratique- à chaque peine, son mérite et sa récompense- sont moins à même d’éprouver du stress que les gens comprenant que la principe méritocratique n’est pas entièrement vrai et qu’il réside une grande part d’incertitude dans la réussite de nos actions.

L’incertitude, entrevue dans un lieu de contrôle externe, est donc un facteur constitutif du stress et de la motivation, tout comme le degré d’attente d’efficacité.

Pour finir, la valence, c’est-à-dire l’importance accordée à la récompense, peut elle aussi conduire a un stress supplémentaire. En effet, que dire d’un individu qui désire fortement un résultat (valence haute) tout en ne pensant pas disposer des ressources nécessaires à la réussite de ce résultat ? Ce type d'individu sera clairement soumis à une forte dose de stress.

On voit donc que les variables constitutives de la motivation sont aussi toutes présentes dans l’explication de la réaction de stress. En outre, selon la théorie de la motivation de Vroom et la définition du stress que nous avons donné auparavant, stress et motivation sont fortement corrélés: la démotivation est synonyme de stress dysfonctionnel et conduit à une performance dégradée, tandis que la motivation est synonyme de stress fonctionnel et conduit à une performance améliorée.

La théorie de l’attente de Vroom est donc complètement en accord avec la théorie de la motivation. Cependant, le pôle motivationnel du stress, bien que présent, n’est pas le seul, et ce dernier est plus que le découlant automatique et unique de la motivation. Fort de ce propos, nous allons continuer sur une théorie complètement différente qui pense que le stress est contreproductif.

  Les stratégies de coping et stratégies d’ajustement

Le mot « coping » vient du verbe anglais « to cope with » dont il faut retenir la signification de « faire face à ». Selon Lazarus (1984), les capacités à « faire face » ou « coping » correspondent à l’ensemble des pensées et des actes développés par le sujet pour résoudre les problèmes auxquels il est confronté et ainsi de réduire le stress qu’ils engendrent, le coping vise donc la minimisation du lien stress-détresse. Le coping est toujours présent lorsque l’individu a perçu une demande d’adaptation et comprend beaucoup de processus autant conscients qu’inconscients.

Au niveau inconscient, nous pouvons citer les mécanismes de défenses observés par Freud comme le déni, le déplacement, l’agressivité objectale, l’intellectualisation, etc.

Les processus de coping conscients sont soumis aux lois de l’apprentissage, on les appelle alors les stratégies d’ajustement au problème. Ces stratégies sont constituées de trois grandes classes : les stratégies d’ajustement axées sur le problème, axées sur les émotions et pour finir sur l’hygiène de vie (Spencer, 2000).

Les stratégies d’adaptation axées sur le problème visent toutes la diminution ou l’élimination du stress par un acte cognitif et comportemental en agissant directement sur la source de stress. L’attaque, l’évitement, les techniques de résolution de problèmes sont toutes des stratégies axées sur la résolution du problème. Des fois cependant, le problème ne peut être changé et il faut s’en accoutumer tant bien que mal. Les stratégies d’adaptation axées sur les émotions peuvent rendre alors un grand service à l’individu. Elles correspondent à une stratégie cognitive et émotionnelle qui permet de diminuer, voire d’éliminer le stress en percevant la source de stress différemment. La relaxation sous ses diverses formes (training autogène, Jakobson-Wolpe, sophrologie, Yoga, méditation, oraison, etc), l’humour, l’expression des émotions, la comparaison sociale, sont des stratégies d’adaptation axées sur l’émotion. Pour finir, les stratégies d’adaptation axées sur l’hygiène de vie favorisent la prévention à la guérison. En pleine forme l’individu sera plus à même de supporter les demandes environnementales.

  Une approche cognitivo-biologique du stress et sa fonction dans l’adaptation

L’explication biologique ne nous a paru pas suffisante pour expliquer un concept aussi complexe que le stress. En effet, comme nous l’avons vu, une telle explication n’inclut à aucun moment le psychisme de l’organisme qui perçoit la situation selon certains cadres de pensée ; dans l’explication biologique du stress la réaction de stress est directement liée à une situation provoquant la stress, cette dernière tenant lieu de référant objectif vis-à-vis du stress ressenti.

Cependant, comme on peut le constater par la suite même avec des procédés aussi simples évolutivement parlant que l’habituation, la réaction de stress est toujours fonction d’une demande perçue par l’organisme, et non en fonction de la demande objective elle-même. Cette position est en accord avec la pensée cognitiviste qui pense qu’entre la situation réelle et la réaction de stress, il y a tout un traitement de l’information, fondamentalement différent chez chacun, et qui serait capable de moduler le stress ressenti.

Une autre limite de l’explication biologique a déjà en outre été mentionnée, c’est le concept de non spécificité de la réaction de stress ; c’est une réponse innée et stéréotypée qui se déclenche d’elle-même dès que l’homéostasie est perturbée. Ainsi peu importe que l’agent stressant soit d’origine physique ou psychique, interne ou externe, objectif ou subjectif, plaisant ou déplaisant, la réponse non spécifique sera toujours la même. Si l’on se souvient nous avions remis en doute cette non spécificité de la réaction de stress pour deux raisons principales.

Premièrement le lien entre hypothalamus et cortex en plus du système limbique laisse présager que ce n’est pas seulement la quantité d’adaptation demandée (par le biais des émotions) qui est transmise à l’hypothalamus, mais aussi la qualité de cette adaptation par une perception provenant du cortex.

En deuxième lieu, plusieurs auteurs nuancent les travaux de Selye, et mettent en évidence des patterns de réponses au stress présentants des différences. Par exemple, Cox & Cox (1985. In Rivollier, sous la direction de Le Scanff et Bertsch, 1995) observent des différences de réponse sécrétrices d'adrénaline et de noradrénaline à diverses situations de stress. Ils montrent également une sensibilité de sécrétion en fonction des caractéristiques du travail telles que le mode de rémunération et la cadence de travail. La conclusion de cette étude est que l'activation de noradrénaline est en relation avec l'activité physique, les contraintes psychologiques et les frustrations engendrées par les types de tâches, alors que l'activation d'adrénaline est liée au sentiment d'effort et de stress.

Au niveau de l’explication physiologique, les conclusions de Cox et Cox sont très intéressantes. En effet, noradrénaline et adrénaline, bien qu’ayant la même fonction durant la phase d’alarme, n’ont pas le même potentiel de transmission de l’information : l’action de l’adrénaline est une forme atténuée de l’action noradrénergique. Ceci s’explique par une moins grande sensibilité des récepteurs noradrénergique alpha pour l’adrénaline. Ainsi, l’hypothèse que l’on peut faire ici est que le fait que la médullosurrénale diminue la production de noradrénaline au profit de l’adrénaline, pourrait conduire à une phase d’alarme diminuée avec les avantages que cela peut apporter dans certaines situations.

Non spécificité de la réponse et objectivisme « contre-phénoménologique », sont donc les deux grandes critiques que l’on peut faire à l’explication biologique et surtout l’explication de Hans Selye.

La position cognitiviste quant à elle, n’a pas eu le même genre de problèmes. Elle a eu cependant de la peine à relier le psychisme aux points forts de l’explication biologique et c’est ainsi que l’on a pu voir des définitions du stress excluants le pôle physiologique du stress, comme c’est le cas avec la position de Jacques Larue (sous la direction de Le Scanff et Bertsch, 1995) : « un état psychologique issu de la perception d’un déséquilibre entre les attentes perçues et l’autoévaluation de ses propres capacités à rencontrer les exigences de la tâches ».

Mais le stress, c’est aussi un état physiologique comme peuvent nous le montrer de multiples exemples de la vie quotidienne. D’ailleurs des auteurs tels que Selye ont pu montrer l’impact du stress sur le corps avec les maladies dites « de l’adaptation ». De ce fait, on ne peut rayer le pôle biologique du stress et l’on se doit de l’intégrer à une définition englobante.

Si l’on regarde la littérature sur le stress, il y a eu relativement peu d’essais entrepris pour relier précisément les deux explications. Nous allons essayer d’en donner une comme hypothèse et qui rassemble ce que l’on a vu depuis le début de ce travail :

Tout commence par la perception de la situation constituée d’un traitement cognitif et émotionnel de l’information. Ce traitement de l’information est constamment remis à jour.

Le pôle émotionnel du traitement de l’information est en relation avec l’activation de la réaction de stress physiologique comme a pu le montrer Cannon en observant qu’une émotion déclenchait la sécrétion de catécholamines, provoquant ainsi la réponse immédiate du syndrome général d’adaptation. Au niveau physiologique, l’émotion pourrait transmettre comme information à l’hypothalamus, la quantité d’ajustement (adaptation) à fournir.

Le pôle cognitif du traitement de l’information pourrait transmettre des informations à l’hypothalamus sur la nature de la situation perçue. Ce renseignement pourrait permettre par la suite une plasticité de la réponse de stress en fonction de la situation.

Sans pour autant rentrer plus en avant dans les détails physiologiques- cela prendrait trop de temps- l’apport principal de ce schéma est qu’il lie d’une manière directe le traitement de l’information, cognitif et émotionnel, à la réaction physiologique de stress. Réaction qu’il considère comme spécifique. Pour ces deux raisons, le schéma s’écarte de la définition du stress faire par Selye.

On a vu précédemment les avantages d’une réponse spécifique de stress : le fait que la médullosurrénale diminue la production de noradrénaline au profit de l’adrénaline, pourrait conduire à une phase d’alarme moins violente. Ainsi la perception de certaines situations pourrait conduire à une phase d’alarme moins violente.

Affinement du lien entre le stress et l'adaptation

Nous avons tenté jusqu’à présent de donner une définition globale du stress comme une réaction psychique et physiologique résultant de la perception d’une attente de l’environnement, cette attente demandant un effort d’adaptation. À partir de cette définition, nous avons tenté de donner les conclusions directes de l’implication de la réaction de stress dans l’adaptation. La plus importante de ces conclusions était de dire que la perception de l’individu tenait une place centrale dans le déclenchement physiologique d’une réaction de stress. En allant plus loin, nous avons suspecté que les effets du stress sur la performance étaient en partie le résultat de modifications au niveau du traitement de l’information.

Empiriquement parlant, nous avons pu justifier cette position en montrant qu’il existait des modulateurs psychologiques de stress (voir plus haut « le traitement de l’information »), modulateurs qui avaient l’air d’avoir une influence sur la réaction de stress, et par la même sur la performance.

Certaines théories, plus ou moins d’actualité, évoquant le lien entre le stress et l’adaptation pourraient être mentionnées ici ; les théories de la motivation, de l’interférence ou encore de la combinaison font partie de celles-là. Ces diverses pensées, si elles ne sont pas toujours validées en totalité par la Recherche actuelle, ont néanmoins le mérite d’ouvrir le débat sur de nouveaux facteurs influencés et influençant le stress ainsi que la performance adaptative.

 

Stress et performance adaptative

Il semble que la circularité des concepts de stress et de performance adaptative soit en partie la raison d’un manque de précision en ce qui concerne le concept de performance de l’adaptation :

Ce concept de performance de l’adaptation est si englobant que nous pouvons le retrouver dans toutes les situations de la vie et dans n’importe quelle action de l’individu ; être performant signifie parfois être rapide, d’autres fois être intelligent, d’autres fois encore savoir s’arrêter à temps, etc. À partir de cela, discourir sur le lien entre stress et performance adaptative paraît être une démarche illusoire car beaucoup trop globale et complexe. En fait, il paraît difficile de vouloir tirer un lien général entre stress et performance à partir d’une multitude de situations aussi différentes les unes que les autres.

Hockey a pu montrer dans cette optique que la performance demandée était différente selon la situation. De même, il a pu montrer que le lien entre le stress et des performances spécifiques n’était pas toujours le même.

Le stress n’a pas la même influence sur les performances de vigilance, d’attention de vitesse et de précision. Inutile donc de dire qu’un lien général entre stress et performance est illusoire.

De plus, Hockey nous rend attentif avec son expérience que la provenance du stress influe aussi sur la performance. Ainsi une situation stressante de bruit n’aura pas le même effet sur la vigilance qu’un excès de travail.

Hockey nous montre donc qu’il existe différents stress spécifiques, de même que des performances spécifiques et qu’il est illusoire de vouloir trouver un lien général entre stress et performance.

Dans l’optique de Hockey, nous aurions donc dû préciser une situation précise avec la définition des performances demandées spécifiques. De même, le genre de stress auquel l’individu était soumis aurait dû être précisé. À partir de là, nous aurions été en mesure de déterminer la relation exacte d’une situation spécifique de stress sur certaines performances elles-mêmes spécifiques.

Mais la spécificité des concepts de stress et de performance n’est pas la seule raison qui empêche de trouver une relation entre eux deux ; au niveau de la Recherche il existe aussi plusieurs problèmes qui empêchent la découverte de liens stables entre stress et performance adaptative.

L’expérimentation ne peut pas par exemple vérifier la quantité de stress ressentie par l’individu puisqu’elle n’influe que sur la situation expérimentale elle-même. En effet, selon l’approche cognitiviste, toute la dimension perceptive de chacun ne peut être contrôlée expérimentalement. De plus cette perception sera différente pour chacun ce qui fait qu’à situation expérimentale égale, les gens ne seront pas stressés de la même manière.

En outre, la condition expérimentale, par mesure éthique, ne peut normalement se permettre de pousser l’individu dans ses plus profonds retranchements et de créer chez lui un stress. En effet, créer de la souffrance chez quelqu’un n’est moralement pas acceptable. Inutile donc de dire que l’étude du stress se doit de marcher sur des œufs et ne peut faire n’importe quoi.

Pour finir, le stress étant un concept très à la mode depuis Selye, chaque individu à une conception spéciale de ce qu’est le stress et de sa relation avec la performance. On a vu en effet au début de ce travail que les individus pensaient pour la plupart que le stress était un élément perturbateur dans l’amélioration de leur performance. À partir de là, des théories implicites peuvent apparaître et biaiser les résultats d’expériences étudiants le stress et la performance adaptative.

Ainsi, la relation entre le stress et performance adaptative est difficile à étudier par le simple fait que les concepts sont trop globaux, qu’ils sont éthiquement compliqués à étudier, qu’ils sont pris en compte dans des théories implicites et plus généralement perçus différemment par chacun. À partir de là, il semble illusoire de construire une théorie du stress et de l’adaptation. Cependant, la voie de Hockey pourrait constituer une voie possible en fractionnant les concepts. En effet, elle permettrait une approche beaucoup plus fine des différents stress et performances. De plus, elle éviterait mieux les écueils de théories implicites.

 

La théorie de l’interférence

Cette pensée stipule que le stress est contre-performant par le fait qu’il demande du temps et de l’énergie pour lutter contre le stress par le biais des stratégies de coping. De cette manière, cette même énergie et temps ne sont pas utilisés pour résoudre la demande perçue par l’organisme (Daillard, 2002).

Si cette théorie de l’interférence paraît de premier abord douteuse, elle introduit tout de même la notion d’énergie. Cette énergie, limitée, ne peut être en aucun cas utilisée partout et en même temps. Le choix de l’organisme pour mettre en place une stratégie de coping va de ce fait favoriser la contre-performance.

Cette notion d’énergie, bien que présente sous une autre forme, est un concept qui est déjà présent dans l’approche biologique du stress. En effet si l’on se souvient, le corps durant la phase de résistance était beaucoup plus endurant face au stimulus aversif, tout en étant beaucoup plus vulnérable à une nouvelle phase d’alarme. Nous verrons plus tard avec le modèle de Sanders (1983) que l’énergie disponible ou manquante pourrait avoir un effet sur la performance adaptative.

La théorie de la combinaison

La brique centrale de cette théorie est constituée de la loi de Yerkes et Dodson (1908). Ces deux chercheurs ont été les premiers à décrire la relation quadratique entre le niveau d’activation et la performance dans une tâche d’apprentissage.

L’étude de Yerkes et Dodson portait sur des souris soumises à des chocs électriques d’intensité variable sur chaque erreur discriminative visuelle. Les résultats montrèrent une moins bonne performance de rétention pour des chocs électrique de faible ou forte intensité, les meilleures performances des souris étant obtenues par des chocs d’intensité moyenne.

Cette relation dite en « U inversé » qui prédit que la performance la meilleure sera atteinte par un niveau d’activation moyen, a été plus ou moins bien commentée par maintes recherches qui tentaient d’expliquer ce phénomène contre-intuitif. Ainsi certains chercheurs ont expliqué la relation en U inversé par un changement de stratégies cognitives (Tyler et Tucker, 1982 In Jean Rivollier. Sous la direction de Le Scanff et Bertsch, 1995) par le rétrécissement du champ attentionnel (Easterbrook, 1959. In Jean Rivollier. Sous la direction de Le Scanff et Bertsch, 1995), etc.

Une des meilleures explications fournies pour expliquer la loi de Yerkes et Dodson a été donnée avec la théorie de l’éveil de Scott (1966. In Daillard 2002). Cette théorie pense que le niveau d’éveil du cerveau détermine le degré d’attention face à un stimulus. Ainsi l’éveil jouerait un rôle très important dans le traitement de l’information et par là même dans la performance. De la même manière que la loi de Yerkes et Dodson qui évolue de manière quadratique, la théorie de l’éveil pense que seul un éveil moyen permet une performance accrue. En revanche, un éveil faible ou fort conduirait à une performance amoindrie.

Cette théorie de l’éveil peut paraître assez abstraite et contre intuitive. Elle est basée cependant sur des études solides telles que celle de Wilkinson (1963) qui a pu observer une relation quadratique entre l’interaction du bruit et du manque de sommeil, et l’efficacité-précision de temps de réaction.

Les résultats de cette recherche sont étonnants : le bruit, élément souvent considéré comme stressant peut être autant bénéfique que perturbant selon la fatigue du sujet. Pour le dire autrement, un sujet en forme et en présence de bruit est moins performant que s’il était dans un environnement silencieux. Par contre un sujet fatigué et en condition de bruit environnemental sera beaucoup plus performant que s’il était dans un environnement silencieux ! Cette expérience corrobore merveilleusement la théorie de l’éveil de Wilkinson.

On a souvent vu la loi de Yerkes et Dodson se généraliser au stress et à la performance. Mais tout comme la motivation, on ne peut pas dire que seul l’éveil est constitutif du stress et de la performance de l’adaptation.

Le modèle énergético-cognitif du stress et de la performance de Sanders (1983)

Le modèle énergético-cognitif du stress et de la performance de Sanders (1983. In Davranche. 2003) présente les étapes et mécanismes du traitement de l’information et a cet avantage qu’il prend en compte l’effet de l’effort (dû à la motivation, c.f. la théorie de la motivation) et de l’éveil (c.f. Wilkinson). En outre, le concept d’énergie (c.f. la théorie de l’interférence) est repris.

Le modèle de Sanders (1983) est le résultat d’un conglomérat de deux approches du traitement de l’information. La première est l’approche computationnelle qui pense que la performance dépend de la qualité du traitement de l’information, traitement effectué par une succession de stades opérants des transformations de représentation (Sternberg, 1969. In Davranche). Dans cette optique, Sanders crée le « modèle sériel discret » (1980), modèle qui sera à la base de celui de 1983.

Le modèle sériel discret pense que le traitement de l’information est constitué de 4 étapes :

  1. À partir d’un stimulus de départ, le cerveau effectue un prétraitement de l’information. À ce stade, c’est l’intensité du stimulus perçu qui est dégagée ;

  2. La deuxième phase du traitement de l’information correspond à l’extraction des caractéristiques (qualités) du signal ;

  3. Une troisième phase qui va consister dans le choix de la réponse en fonction du stimulus ;

  4. La dernière phase est un ajustement moteur face à une incertitude temporelle.

La deuxième approche adoptée par le modèle de Sanders (1983) est l’approche énergétique qui pense que la performance doit être expliquée en terme de quantité de ressources allouées à une tâche.

A ce niveau Sanders reprend les trois mécanismes énergétiques de Mcguiness et Pribram (1980. In Davranche, 2003) :

  • a) l’éveil (mécanisme de base sous-tendu par le systèmes noradrénergique (Locus cœruleus) et sérotoninergique (noyaux du raphé)) est le mécanisme énergétique permettant d’extraire les caractéristiques du stimulus (qualité). L’éveil est plus ou moins activé selon l’intensité du stimulus extrait à partir du prétraitement de l’information. Ce prétraitement est activé lui-même par le stimulus. La fonction de l’éveil sur l’extraction des caractéristiques peut être utile lorsque le stimulus perçu est dégradé ou enfouit dans un brouhaha sensoriel. En effet, selon la pensée énergétique, il augmente les capacités de l’extraction.

  • b) L’activation (mécanisme de base sous-tendu par les systèmes dopaminergiques (Locus Niger pars compacta) et cholinergiques (Noyau de Meynert)) procure l’énergie nécessaire à l’exécution de la réponse (par les biais des muscles) et de sa préparation. De ce fait, on peut dire que l’activation détermine directement la performance.

  • c) L’effort (mécanisme supérieur sous-tendu par le système peptidergique (ACTH, Opioïdes)) qui coordonne l’éveil et l’activation afin que la qualité de la réponse corresponde à l’intention initiale voulue. Il peut également aider au choix d’une réponse si ce choix se fait à partir de plusieurs alternatives. Comme on l’a vu précédemment, l’effort est sous-tendu par la motivation de l’individu.

Pour que l’explication soit complète, un mécanisme d’évaluation est important pour juger du fonctionnement approprié de l’éveil et de l’activation. L’information utile à l’évaluateur provient de deux feed-back.

Le premier feed-back renseigne l’évaluateur sur l’état physiologique du système. Il provient directement de l’éveil et de l’activation et il permet de déclencher une action immédiate de l’effort en cas de déséquilibre entre ces deux mécanismes.

Le deuxième feed-back renseigne l’évaluateur sur la performance cognitive ou comportementale réalisée. Ce feed-back est comparé à la performance et à l’état, obtenu par cette dernière, voulus par l’individu. Il paraît vraisemblable que la performance idéale et l’état idéal voulus par l’individu sont changeants et dépendent de nouvelles informations sur le stimulus, de nouveau buts voulus, etc.

Lorsque le feed-back de la performance obtenue n’est pas jugé suffisante par l’évaluateur, ce dernier active un peu plus l’effort. Celui-ci quant à lui, active un peu plus l’éveil et l’activation puisqu’ils ne permettent pas d’assurer une performance suffisante.

Nous avons vu jusque là le traitement de l’information de Sanders sans y voir apparaître le stress. Nous y venons maintenant. Pour l’auteur de ce modèle, le stress correspond à une sensation subjective désagréable au niveau de l’évaluateur lorsqu'un déséquilibre énergétique ne peut être compensé par l’effort. À partir d’une telle définition, nous pouvons ressortir cinq causes principales de stress :

  1. il y a un déficit en éveil qui ne peut être compensé par un effort (ex : le sujet en privation de sommeil devant conduire sur l’autoroute de nuit) ;

  2. il y a un déficit en activation qui ne peut être compensé par un effort (ex : la maladie de Parkinson avec une dégénérescence précoce des neurones dopaminergiques et ralentissement des fonctions motrices) ;

  3. il y a une surstimulation du mécanisme de l’éveil qui ne peut être enrayée par un effort (ex : le sursaut dû à une simulation sonore) ;

  4. il y a une surstimulation de l’activation qui ne peut être enrayée par un effort (ex : schizophrénie souffrant d’une hyperactivité des systèmes dopaminergiques) ;

  5. l’effort investi dans une tâche ne peut résoudre le problème posé (ex : problème trop complexe par rapport à la motivation que l’on y prête).

Comme on peut le constater, Sanders a une vision très large de ce qu’est le stress. Nous pouvons en outre constater que l’effet de la loi de Yerkes et Dodson se fait ressentir, puisque le stress est autant dans la surstimulation que dans la sous stimulation.

On comprend aussi dans cette définition de Sanders qu’un effort puissant, provenant d’une motivation forte de l’individu, constitue une barrière protectrice à beaucoup de situations de stress. Un effort puissant permet une meilleure performance, d’où une meilleure adaptation au problème. A noter pour finir dans ce modèle que ce n’est pas vraiment le stress qui provoque un effet sur la performance, mais que c’est plutôt cette dernière dans un rapport « performance perçue / demande perçue » qui, parce qu’elle ne peut pas être améliorée tout en n’étant pas suffisante pour l’individu (demande perçue), fait ressentir un stress au niveau de l’évaluateur ! Cette conclusion pose le problème compliqué de la circularité de la relation stress-performance.

  Remise en cause de la linéarité de la relation entre le stress et la performance

L’approche cognitiviste face à l’approche biologique a aussi posé ce problème de la circularité des concepts de stress et de performance adaptative. En effet, on se souvient que la définition cognitiviste du stress était un état psychologique issu de la perception d’un déséquilibre entre les attentes perçues et l’autoévaluation de ses propres capacités à rencontrer les exigences de la tâche. Il nous apparaît maintenant très clair que cette définition inclut le fait que le rapport performance / demande influe sur le stress.

Dans le modèle cognitiviste du traitement de l’information la performance prise en compte par l’individu se situe à deux niveaux :

  1. premièrement, au niveau d’un feed-back vers le traitement de l’information directement après un comportement adaptatif. Ce feed-back exprimerait à l’évaluateur la nature et la quantité de la réponse à fournir encore. Ici, l’on se rapproche du modèle de Sanders où le stress serait dû à un rapport « performance perçue/Demande perçue » négatif.

  2. deuxièmement, et c’est là le génie de l’approche cognitiviste, le stress pourrait aussi être influencé par un rapport négatif entre la performance attendue et la demande perçue, où la performance attendue correspondrait à une évaluation de la performance future obtenue avec des stratégies de coping choisies dans le présent !

Pour résumer, le stress proviendrait du fait que l’on ne se sente pas à la hauteur de ce que l’on pense devoir faire pour être adapté. En outre, le fait que l’être humain puisse se représenter dans le temps à partir du présent pourrait faire en sorte qu’il ressente un stress dû à un événement qui n’est pas encore arrivé (c’est le stress vu au deuxième) ou d’un événement qui est déjà arrivé comme dans le stress post-traumatique.

D’un autre côté, le stress joue tout de même un rôle sur la performance de l’adaptation, preuve en est toutes les études biologiques du stress. Selye a pu montrer par exemple que la réaction de stress mettait l’organisme dans un état tel qu’il favorisait la lutte et la fuite qui sont des manières d’éviter une situation à laquelle on ne peut s’adapter. Or, éviter la situation à laquelle on ne peut s’adapter et réussir à le faire, signifie tout de même être adapté à son environnement.

Selye a pu de plus montrer que lorsque l’organisme ne pouvait éviter la demande d’adaptation qui lui était faite, alors ce dernier accroissait sa résistance à cette demande, ce qui montre encore le lien du stress avec la performance adaptative.

En conclusion, il semble impossible de supprimer la circularité de concepts tels que le stress et l’adaptation sans léser une des théories du stress. De plus, est-ce vraiment utile de supprimer cette circularité et pouvons-nous le faire ?

 

 

psymaroc.com©2008   Dr. EL KAHLOUN,  dernière mise à jour le 19 juin 2008| contact