PsyMaroc

 
 Actualités en bref  Formations
   
LES THÉORIES COGNITIVES

Les thérapies cognitives:

         Ont précédé l'éclosion de la psychologie cognitive

         Les psychothérapeutes « cognitivistes » ne disposaient pas au début de modèles théoriques fondés expérimentalement et se sont appuyé sur leurs propres travaux cliniques.

         Courant des années 70: référence  aux modèles théoriques que la psychologie cognitive forge sur la base d'expérimentations rigoureuses, Rapprochement au modèle comportementaliste

Contrairement aux thérapies comportementales qui s'appuyaient directement sur les principes théoriques de la psychologie de l'apprentissage, les thérapies cognitives de type sémantique d'une certaine manière précédé l'éclosion de la psychologie cognitive. Par exemple la thérapie rationnelle émotive de Ellis ou la thérapie cognitive de Beck voient leur naissance au tout début années 60 alors que c'est à la fin de cette même décennie que commence  à s'élaborer la psychologie cognitive sur des bases expérimentales  et qu'il faut compter plusieurs années avant que l'on puisse présenter un corpus théorique bien élaboré et structuré.

Ces psychothérapeutes « cognitivistes » ne disposent donc pas l'époque de modèles théoriques fondés expérimentalement et s‘appuient  sur leurs propres travaux cliniques. Remarquons qu'il s' agit souvent de psychiatres transfuges de la psychanalyse mais qui, déçus par celle-ci, sont attirés par l'étude des activités psychiques internes et non par les processus de conditionnement. Ils viennent  donc au cognitivisme par une voie originale tout à fait différente  de celle qui sera suivie par les psychologues expérimentaux.

Approche cognitive et modèle de traitement de l'information

Pour expliquer l'apprentissage, les cognitivistes s'attardent à étudier les mécanismes internes qui sont responsables de l'apprentissage et de la connaissance. Le modèle de référence des cognitivistes est issu de l'intelligence artificielle. En effet, les cognitivistes comparent le cerveau de l'homme à un ordinateur compliqué, alors que les béhavioristes ont pour modèle la psychologie animale. Ces derniers considèrent l'homme comme un pigeon compliqué (GAUTHIER et TARDIF, 1996). Le but des sciences cognitives est de comprendre et de reproduire les divers processus mentaux qui sont à la base de ces activités de traitement de l'information.

Les modèles cognitifs en psychopathologie reposent sur l'hypothèse d'une perturbation du traitement de l'information (Beck, 1979; Beck & Emery, 1985). Selon le modèle cognitif, trois types de structures interviennent au cours du traitement de l'information: les schémas cognitifs, les processus cognitifs et les événements cognitifs. Ces structures sont responsables de la sélection et du traitement des stimuli environnementaux et interagissent avec les émotions et le comportement.

-Les schémas cognitifs ou postulats silencieux, situés dans la mémoire à long terme, filtrent l'information en sélectionnant certains aspects de l'expérience vécue. Ce sont des règles inflexibles, des «postulats silencieux». Ces postulats sont souvent des contrats personnels qui se présentent en termes absolus, inflexibles, obligatoires, tyranniques, presque persécutifs.

Les cognitivistes parlent souvent de la mémoire à court et long terme et de son importance ainsi que des schémas mentaux, individuels à chacun. Il en est ainsi, car nos connaissances antérieures jouent un rôle fondamental dans l'apprentissage et cette mémoire contient de l'information sous forme de schémas de représentation. On ne retient jamais des connaissances de façon isolée, mais plutôt par «greffage» à des schémas déjà existants.

Le passage des schémas cognitifs (organisation de l’information structures profondes) vers les événements cognitifs (expression de l’information structures superficielles) se fait par l'intermédiaire des processus cognitifs.

-Les processus cognitifs sont des règles logiques de transformation de l'information. Beck (1963) a rassemblé les multiples distorsions cognitives relevées par Ellis en quelques thèmes généraux:

· l'inférence arbitraire consiste à tirer des conclusions sans preuve, sans tenir compte des faits;

· l'abstraction sélective consiste à se centrer sur un détail et perdre de vue l'ensemble;

· la sur-généralisation est l'extraction d'une règle à partir d'un événement puis son application à des événements qui ne sont pas semblables;

· l'amplification consiste à exagérer les implications d'une situation ou d'un comportement.

· la maximalisation et la minimalisation consistent à attribuer une plus grande valeur aux échecs ou aux événements négatifs et à dévaloriser les réussites et les situations heureuses;

· la personnalisation consiste à surestimer les relations entre les événements défavorables et l'individu.

A ces distorsions cognitives, Lazarus (1971) a ajouté:

·   les raisonnements dichotomiques: bon-mauvais, vrai-faux;

·  les raisonnements par sur-socialisation qui rendent le sujet incapable de réaliser l'arbitraire de certaines règles culturelles.

-Les événements cognitifs traduisent cliniquement les schémas et s'expriment sous la forme de pensées automatiques, de monologues intérieurs, d'auto-verbalisations ou d'images mentales. C'est à l'aide des schémas cognitifs construits par les apprenants que l'on arrive à assimiler de nouvelles notions. BRIEN définit (1994) le schéma comme une unité cognitive. GAUTHIER et TARDIF écrivent qu'«un schéma est une image mentale structurée à l'aide de laquelle l'esprit humain organise et gère ses connaissances, ses idées. Il peut prendre la forme d'une règle ou d'une procédure cognitive.»

Les thérapies cognitivo-comportementales reposent sur le postulat selon lequel le changement des croyances et des pensées peut modifier les émotions et les comportements inadaptés dont souffrait le sujet. Au cours d'une thérapie cognitive, le sujet apprendra à identifier, discuter, assouplir et modifier les pensées automatiques, les processus cognitifs et les postulats silencieux.

APPROCHES DÉVELOPPEMENTALES COGNITIVES

Jean Piaget, d'origine suisse, fit de la recherche en biologie et obtint son doctorat en sciences. Plus tard, il entama de longues recherches en psychologie de l'enfant sans aucun diplôme dans le domaine.

D'abord, Piaget se posait une question : «qu'est-ce que l'intelligence ?». De par ses études, il aborde cette question comme un phénomène de la nature pour appliquer des méthodes des sciences expérimentales. La question se posera comme suit : «Comment se construisent les connaissances ?».

Toute sa recherche se fait de manière épistémologique car il fait une analyse critique des processus fondamentaux de l'acquisiton des connaissances et sa méthode est génétique car il cherche à démontrer la compréhension et les processus intellectuels reliés à l'intelligence en décrivant les structures cognitives de l'organisme.

Donc, ce qui intéresse Piaget est tout l'aspect interne des associations cognitives...la construction des diverses formes internes d'activités cérébrales.

Selon Piaget, l'intelligence humaine se veut un système d'opérations vivantes qui s'adapte au milieu biologique. Et pour qu'il y ait apprentissage, on doit rétablir l'équilibre entre le milieu et l'organisme et c'est l'action qui établit cet équilibre. Piaget dit que les échanges constants entre le sujet et l'environnement sont de mise.

Les deux processus complémentaires d'un mécanisme unique sont les suivants selon la conception piagétienne : l'organisation et l'association. L'organisation appartient à la structure et l'adaptation à la fonction.

Pour Piaget la définition de connaître est la suivante : Construire une forme d'activités nouvelles, assimiler une structure d'action, bref, un «schème» selon l'expression de Piaget.

L'assimilation est définie comme suit : tout organisme vivant qui agit sur le milieu et lui impose une structure particulière.

L'accommodation : action inverse du milieu sur les structures organiques.

Schème : forme de comportements qui se structurent à l'intérieur de l'organisme.

(Louis DUBÉ, 1990)

En somme, le facteur principal de développement est l'équilibration qui passe par différents paliers de régulation dont les plus importants sont le sensori-moteur, le perceptif, le représentatif et l'opératoire.

Piaget a eu une très grande influence dans le développement des théories cognitives.

La théorie sur laquelle les travaux de Piaget reposent se distingue par le rôle capital qu'elle accorde au sujet et aux influences du milieu dans l'acquisition des connaissances. Plus particulièrement, l'approche piagétienne reconnaît la nécessité d'utiliser différentes expériences de manipulation d'objets, de procéder à des essais concrets et de faire réfléchir les enfants sur les résultats de leurs expériences ou sur les questions soulevées par celles-ci. (GOUPIL et LUSIGNAN, 1993)

Vygotski est un chercheur russe, au courant des travaux de Piaget. Il étudit le développement cognitif des enfants. Selon Gredler (1992) Piaget et Vigotsky ont quatre points en commun.

  1. L'établissement d'un cadre théorique pour l'étude des processus psychologiques ;

  2. L'identification de différentes structures psychologiques durant le développement ;

  3. L'analyse des processus psychologiques requis pour atteindre des niveaux plus élevés de développement ;

  4. L'affirmation que le développement psychologique ne procède pas par petits changements isolés.

(GOUPIL et LUSIGNAN, Apprentissage et enseignement en milieu scolaire, 1993)

Vygotski maintient qu'il doit y avoir une alliance entre la pensée et le langage. Selon ce qu'il avance, le langage serait un médiateur nécessaire dans le développement de la pensée. De plus, il prétend que si les enfants parlent à voix haute, c'est pour résoudre un problème et trouver une solution plus aisément. Le discours oral est donc pour Vygotski, un instrument de pensée dans la recherche et dans la planification d'une résolution d'un problème donné.

Par ailleurs, Vygotski a une vision contraire à Piaget en ce qui a trait au caractère du langage ; en effet, Il affirme que le langage a un caractère social et non égocentrique. Et plus tard, quand l'enfant devient adulte, ce même langage devient interne, donc silencieux.

Vygotski insiste également sur le rôle de la culture et de l'environnement social dans le développement de l'enfant. Les interactions que subit l'enfant, que ce soit avec ses parents, ses éducateurs, ses pairs, et autres, jouent un rôle de premier ordre dans le développement de l'intelligence et de l'affection de l'enfant.

De fait, la théorie de Vygotski met l'accent sur la coopération sociale. Cette façon de faire (la coopération) permet à l'enfant de développer plusieurs fonctions intellectuelles :

  • L'attention volontaire ;

  • La mémoire logique ;

  • L'abstraction ;

  • L'habileté à comparer et à différencier.

Nous pouvons affirmer que Vygotski est contre l'enseignement magistral.

Malheureusement, ce chercheur eut une courte vie. Il mourut à l'âge de 38 ans sans pour autant avoir terminé son oeuvre. Le plus grand ouvrage de Vygotski est : Tought and language. Il est l'un des auteurs les plus cités dans les travaux de recherche sur le langage écrit.

Pour Bruner, le processus éducatif nécessite une structure de connaissances en un tout cohérent, pour en faciliter l'encodage. De plus, Bruner accorde beaucoup d'importance au stade du développement intellectuel chez l'enfant : il faut respecter les étapes. Puis, il parle aussi du rôle de la motivation intrinsèque et de sa valeur.

De fait, Bruner a été inspiré par Piaget et il a mis sur pied trois modes de représentation des connaissances ( le mode actif, le mode symbolique et le mode iconique). Bruner affirme que pour qu'il y ait un réel apprentissage, l'élève doit participer à celui-ci. Selon lui, il existe deux modes d'enseignement :

1. Le mode fondé sur l'exposition (l'élève est auditeur) ;

2. Le mode fondé sur l'hypothétique (coopération entre l'élève et l'enseignant).

Selon la théorie de ce chercheur, l'acte d'apprendre comporte trois processus (LUSIGNAN ET GOUPIL, 1993) :

1. L'acquisition de la nouvelle information ;

2. La transformation de cette information ;

3. L'évaluation.

De plus, il préconnise quatre techniques pédagogiques :

1. L'emploi des contrastes ;

2. La formulation d'hypothèses ;

3. La participation (jeu) ;

4. L'éveil de la conscience de l'élève quant aux stratégies d'apprentissage.

En somme, l'apprentissage par la découverte ainsi que l'exploration et l'action chez l'élève sont l'essence même des théories de Bruner.

Ausubel a élaboré le premier modèle systématique de l'apprentissage cognitif appliqué à l'enseignement. L'important pour ce chercheur, ce sont les relations entre la structure cognitive, les intentions de l'élève, le matériel à acquérir et les modes de transmission de la connaissance ( GOUPIL ET LUSIGNAN, 1993)

Ausubel prétend que les connaissances antérieures déterminent la réussite de l'apprentissage et c'est donc le plus grand facteur déterminant du succès dans un apprentissage (ce que l'élève sait déjà).

Les éléments fondamentaux de la théorie d'Ausubel :

  • La clarté ;

  • La quantité ;

  • L'organisation.

De fait, son concept central est la structure cognitive, l'organisation hiérarchique. Les deux modes d'apprentissage selon Ausubel sont les suivants : d'abord, il y a la réception puis, la découverte. La façon dont l'élève assimile les connaissances est primordiale. Il peut y avoir des apprentissages significatifs ( sens, liens avec ce que l'élève sait déjà) et mécaniques (sans liens, du «par coeur»)

Ausubel avance qu'il faut apporter une attention aux ordonnateurs supérieurs. Ces ordonnateurs sont les structures de connaissances à l'apprentissage qui permet d'organiser et d'interpréter les nouvelles notions.

NOUVEAUX MODELES COGNITIFS et nouvelle thérapie cognitive

Guidano et Liotti (1980) ont développé la thérapie cognitive développementale. Le travail psychologique porte sur les souvenirs d'enfance, sources du schéma émotionnel. Le discours intérieur du patient dépressif est mis en relation avec son passé par l'intermédiaire de schémas émotionnels. La thérapie permet de mettre en évidence les étapes qui ont façonné l'organisation cognitive du sujet et d'explorer comment l'organisation d'un schéma détermine l'appréhension des événements. La thérapie se prolonge sur deux ans.

Safran et Segal (1990) défendent le postulat selon lequel le schéma pathogène est un schéma émotionnel construit précocement dans l'enfance. Ils proposent un élargissement du modèle de Beck et introduisent l'utilisation plus large de médiateurs émotionnels véhiculés par le langage verbal et non verbal dans la relation thérapeutique.

 

 

psymaroc.com©2008   Dr. EL KAHLOUN,  dernière mise à jour le 09 juin 2008| contact