TROUBLE DE LA
PERSONNALITE LIMITE
"Selon
la théorie du docteur M. Linehan (professeur de psychiatrie à
l’université de Washington), un des plus grands spécialistes qui
ait approfondi la question, les «
borderlines » (états limites), ont une tendance biologique à
réagir plus intensément que les autres à des niveaux de stress
moindres d’une part, et à mettre plus de temps pour se rétablir,
d’autre part. Leur « pic » émotionnel est plus élevé pour une
cause plus faible (raison de moindre importance) et la durée de
récupération plus longue".
On retrouve souvent dans l'anamnèse une carence
affective, une maltraitance, des abus sexuels.
Les éléments suivants, installés à
l'adolescence, et de façon prolongée, peuvent
évoquer une personnalité borderline :
- sentiments de vide, d'ennui
- sentiment d'être abandonné
- dévalorisation
- abus de substances (alcool, stupéfiants)
- automutilations, conduites à risque (par
ex. conduire en état d'ébriété,
prostitution), tentatives de suicide
- intolérance à la frustration
- fragilité narcissique : extrême
vulnérabilité au jugement d'autrui
- difficulté à identifier et à réguler ses
émotions
- trouble du comportement alimentaire
- trouble de la sexualité
La personnalité borderline
est parfois, mais pas toujours, associée à un
trouble bipolaire. De brefs épisodes
psychotiques (délires) sont possibles mais
toujours de façon limitée dans le temps, parfois
en rapport avec la consommation de substances
toxiques. En aucun cas le trouble borderline
n'est une schizophrénie.
L'évolution naturelle de ce
trouble de la personnalité est l'apparition de
symptômes à l'adolescence, et leur régression
vers l'âge de 40 ans. Tout l'enjeu de la prise
en charge est d'accompagner ces années de
« jeune adulte » le mieux possible.
Les relations humaines du
patient sont souvent très instables. Ceci est en
rapport avec son image de lui-même troublée.
Ainsi même des liens émotionnels intenses
n'empêchent pas que la position vis-à-vis des
membres de la famille, d'amis ou de partenaires
soudainement tourne d'idéalisation (admiration
et amour fort) en dépréciation.
Quand le patient croit être
traité de façon injuste (que cela soit vrai ou
non), il réagit souvent violemment et
impulsivement et ne trouve, des jours et des
semaines durant, pas d'issue à son univers
d'idées de vengeance, de reproches vis-à-vis de
lui-même et des autres ou même de haine de
soi-même. Beaucoup de gestes des autres sont
interprétés faussement ou qualifiés comme
hostiles de par une sur-interprétation. Ils sont
intensément analysés et examinés par rapport à
leur contenu de « signaux ». La personne a des
difficultés à interpréter justement le
comportement des autres. Sa perception de
l'autre est très changeante (« constance d'objet
insuffisante »).
Il y a un rapport entre la
peur d'être abandonné et la difficulté de se
sentir émotionnellement lié à une personne-clé
quand celle-ci est absente (« constance d'objet
insuffisante »). Cela aboutit à un sentiment
d'être abandonné et de n'avoir aucune valeur.
Dans ces contextes, il peut y avoir des menaces
de suicide ou des tentatives de suicide.
Critères
diagnostiques du DSM-IV
Le trouble de la personnalité borderline
est décrit comme: « un schéma envahissant
d'instabilité dans les relations
interpersonnelles, de l'image de soi et des
affects, également marqué par l'impulsivité
commençant chez le jeune adulte et présent dans
un grand nombre de contextes. »— DSM-IV, axe 2
Selon le DSM-IV, il faut au moins 5 des 9
critères présent pendant un laps de temps
significatif :
- Efforts effrénés pour éviter un abandon
réel ou imaginé.
- Mode de relations interpersonnelles
instables et intenses caractérisées par
l'alternance entre les positions extrêmes
d'idéalisation excessive et de
dévalorisation.
- Perturbation de l'identité : instabilité
marquée et persistante de l'image ou de la
notion de soi.
- Impulsivité dans au moins deux domaines
potentiellement dommageables pour le sujet
(par ex., dépenses excessives, sexualité,
toxicomanie, conduite automobile dangereuse,
crises de boulimie)
- Répétition de comportements, de gestes
ou de menaces suicidaires, ou
d'automutilations.
- Instabilité affective due à une
réactivité marquée de l'humeur (par ex.,
dysphorie épisodique intense, irritabilité
ou anxiété durant habituellement quelques
heures et rarement plus de quelques jours)
- Sentiments chroniques de vide.
- Colères intenses et inappropriées ou
difficulté à contrôler sa colère (par ex.,
fréquentes manifestations de mauvaise
humeur, colère constante ou bagarres
répétées)
- Survenue transitoire dans des situations
de stress d'une idéation persécutoire ou de
symptômes dissociatifs sévères.
Comportements d'auto-agressivité
Les personnes atteintes du syndrome borderline doivent faire
face à une énorme souffrance psychique. Elles n’ont jamais
appris à gérer leurs sentiments, c’est pourquoi elles retournent
toute leur colère, leur tristesse et leur agressivité contre
elles-mêmes. Elles utilisent l’automutilation pour faire
retomber la pression intérieure. De nombreux malades se
tailladent les bras ou se tapent la tête contre les murs. Il
leur arrive de se blesser gravement, voire mortellement. Les
patients ne peuvent pas s’en défaire. Ils commencent par se
couper de façon superficielle et puis toujours plus
profondément. La maîtrise des émotions et la perception de la
douleur s’en trouvent d’autant plus fragilisées.
Il existe différentes manières de se faire du mal, que ce soit
en conduisant dangereusement ou en développant des troubles
alimentaires. Cela peut aussi se traduire par une addiction au
jeu ou à la drogue. De nombreuses personnes borderline se
mettent sciemment dans des situations à risque, afin de mieux
prendre conscience d’elles-mêmes et de la réalité qui les
entoure. La plupart d’entre elles ont déjà fait plusieurs
séjours en hôpital psychiatrique et le taux de suicide de ces
patients est particulièrement élevé : près de 10 % décident de
mettre fin à leurs jours.
Traitement
Psychothérapie
comportementale
dialectique:
Cette approche spécifique au
traitement du trouble de l'état limite a été
développé par Marsha Linehan à l'Université de
Washington à Seattle dès les années 1980. La
recherche établit que cette thérapie est plus
efficace que les approches usuelles en ce qui
concerne le comportement suicidaire et les
hospitalisations. De plus, les patients
abandonnent moins fréquemment la thérapie.
La philosophie de l'approche
de Linehan est basée sur la dialectique de Marx
et Hegel. Cette thérapie s'inscrit dans une
approche globale de la personne d'un point de
vue bio-psycho-social. Et de ce fait, elle est
considérée comme une traitement
cognitivo-comportemental. Cette perspective
permet de travailler sur la pensée dichotomique
typique de ce trouble de la personnalité,
appelée clivage par les psychanalystes. Le
thérapeute aide le patient à intégrer les deux
polarités.
La psychothérapie dialectique
comportementale contient quatre phases, qui
suivent le pré-traitement. Le pré-traitement
sert à obtenir des informations pour arriver à
une décision mutuelle du thérapeute et du
patient à travailler ensemble. Dans les années
qui suivent, le patient arrive à intégrer le
passé, le présent et le futur, les visions
contradictoires de soi et d'autrui, en somme
d'accepter la réalité telle qu'elle est.
Depuis les années 90, les hôpitaux allemands
utilisent la thérapie comportementale
dialectique pour soigner les patients
borderline. Les médecins se servent de stimuli
olfactifs, gustatifs ou thermiques comme
alternatives à l’automutilation. Parfums, packs
de glace, piment… Tout cela est censé aider les
patients à sortir de leur état d’extrême
excitation. Cette thérapie a pour but de leur
enseigner un nouveau moyen d’exorciser leurs
souffrances.
Les patients apprennent à résister au stress, à
gérer les tensions et à maîtriser leurs émotions
de façon à éviter tout risque de dérapage. Ils
travaillent sur leurs sentiments émotionnels
tout en y intégrant le facteur humain : le
patient doit parvenir à s’imposer à autrui sans
être rejeté par les uns ou les autres au bout du
compte.
Des études ont montré que la thérapie
comportementale dialectique permettait de
réduire considérablement le taux de suicide
ainsi que le nombre et la durée des séjours en
clinique. Cette thérapie offre également aux
patients une meilleure intégration sociale et
professionnelle. Malgré cela, rares sont les
pays européens à utiliser cette méthode.
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