|
Symptômes somatiques en Psychologie clinique
Troubles somatoformes
Ce sont des troubles dont la caractéristique commune est
la présence de symptômes physiques qui suggèrent un trouble organique mais
qui ne sont pas totalement expliqués par une affection
médicale générale, par le trouble physique en question,
par l’effet direct d’une substance ou par un autre trouble mental bien défini
(ex. un trouble panique ou obsessionnel-compulsif). Ils ne sont pas sous la volonté de la personne ( à différentier des
trouble factice et de la simulation).
Ces symptômes doivent causer une grande détresse ou une
perturbation significative du fonctionnement social, professionnel ou
personnel de la personne.
A la différence des Troubles factices et de la Simulation,
les symptômes physiques ne sont pas volontaires (c.‑à‑d.
sous le contrôle de la volonté). Les Troubles somatoformes
se distinguent du cadre des Facteurs
psychologiques influençant une affection médicale par le
fait qu’aucune affection médicale générale ne peut être
diagnostiquée pour rendre compte complètement des symptômes
physiques. Ces troubles sont regroupés en un chapitre unique
car ils nécessitent tous la même démarche clinique (à
savoir exclure une affection médicale générale inapparente
ou bien une substance comme la cause des symptômes
physiques) plutôt qu’en raison d’une étiologie ou de
mécanismes supposés communs. La classification trouble
somatoforme du DSM-IV n'est pas basée sur une étiologie (causes) ou des
mécanismes communs mais sur la démarche médicale requise, c'est à dire
l'exclusion d'une affection médicale ou une substance comme cause des
symptômes physiques. Ainsi alors que l'hypocondrie est un trouble de nature
anxieuse, la conversion serait plutôt un trouble de nature dissociative.
Ces troubles sont souvent rencontrés en médecine générale.
Tous ces troubles peuvent être à
l'origine d'une grande souffrance et entraîner un nomadisme
médical pouvant aller jusqu'à l'intervention chirurgicale.
Les troubles somatoformes sont un
problème de santé publique important en raison de leur
prévalence, des coûts et de l'invalidité psychique et
sociale qu'ils engendrent. Pour le médecin praticien, les
patients somatisant représentent une prise en charge
difficile.
Les troubles somatoformes sont la
somatisation, la conversion, le trouble douloureux, l'hypocondrie et la peur
d'une dysmorphie corporelle. Ces troubles sont caractérisés par la présence
de symptômes physiques qui ne peuvent s'expliquer complètement.
La principale
critique faite à la classification des troubles somatoformes dans le
DSM III-R et IV est que les critères diagnostiques sont extrêmement
restrictifs et qu'ils ne permettent donc de diagnostiquer que les
cas les plus sévères. En termes psychométriques, on peut dire que sa
sensibilité est très basse alors que sa spécificité est élevée.
Cette classification par catégories diagnostiques est également
critiquée pour refléter une approche dichotomique corps/ esprit.
-1-Trouble somatisation
(syndrome
de briquet; ex hystérie) : trouble polymorphe qui commence avant
l’âge de 30 ans, durent des années. Combinaison de de douleur (tête, dos,
articulations, extrémités, poitrine, rapports sexuels...), symptômes
gastro-intestinaux, sexuels, pseudo-neurologiques, antécédents de plaintes
somatiques. Les symptômes surviennent à n'importe quel moment et ne sont jamais produits
intentionnellement.
- Définition
Lipowski
définit le processus de somatisation
comme « une tendance à ressentir et à exprimer
des symptômes somatiques dont ne rend pas compte une pathologie
organique, à les attribuer à une maladie physique et à rechercher dans
ce contexte une aide médicale. » Ce processus de somatisation
interviendrait en réponse à un « stress psychosocial ou une souffrance
psychologique ».
Cette définition,
actuellement largement acceptée et reprise par d'autres auteurs, se
démarque de celle plus ancienne, de maladie psychosomatique, incluant un
lien de causalité entre traits psychologiques et maladie organique
lésionnelle.
Pour Cathébras et
Rousset, le concept de somatisation tel qu'il est défini ci-dessus
recouvre en fait trois situations théoriquement distinctes :
-
la
somatisation comme manifestation « masquée » d'un trouble
psychiatrique;
-
la somatisation
comme un groupe de désordres psychiatriques spécifiques ;
-
la somatisation
comme un style de comportement vis-à-vis de la santé et de la
maladie,
(« illness behaviour ») , ce dernier point de vue se
rapprochant le plus de la définition de Lipowski.
-Somatisation comme manifestation masquée d'un trouble psychiatrique
Plusieurs
études cliniques et épidémiologiques montrent une forte association
entre somatisation et troubles dépressifs et anxieux. Plus de la
moitié des patients avec un diagnostic de maladie psychiatrique pris
en charge par des médecins de premier recours se présentent avec des
symptômes somatiques seuls, alors que moins de 20% se présentent
avec des symptômes psychologiques.
Entre 10 et 30%
des patients avec le diagnostic de trouble dépressif se présentent
avec des symptômes somatiques: ils se plaignent essentiellement de
symptômes physiques liés à l'état dépressif (fatigue, perte
pondérale) et minimisent la partie affective et cognitive du
trouble. Les troubles anxieux se manifestent souvent par des
symptômes somatiques de type douleurs thoraciques, palpitations,
épigastralgies ou vertiges qui peuvent amener le patient à consulter
un médecin somaticien plutôt qu'un psychiatre. Il y a là un
continuum, entre la situation où le patient décrit d'abord des
plaintes somatiques, mais est capable d'exprimer une souffrance
psychologique et celle où l'élargissement de la plainte au vécu
psychique est impossible.
On peut évoquer
dans une optique psychodynamique, le concept d' « alexithymie »
proposé par Nemiah et Sifnéos en 1970, pour décrire une difficulté à
exprimer ses émotions. Cette notion est proche de celle de « pensée
opératoire » décrit par Pierre Marty de « l'Ecole Psychosomatique de
Paris » quelques années plus tôt, qui associe pauvreté de la vie
fantasmatique et discours collé à la réalité et dépourvu d'émotions.
Pour certains auteurs, une partie des patients somatisants auraient
un fonctionnement de ce type.
D'autres
auteurs évoquent comme explications à la mise en avant des plaintes
somatiques lors de troubles dépressifs le désir du patient d'éviter
un label psychiatrique, l'inaptitude du praticien à reconnaître une
souffrance psychologique ou encore des facteurs socioculturels.
Le spectre de
l'expression de la plainte décrit ci-dessus, qui conduit à la
somatisation, peut concerner des patients différents ou l'évolution
d'un individu : un patient anxieux ou déprimé qui exprime ses
plaintes sur le plan somatique expérimente « le rôle de malade » et
en fonction d'éventuels bénéfices secondaires, peut accentuer sa
tendance à somatiser, par un processus cognitif plus ou moins
conscient. Il semble que les patients anxieux, chez qui le
diagnostic est posé tôt dans l'évolution et qui bénéficient d'une
prise en charge adéquate, perdent cette « tendance » à somatiser, ce
qui n'est pas le cas des patients souffrant de troubles dépressifs.
Par ailleurs,
le degré de souffrance psychologique et de co-morbidité
psychiatrique chez les patients somatisants a été démontré dans une
étude qui évaluait le profil psychologique des patients admis dans
une unité spécialisée dans les troubles somatoformes.Les auteurs ont
utilisé le questionnaire Symptom Check List-90 (SCL-90), qui mesure
la présence et l'intensité de dix catégories de symptômes
psychologiques, y compris l'anxiété et l'humeur dépressive. Les
patients somatisants présentaient de façon générale une souffrance
psychologique plus marquée que le groupe de patients médicaux
non-somatisants, en montrant des scores plus élevés à chaque niveau.
Le groupe somatisant avait également un taux plus élevé
d'antécédents d'abus d'alcool et d'autres substances.
-Somatisation comme groupe de désordres psychiatriques spécifiques
Le terme de
« troubles somatoformes » est apparu dans le Diagnostic and
Statistical Manual of Mental Disorder de l'American Psychiatric
Association (DSM III) en 1980 pour regrouper, dans un même chapitre,
les troubles caractérisés par la présence de symptômes physiques
suggérant l'existence d'une maladie somatique, en l'absence d'une
lésion organique ou d'un mécanisme physiopathologique défini, à la
base d'une souffrance cliniquement significative et/ou d'un
dysfonctionnement social, et pour lesquels il existe de fortes
présomptions que les symptômes soient liés à des facteurs
psychologiques. Les « troubles somatoformes » sont donc répertoriés
depuis lors dans les manuels de diagnostic et de classification
nosologiques des maladies psychiatriques, c'est à dire la quatrième
édition du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders
(DSM IV) et la dixième révision de la Classification Internationale
des Maladies (CIM 10) de l'OMS.
Plusieurs
études ont montré qu'il existe une co-morbidité importante entre le
« trouble somatisation » et d'autres affections psychiatriques. Par
exemple, parmi 119 patients qui remplissaient les critères du
trouble somatisation selon le DSM-III-R, 54.6% avaient un diagnostic
de dépression majeure, 33.6% de trouble anxieux généralisé et 31.1%
de troubles phobiques. D'autres études ont relevé la co-morbidité
qui existe entre « trouble somatisation » selon le DSM-III-R et
troubles de la personnalité : la prévalence de ces derniers était de
72% parmi les patients souffrant du « trouble somatisation », pour
36% pour le groupe contrôle, avec une prévalence élevée de troubles
de personnalité dépendante, histrionique et passive-aggressive.
Tel qu'il est
défini dans le DSM-IV, le « trouble somatisation » est très rare,
puisqu'il concerne 0.05-0.6 % de la population.
-Somatisation comme comportement anormal vis-à-vis de la santé et de
la maladie
Cette approche
considère la somatisation comme un processus composé de
trois aspects
subjectif, cognitif
et comportemental.
Chaque individu, même
en bonne santé, ressent régulièrement des changements dans ses
perceptions et fonctions corporelles, mais procède à un filtrage des
informations. Telle sensation physique peut être ressentie ou non,
perçue comme préoccupante ou pas et en fonction de cela, amener ou
non à solliciter un système de soins.
Le fait de percevoir
une sensation anormale ou gênante représente l'aspect subjectif, la
façon de l'interpréter (comme un signe d'une maladie grave par
exemple) l'aspect cognitif, et l'action qui en résulte l'aspect
comportemental (par exemple le fait d'exprimer une plainte et de
chercher une aide médicale).
Le processus qui
conduit un sujet à considérer une sensation physique ou un
changement corporel comme un symptôme semble être un processus
complexe, influencé par l'éducation, le niveau de stress
psycho-social et l'état physiologique. Cette notion appelée
comportement-maladie ou « illness behaviour », voire « abnormal
illness behaviour » a été développée dans les années soixante par
Mechanic et Pilowsky. Les différentes étapes de la prise en charge
(consulter un généraliste, puis un spécialiste, subir des
investigations complémentaires, etc.), y compris la mise au repos
voire l'arrêt de l'activité professionnelle contribuent
secondairement à un phénomène d'amplification somatique que l'on
peut considérer comme la base cognitive de la somatisation.
La somatisation
telle qu'elle est définie ci-dessus se rapproche du concept de
« symptôme médicalement inexpliqué », terme qui a l'avantage de
décrire une situation clinique fréquente, sans préjuger de
l'étiologie psychologique du symptôme présenté par le patient.
Dans ces différents
aspects, la somatisation correspond à une discordance entre le vécu
somatique du patient et l'interprétation psychosociale du soignant ,
entre une vision subjective et objective de la santé et de la maladie.
La somatisation résulte donc toujours d'une interaction entre le
patient et un système de soins.
Le comportement du
patient somatisant n'est pas celui qu'attend le médecin dans une
relation classique médecin-malade dans un système de santé moderne : un
patient devrait se plaindre de façon raisonnable d'un symptôme physique
en rapport avec une lésion organique, ou alors exprimer par son discours
une souffrance émotionnelle ; il devrait accepter le point de vue du
médecin et suivre les conseils et le traitement proposés. Le patient
somatisant n'entre pas dans ce schéma conventionnel, et ceci est à la
base d'une relation médecin-patient difficile, générant d'importantes
frustrations de part et d'autre.
-
Facteurs
étiologiques du trouble somatisation
Plusieurs
théories étiologiques ont été évoquées par rapport aux aspects
biologiques, psychologiques, comportementaux et socioculturels
des troubles somatoformes en général. De manière schématique, on
peut classer les facteurs étiologiques en
facteurs prédisposants,
précipitants et
de chronicisation.
Plusieurs théories
étiologiques ont été évoquées par rapport aux aspects biologiques,
psychologiques, comportementaux et socioculturels des troubles
somatoformes en général. De manière schématique, on peut classer les
facteurs étiologiques en facteurs prédisposants, précipitants et de
chronicisation .
a) Facteurs
favorisants
Parmi
les facteurs favorisants, un des plus importants semble être
l'éducation ou l'apprentissage du
comportement à avoir face aux symptômes et à la maladie:
une attention exagérée des parents à la santé et/ou aux
symptômes que présente l'enfant semble être un facteur
favorisant, de même que « l'exposition » d'un enfant à un
membre de sa famille souffrant d'une maladie grave ou qui
obtient des bénéfices secondaires importants à la faveur
soit d'une maladie somatique, soit de symptômes médicalement
inexpliqués. L'enfant qui apprend ainsi que le fait d'être
malade ou d'exprimer des symptômes somatiques permet d'avoir
une plus grande attention ou d'éviter les conflits, est à
risque de développer ultérieurement une tendance à la
somatisation comme stratégie de « coping ».
Des
études récentes semblent démontrer que des antécédents de
maltraitance ou d'abus sexuels dans l'enfance peuvent
prédisposer au développement de symptômes médicalement
inexpliqués, plus spécialement de douleurs chroniques
idiopathiques.
Certaines « particularités » de personnalité, comme la
dépendance, le sentiment d'infériorité et le déni des
conflits ou certains styles de réponses cognitives, comme la
tendance à la globalisation et au catastrophisme, semblent
également être des facteurs de risque pour la somatisation.
Enfin,
on peut évoquer à nouveau ici la notion d'alexithymie,
définie comme une difficulté à exprimer verbalement des
émotions qui, pour certains auteurs, serait un mode de
fonctionnement propre aux patients somatisants.
b) Facteurs
précipitants
Les
facteurs précipitants comportent les « life events », à
savoir toutes les situations susceptibles d'induire un
stress personnel, objectif ou subjectif. Dans les événements
de vie, une place particulière doit être donnée au deuil et
à la notion de perte, fréquemment retrouvés dans les
histoires personnelles des patients somatisants.
c) Facteurs
de chronicisation
Les
facteurs de chronicisation permettent à la somatisation de
s'installer. Ils regroupent à la fois les prédispositions
individuelles et une interaction complexe entre le patient,
son entourage, son médecin et le système de soins. Certains
individus, au fonctionnement psychique mentionné ci-dessus,
auraient tendance
à adopter
la somatisation comme une façon de faire face aux adversités
de la vie, à leurs besoins et conflits psychologiques, à
leurs sentiments de culpabilité ou de colère et à une
mauvaise estime d'eux-mêmes.
Dans le
modèle psychodynamique, le symptôme aurait pour but d'éviter
un conflit intra-psychique (bénéfice primaire) ou de
répondre à des besoins psychologiques inconscients,
notamment la dépendance (bénéfice secondaire). Exprimer une
détresse psychique par un symptôme somatique peut être alors
considéré comme un mécanisme de défense pour garder
inconscients des sentiments non-acceptables. Une étude a
ainsi montré que chez les patients présentant à la fois un
trouble dépressif et une somatisation, celle-ci surviendrait
généralement en premier, sur un mode chronique, avec
ultérieurement la survenue d' épisodes transitoires de
dépression. Ces données étayent la théorie de la
somatisation vue comme une défense contre une souffrance ou
un conflit intra-psychique : quand le mécanisme de défense
fonctionne moins bien, le trouble de l'humeur apparaît.
La
réponse du système de soins aux patients présentant des
plaintes chroniques inexpliquées peut être un facteur de
chronicisation : une réponse bio-médicale seule, avec la
multiplication des examens à la recherche d'une étiologie
organique, semble être corrélée à une évolution défavorable
des patients vers la chronicisation de leurs plaintes et de
leurs symptômes.
-
Prévalence du trouble somatisation
La prévalence des
troubles somatoformes dépend de la définition et des critères
diagnostiques utilisés. Comme mentionné précédemment, la majorité des
auteurs s'accorde à dire que les définitions du DSM-IV et de l'ICD-10
sont trop restrictives et que la prévalence des troubles somatoformes
ainsi définis ne reflète pas la fréquence élevée des situations
cliniques rencontrées par les médecins. Le trouble somatisation, tel
qu'il est défini dans le DSM-IV aurait ainsi une prévalence de 0.05 à
0.6% dans la population générale. Plusieurs auteurs ont alors proposé
d'utiliser d'autres critères et échelles de diagnostic.
Escobar a proposé,
dans les années 80, une version « abrégée » du trouble somatisation : le
« somatic symptom index » défini par
la présence de quatre symptômes somatiques (extraits d'une liste de 37
symptômes somatiques détaillés dans le Diagnostic Interview Schedule)
pour les hommes et de six pour les femmes. Cet index a été jugé utile
par d'autres auteurs. Dans une étude réalisée dans un service de santé
de premier recours, les auteurs trouvent que le trouble somatisation
défini selon les critères du DSM-IIIR aurait une très faible prévalence
(entre 0.06-0.5%) alors qu' un cinquième de la population (22%)
remplirait les critères pour la version « abrégée ». Les « somatisants »
définis selon ces critères avaient, de façon significative, une
co-morbidité psychiatrique et un degré d'invalidité (journées passées au
lit, d'arrêt-maladie) plus élevés que les non-somatisants.
Kroenke a
déterminé, dans une large étude où plus de 13000 personnes ont été
interrogées dans le cadre de « l'Epidemiologic Catchment Area Program »,
la prévalence de symptômes somatiques dans la population générale;
les symptômes douloureux avaient les prévalences les plus élevées
(douleurs articulaires 37%, douleurs du dos 32%, céphalées 25%, etc.)
puis venaient la fatigue (24%) et les vertiges (23%) ; la
majorité des symptômes (84%) était considérée comme gênante pour les
activités de la vie quotidienne et avait amené les sujets à prendre des
médicaments et/ou à consulter un médecin. Un tiers de ces symptômes a
été attribué à des facteurs psychiatriques ou indéterminés.
Le même auteur a
proposé, quelques années plus tard, le concept de « multisomatoform
disorder » (MSD), comme une alternative au trouble
somatoforme indifférencié du DSM-IV; il est défini par la présence d'au
moins trois plaintes somatiques inexpliquées et invalidantes (tirées
d'une « check-list » de 15 symptômes) ainsi que d'une histoire de
somatisation chronique (c'est-à-dire présence de symptômes inexpliqués,
plus de jours avec que sans, pendant au moins deux ans). Dans une étude
portant sur 1000 patients de médecine de premier recours, le « multisomatoform
disorder » était retrouvé dans 8% des cas, et en comparaison avec les
troubles de l'humeur et les troubles anxieux, était associé à plus de
jours d'arrêt-maladie et à une plus grande utilisation des ressources de
santé.
Toujours dans le
domaine de la médecine de premier recours, Kirmayer a montré que trois
formes de somatisation méritent d'être distinguées, car elles
surviennent plus souvent isolément qu'ensemble. Dans une étude portant
sur 685 patients consultant deux centres de médecine générale, 26.3%
d'entre eux présentaient une forme ou plus de somatisation : 16.6%
remplissaient les critères du trouble somatisation infra-clinique (le « symptom
somatic index » d'Escobar) ; une préoccupation hypocondriaque, définie
comme la crainte de souffrir d'une maladie grave, était présente chez
7.7% des patients ; les présentations somatiques des dépressions
majeures et des troubles anxieux avaient une prévalence de 8%. Ces trois
formes de somatisations étaient associées à des caractéristiques
socio-démographiques différentes, elles relèveraient de processus
cognitifs relativement distincts, ce qui impliquerait une prise en
charge thérapeutique spécifique.
Enfin, Bridges et
Goldberg ont montré dans une étude épidémiologique souvent citée, que la
« somatisation » était un phénomène fréquent, et
représentait une proportion importante de « morbidité psychiatrique
cachée » dans le domaine des soins de santé primaire : un
tiers des nouveaux cas dans une consultation de généralistes étaient des
syndromes psychiatriques selon le DSM III, et sur ce total, plus de la
moitié des patients se présentaient avec des symptômes somatiques seuls.
Les différentes
prévalences énumérées ci-dessus concernent le système de soins de
premier recours (consultations ambulatoires chez des médecins
généralistes ou internistes). La prévalence des diagnostics de
somatisation parmi les patients hospitalisés a été moins étudiée. Ce
diagnostic est cité dans un à deux pour cent des rapports de sortie dans
une étude anglaise. Sur un échantillon de 213 patients hospitalisés dans
des services de médecine et de chirurgie générale d'un hôpital
universitaire, de Gruy et coll. trouvent que 9% de ces patients
remplissaient les critères du trouble somatisation du DSM III. Fink a
étudié une population de patients qui, sur une période de huit ans, a
été admise au moins dix fois dans un hôpital général : 19% de ces
patients ont été diagnostiqués comme « somatisants persistants », à
savoir qu'ils ont été hospitalisés de façon répétée pour des symptômes
physiques médicalement inexpliqués. Ceci correspond à une fréquence de
la somatisation durable dans la population générale des pays occidentaux
estimée à 0.6 pour mille pour les hommes et à 3.2 pour mille pour les
femmes.
- Diagnostic du trouble
somatisation
Le chapitre des
troubles somatoformes du DSM-IV comprend les entités suivantes : le
trouble somatisation, le trouble de conversion, l'hypocondrie, le
trouble douloureux et le trouble somatoforme indifférencié.
Le « trouble
somatisation » est défini dans le DSM-IV par une anamnèse
de plaintes somatiques multiples, ayant débuté avant l'âge de 30
ans, aboutissant à une demande de traitement et/ou à une altération
significative du fonctionnement social et professionnel ; pour
remplir les critères il faut quatre symptômes douloureux ( quatre
localisations ou fonctions du corps), deux symptômes
gastro-intestinaux, un symptôme sexuel et un symptôme
pseudo-neurologique ; aucun des symptômes ne peut s'expliquer
complètement par une affection médicale générale connue ou par
l'effet d'une substance.
Dans la CIM-10,
les directives pour le diagnostic de la « somatisation »
reposent sur chacun des éléments suivants :
a- des antécédents
de plaintes somatiques multiples et variables pendant au moins
deux ans, ne pouvant être expliquées par un trouble somatique
identifiable,
b- un refus
persistant d'accepter les conclusions des médecins concernant
l'absence de toute cause organique et
c- une perturbation
du comportement et une altération du fonctionnement social et
familial.
Dans le
« trouble somatisation » défini selon le DSM-IV ou la CIM-10, il y a
une importante prépondérance féminine. Historiquement le « trouble
somatisation » est l'équivalent de « l'Hystérie », décrite par
Briquet au 19ème siècle.
|
A. Antécédents de plaintes somatiques
multiples, débutant avant l’âge de 30 ans, se manifestant pendant une
période de plusieurs années et aboutissant à une demande de traitement ou
bien à une altération significative du fonctionnement social, professionnel
ou dans des domaines importants.
B.
Chacun des critères suivants doit avoir été rempli, les symptômes
eux-mêmes survenant à n'importe quel moment de l'évolution de la
perturbation :
(1) Quatre symptômes douloureux: :
antécédents de douleur touchant au moins quatre
localisations ou fonctions du corps (p.ex : la tête, le dos, les
articulations, les extrémités, la poitrine le rectum, la menstruation, les
rapports sexuels, la miction).
(2) Deux symptômes gastro‑intestinaux:
antécédents d'au moins deux symptômes gastro‑intestinaux
autres que des douleurs (p. ex., nausées, ballonnements, vomissements en
dehors de la grossesse, diarrhée, ou intolérance à plusieurs aliments
différents).
(3) Un symptôme sexuel
: antécédents d'au moins un symptôme sexuel
ou de l'appareil génital autre qu'une douleur (p. ex., désintérêt sexuel,
anomalies de l'érection ou de l'éjaculation, règles irrégulières, règles
excessives, vomissements tout au long de la grossesse.
(4) Un symptôme pseudo‑neurologique :
antécédents d'au moins un symptôme ou d'un déficit
évoquant une affection neurologique autre qu'une douleur (symptômes de
conversion comme un trouble de la coordination ou de l'équilibre, une
paralysie ou une faiblesse musculaire localisée, des difficultés de
dég1utittion ou une « boule dans la gorge », une aphonie, une rétention
urinaire, des hallucinations, une perte de la sensibilité tactile ou
douloureuse, une diplopie, une cécité, une surdité, des crises convulsives ;
des symptômes dissociatifs comme un amnésie , une perte de conscience autre
qu’un évanouissement.
C.
(1) soit (2)
(1) après des examens médicaux appropriés, aucun des symptômes du Critère B
ne peut s'expliquer complètement ni par une affection médicale générale
connue, ni par les effets directs d'une substance (p. ex., une substance
donnant lieu à abus, un médicament)
(2) quand il existe une relation avec une affection médicale générale, les
symptômes physiques ou l'altération du fonctionnement social ou
professionnel qui en résulte sont nettement disproportionnés par rapport à
ce que laisseraient prévoir l'histoire de la maladie, l'examen physique ou
les examens complémentaires.
D.
Les symptômes ne sont pas produits intentionnellement ou feints
comme dans le Trouble factice ou la Simulation. |
- Troubles
mentaux associés à la somatisation
Les
individus atteints de ce trouble expriment habituellement leurs plaintes en
des termes imagés et excessifs mais ils donnent souvent peu d'informations
factuelles précises. Ils racontent fréquemment leurs troubles de façon
inconsistante ou contradictoire, si bien que pour mettre en évidence un
comportement de plaintes somatiques répétées lors de l'entretien
diagnostique, il est préférable de reconstituer l'histoire de l'ensemble des
traitements médicaux et des hospitalisations antérieurs plutôt que de
chercher à cocher une liste de symptômes.
Ces sujets
sont souvent demandeurs de prescriptions auprès de plusieurs médecins en
même temps (nomadisme médical), ce qui peut aboutir à des associations
compliquées et parfois hasardeuses de traitements. L'usage fréquent de
médicaments peut entraîner des effets indésirables et des troubles liés à
l'utilisation d'une substance.
II est très
fréquent que des symptômes anxieux ou une humeur dépressive soient au
premier plan : ils peuvent expliquer que ces sujets soient vus dans un
centre de santé mentale. On peut observer des comportements impulsifs et
antisociaux, des menaces et des tentatives de suicide, et des dissensions
conjugales. La biographie de ces individus, particulièrement lorsqu'ils
présentent conjointement des troubles de la personnalité, est souvent aussi
chaotique et compliquée que leur histoire médicale.
Ces
individus subissent généralement de nombreux examens médicaux, des
investigations diagnostiques ; ils sont hospitalisés, opérés, et ainsi
souvent exposés à des risques supplémentaires de morbidité propres à ces
différentes interventions. Le Trouble dépressif majeur, Trouble panique et
les Troubles liés à l'utilisation d'une substance sont fréquemment associés
au Trouble somatisation. Les Troubles de la personnalité les plus
fréquemment associés sont la Personnalité histrionique, la Personnalité
borderline et la personnalité antisociale.
-
Caractéristiques liées à la culture
et au sexe
Le type et la fréquence des
symptômes somatiques peut varier selon les cultures. Par
exemple la sensation que les mains ou les pieds brûlent ou
bien l'impression d'avoir des vers dans la tête ou des
fourmis rampant sous la peau, lorsqu'elles ne sont pas
délirantes, représentent des symptômes pseudo‑neurologiques
qui sont plus répandus en Afrique et dans le Sud de l'Asie
qu'en Amérique du Nord.
Les symptômes en relation avec
la fonction de reproduction masculine sont peut‑être plus
courants dans les cultures où la crainte de perdre son
sperme constitue une préoccupation répandue (par ex. :
syndrome « dhat » en Inde).
Par conséquent, les listes de
symptômes doivent être adaptées en fonction de la culture.
Les symptômes énumérés ici sont ceux qui possèdent la plus
grande valeur diagnostique aux Etats-Unis et leur ordre de
fréquence provient d'études réalisées aux Etats-Unis.
Le trouble somatisation est rare
chez les hommes aux Etats-Unis mais sa fréquence plus
élevée chez les hommes grecs ou portoricains suggère que des
facteurs culturels pourraient influencer la répartition
selon le sexe.
- Évolution
Le Trouble somatisation est
chronique mais fluctuant, avec de rares rémissions
spontanées complètes. II se passe rarement une année
sans que des symptômes somatiques inexpliqués poussent
l'individu à voir un médecin. Typiquement, les critères
diagnostiques sont remplis avant 25 ans mais les
premiers symptômes sont souvent présents dès
l'adolescence. Les troubles menstruels peuvent être
parmi les symptômes les plus précoces chez la femme. Les
symptômes sexuels sont souvent associés à des
dissensions conjugales.
- Aspects familiaux
Le Trouble somatisation est
observé chez 10 à 20 % des femmes parentes biologiques
du premier degré de femmes ayant le même trouble. Les
parents mâles des femmes ayant le trouble ont un risque
accru d'avoir une Personnalité antisociale ou un Trouble
lié à l'utilisation d'une substance. Les études
d'adoption indiquent que la charge génétique et
l'environnement constituent tous deux des facteurs de
risque pour la Personnalité antisociale, les Troubles
liés à l'utilisation d'une substance, et le Trouble
somatisation. Le fait d'avoir un parent biologique ou
adoptif atteint de l'un de ces Troubles augmente le
risque soit de Personnalité antisociale, soit de Trouble
lié à une substance, soit de Trouble somatisation.
La
somatisation : un processus ou
des catégories ?
Il faut donc se représenter
l'important recoupement
entre présentation somatique
de la dépression et des
troubles anxieux, troubles
somatoformes, et syndromes
somatiques fonctionnels. L'interface, qu'on pourrait
considérer comme le noyau
phénoménologique de la
somatisation, relève d'un
processus caractérisé par
une plainte durable de
symptômes fonctionnels, leur
attribution par le patient à
une cause organique et la
répugnance à relier les
symptômes à une détresse
psychologique pourtant
souvent perceptible, la
quête infructueuse de
soulagement auprès des
professionnels de santé, et
un retentissement familial,
social et professionnel.
La somatisation chronique
ainsi caractérisée induit
une relation
médecin-malade
insatisfaisante et iatrogène,
qui tend à la pérenniser.
Les investigations multiples
restent négatives, et alors que cela est vécu
comme rassurant par le
médecin, c'est comme une
négation de la réalité des
symptômes que l'entend le
patient. Les
explications médicales
confuses et discordantes
renforcent l'anxiété et la
perte de confiance. Le
conflit moral de «
légitimité » des symptômes
devient central dans la
relation et induit des
crispations souvent
irréversibles : si la
contribution psychologique
n'a pas été abordée
jusque-là, la détresse
émotionnelle négligée par le
médecin devient farouchement
niée par le malade. Ce
cercle vicieux iatrogène
apparaît lorsque l'on
s'intéresse au point de vue
des patients sur les
explications médicales dans
les situations de
somatisation : les
conflits de représentation,
d'attribution et d'attentes
sont manifestes. Les
patients perçoivent trois
grands types d'attitudes
médicales :
le
rejet
(déni
de la réalité des symptômes,
considérés comme «
imaginaires », ou
proposition d'un diagnostic
psychiatrique vécu comme
stigmatisant) ;
la
collusion
(le médecin acceptant sans
discussion les explications
du malade) ; et
la
légitimation
(seule attitude médicale
perçue comme thérapeutique,
consistant à l'élaboration
d'une explication tangible
et disculpante que le
patient peut s'approprier).
La prévention de la somatisation
chronique par une approche
intégrative
cognitivo-comportementale et
systémique
On doit
donc se représenter que les
situations chroniques et
problématiques de symptômes
médicalement inexpliqués
invalidants et de somatisation
se sont la plupart du temps «
construites » au fil du temps,
non seulement par l'intrication
entre des prédispositions ou des
facteurs précipitants physiques
et une éventuelle
psychopathologie chez le malade,
mais aussi dans l'interaction
avec le système de soins.
L'idéologie implicite d'une plus
grande « légitimité » des
symptômes ayant une base
organique est commune à la
plupart des médecins et des
patients et pousse chacun à
rechercher une
explication objective ou
mesurable pour les symptômes
: anomalie d'imagerie ou de
laboratoire, dont le lien avec
la plainte n'est parfois que
très discutable. Dans un but de
« réassurance », des examens
sont prescrits, qui créent de la
confusion, renforcent
l'inquiétude et accréditent
l'idée qu'il faut trouver une
cause organique aux symptômes
avant de les traiter. Une
sorte de « double lien »
iatrogène est ainsi mise en
place
:
« il n'y a rien de grave »,
mais « on va quand même faire
une IRM ».
Les études empiriques sur le
pouvoir éventuel de réassurance
des examens complémentaires
prescrits pour des symptômes
présumés fonctionnels montrent
que ce pouvoir est très limité,
et que, chez des sujets anxieux,
l'effet inverse est parfois
atteint, avec pérennisation et
renforcement des symptômes. Ce
phénomène est très bien expliqué
par la psychologie cognitive.
Le médecin
de premier recours a une place
centrale dans la
prévention de la somatisation
chronique,
en évitant l'entrée du malade
dans ces cercles vicieux
iatrogènes.
La capacité à rassurer est
une compétence centrale en
médecine générale,
mais celle-ci n'est pratiquement
pas enseignée, et mon expérience
de praticien de second recours
est que cette compétence est
très inégalement répartie entre
les praticiens. Ce thème
d'enseignement et de recherche
devrait être développé.
Pour rassurer, le médecin a
besoin de comprendre le
fonctionnement psychique du
malade devant son malaise ou sa
maladie, ses cognitions et leur
validité, ses comportements, ses
émotions, et sa relation
systémique avec son entourage
physique et social. Ce savoir
est proposé par
la
médecine
cognitivo-comportementale
dont les
objectifs sont la mise en
évidence et la modification des
relations existant entre des
comportements observables,
des
variables émotionnelles
et
cognitives, des
stratégies d’ajustement
de l’individu, le
fonctionnement physiologique et
la maladie dans une
vision
médicale
centrée sur le besoin de
l’individu, dans son contexte
socioculturel.
-2-Troubles somatoformes indifférenciés
:
plaintes physiques inexpliquées, durant au moins 6 mois et qui ne répondent
pas aux critères du trouble somatoforme.
Le « trouble
somatoforme indifférencié » selon le DSM-IV est caractérisé
par des plaintes somatiques inexpliquées, persistant au moins 6
mois, mais dont le nombre ou la durée ne suffisent pas pour porter
le diagnostic de trouble somatisation. Cette catégorie résiduelle
regroupe dans les faits, avec le trouble somatoforme douloureux, la
majeure partie des patients somatisants vus en médecine générale.
-1- Critères diagnostiques du trouble indifférencié
A - Une
ou plusieurs plaintes somatiques (p. ex., une fatigue, une perte de
l'appétit, des symptômes gastro-intestinaux ou urinaires).
B Soit
(1) soit (2)
(1) après des examens médicaux appropriés, les symptômes ne peuvent
s'expliquer complètement ni par une affection médicale générale connue ni
par les effets directs d'une substance (p. ex., une substance donnant lieu à
abus, un médicament)
(2) quand il existe une relation avec une affection médicale générale, les
plaintes somatiques ou l'altération du fonctionnement social ou
professionnel qui en résulte sont nettement disproportionnés par rapport à
ce que laisseraient prévoir l'histoire de la maladie, l'examen physique ou
les examens complémentaires.
C Les
symptômes sont à l'origine d'une souffrance cliniquement significative ou
d'une altération du fonctionnement social, professionnel, ou dans d'autres
domaines importants.
D La
durée de la perturbation est d'au moins 6 mois.
E La
perturbation n'est pas mieux expliquée par un autre trouble mental (p.
ex., un autre Trouble somatoforme, une Dysfonction sexuelle, un Trouble
de l'humeur, un Trouble anxieux, un Trouble du sommeil, ou un Trouble
psychotique).
F - Le
symptôme n'est pas produit intentionnellement ou feint (comme dans le
Trouble factice ou la Simulation).
Il s’agit
d'une catégorie résiduelle, prévue pour les tableaux cliniques somatoformes
persistants qui ne répondent pas à l’ensemble des critères du Trouble
somatisation ou d’un autre Trouble somatoforme. Tous les exemples de
symptômes énumérés dans les critères du Trouble somatisation ou d'un autre
trouble somatoforme peuvent s'y rencontrer. Il peut y avoir un symptôme
unique, comme des nausées, ou bien, plus souvent de multiples symptômes
physiques. Les plaintes physiques chroniques et inexpliquées conduisent
fréquemment à des consultations médicales, auprès d'un médecin généraliste.
-2- Caractéristiques liées à la culture,
à l'âge, et au sexe
Des
symptômes médicalement inexpliqués et une inquiétude à propos de la santé
physique peuvent constituer des expressions idiomatiques de souffrance ou de
détresse propre à une culture, en rapport avec une grande variété de
problèmes personnels et sociaux, sans traduire nécessairement un état
psychopathologique. C'est chez les jeunes femmes de niveau socio‑économique
inférieur que l'on observe la plus grande fréquence des plaintes somatiques
inexpliquées, mais ces symptômes se voient à tout âge chez les hommes et les
femmes, et dans tous les groupes socioculturels, la « neurasthénie »,
syndrome décrit fréquemment dans de nombreuses régions du monde, caractérisé
par la fatigue et la faiblesse, est classée comme Trouble somatoforme
indifférencié dans le DSM-IV si les symptômes durent plus de 6 mois.
-3- Evolution :
L'évolution
de chaque plainte somatique inexpliquée est imprévisible. Fréquemment le
diagnostic d'affection médicale générale ou d'un autre trouble mental est
finalement porté.
-3-Trouble douloureux
:
la douleur est la principale focalisation de l’attention clinique. Les
troubles psychologiques sont reconnues avoir un rôle important dans son début,
sa sévérité, son exacerbation, et son maintien. Douleur dans une ou plusieurs
localisation anatomique, d'intensité suffisante pour justifier un examen
clinique. Non intentionnels.
Le
« trouble somatoforme douloureux » du DSM III-R
ou « Trouble douloureux » du DSM-IV
est caractérisé par une douleur dans une ou plusieurs
localisations anatomiques, d'une intensité suffisante pour justifier
un examen physique et à l'origine d'une souffrance cliniquement
significative ou d'une altération du fonctionnement social ou
professionnel. Par définition, des
facteurs psychologiques jouent un rôle important dans le
déclenchement, l'aggravation ou la persistance des douleurs.
L'équivalent dans la CIM-10 est le « syndrome
douloureux somatoforme persistant », défini par
une douleur intense, d'une durée d'au moins 6 mois,
s'accompagnant d'un sentiment de détresse, non expliquée entièrement
par un trouble physique, et survenant dans un contexte de conflits
émotionnels suffisamment importants pour être considérés par le
clinicien comme la cause essentielle du trouble.
-Critères
diagnostiques du Trouble douloureux
A. Une
douleur dans une ou plusieurs localisations anatomiques est au centre du
tableau clinique, et cette douleur est d'une intensité suffisante pour
justifier un examen clinique.
B. La
douleur est à l'origine d'une souffrance cliniquement significative ou d'une
altération du fonctionnement social, professionnel, ou dans d'autres
domaines importants.
C On
estime que des facteurs psychologiques jouent un rôle important dans le
déclenchement, l'intensité, l'aggravation ou la persistance de la douleur.
D. Le
symptôme ou le déficit n'est pas produit intentionnellement ou feint (comme
dans le Trouble factice ou la Simulation).
E. La
douleur n'est pas mieux expliquée par un Trouble de l'humeur, un Trouble
anxieux ou un Trouble psychotique et ne répond pas aux critères de la
Dyspareunie.
Spécifier le type :
-Trouble douloureux associé à des facteurs psychologiques : on estime
que des facteurs psychologiques jouent un rôle majeur dans le déclenchement,
l'intensité, l'aggravation ou la persistance de la douleur. (S'il existe une
affection médicale générale concomitante, elle ne doit pas jouer un rôle
majeur dans le déclenchement, l'intensité, l’aggravation, ou la persistance
de la douleur). On ne fait pas le diagnostic de ce type de Trouble
douloureux si les critères d'un Trouble somatisation sont également réunis.
Spécifier si :
-Trouble douloureux associé à la fois à des facteurs psychologiques et à une
affection médicale générale: On estime que des facteurs psychologiques et
une affection médicale générale jouent un rôle majeur dans le déclenchement,
l'intensité, l'aggravation, ou la persistance de la douleur. Coder
l'affection médicale associée ou la localisation anatomique de la douleur
sur l'Axe III (voir ci‑dessous).
Spécifier si :
Aigu : durée inférieure à 6 mois
Chronique : durée de 6 mois ou plus.
-4-Trouble de
conversion
/
trouble dissociatif
:
Sont des
troubles psychologiques associés aux symptômes ou au déficit. Symptômes
physiques inexpliqués ou déficits affectant les organes sensoriels ou moteurs et
qui suggèrent une maladie neurologique. En général un ou plusieurs
symptômes ou déficits touchant la motricité volontaire ou des fonctions
sensitives ou sensorielles suggérant une affection neurologique ou médicale
générale. Il y a des facteurs psychologiques associés aux symptômes ou aux
déficits (conflits ou autres facteurs de stress). Ils ne sont pas produits
intentionnellement.
Le « trouble de conversion » selon le DSM-IV comporte des
symptômes ou des déficits inexpliqués touchant la motricité
volontaire ou les fonctions sensorielles, suggérant une affection
neurologique ou une affection médicale générale. Par définition, on
retient l'existence de facteurs psychologiques à l'origine du
trouble de conversion, mais vu la difficulté de vérifier en pratique
l'origine psychogène des troubles, il suffit d'observer que la
survenue ou l'aggravation du symptôme est précédée par des conflits
ou d'autres facteurs de stress.
Dans la CIM-10,
la « conversion » n'est pas classée dans le chapitre des troubles
somatoformes, mais dans celui des
troubles dissociatifs.
Les
directives pour le diagnostic « des troubles dissociatifs de
la motricité et des organes des sens » sont :
a-l'absence
d'arguments en faveur d'un trouble somatique et
b-la présence
d'informations suffisantes pour présumer de la causalité
psychologique des symptômes.
On peut
admettre que le « trouble de conversion » correspond à « l'hystérie
de conversion » décrite par Charcot, puis par Freud, avec
l'explication psychodynamique de la résolution partielle, par le
symptôme, d'un conflit intra-psychique.
Les troubles dissociatifs
sont
un ensemble de troubles caractérisé par la survenue soudaine, transitoire ou
chronique d'une perturbation touchant des fonctions normalement intégrées comme
la mémoire, la conscience, la perception de l'environnement et l'identité. Leurs
critères diagnostiques sont précisés dans le DSM-IV. Il
s'agit d'une entité transnosographique observée dans plusieurs troubles
psychiatriques : troubles somatoformes, troubles anxieux et de l'humeur,
troubles de personnalité, dépendances à plusieurs substances. Les phénomènes
dissociatifs se retrouvent fréquemment lors des crises suicidaires, des
difficultés de gestion de l'impulsivité, des syndromes douloureux chroniques,
des fibromyalgies et dans les troubles épileptiques. Il existe un consensus dans
la littérature quant à l'importance du dépistage précoce de ces troubles, afin
d'améliorer la prise en charge des patients.
Parmi ces troubles en trouve
l'amnésie dissociative, la fugue dissociative, le trouble
dissociatif de l'identité, le trouble de dépersonnalisation et de
déréalisation et les troubles dissociatifs non spécifiques (stupeur,
possession, transe, extase et autres expériences mystiques).
L'amnésie psychogène
est caractérisée par une incapacité soudaine de se rappeler des renseignements
personnels importants. La personne ne peut se souvenir d’événements pendant
plusieurs heures après un accident stressant. Dans l’amnésie généralisée, les
individus oublient tous les événements de leur vie. La fin de l’amnésie est
également soudaine.
La fugue psychogène
caractérisée par l’oubli, la fuite et le fait d’adopter
une nouvelle identité. La personne subit une perte de mémoire du passé, change
brusquement de domicile ou de lieu de travail et adopte une nouvelle identité.
Après le rétablissement, la personne ne se souvient pas des événements survenus
pendant la fugue.
La dépersonnalisation
est caractérisée par le sentiment de
ne pas être réel. Les personnes souffrant de ce trouble peuvent se sentir
détachées de leur corps, comme si elles observaient leurs processus mentaux de
l’extérieur. Elles peuvent aussi avoir l’impression de fonctionner en “pilotage
automatique” ou comme dans un rêve.
Voici les critères diagnostiques de ce
trouble de dépersonnalisation:
A. Expérience prolongée ou récurrente d'un
sentiment de détachement et d'une impression d'être devenu un observateur
extérieur de son propre fonctionnement mental ou de son propre corps.
B. Pendant l'expérience de dépersonnalisation , l'appréciation de la réalité
demeure intacte.
C. La dépersonnalisation est à l'origine d'une souffrance cliniquement
significative ou d'une altération du fonctionnement social, professionnel ou
dans d'autres domaines importants.
D. L'expérience de dépersonnalisation ne survient pas exclusivement au cours
de l'évolution d'un autre trouble mental, comme la schizophrénie.
Le trouble
dissociatif de l'identité (ou la personnalité multiple)
est caractérisé par le fait que la personne se comporte comme si
plus d’une personnalité distincte résidaient en elle. Chaque personnalité
possède des traits et des souvenirs distincts et est consciente ou non des
autres. Ces personnalités différentes peuvent même porter des verres
correcteurs d’intensité différente, avoir des réactions allergiques différentes
ou une personnalité peut être atteinte de cécité des couleurs alors que les
autres ont une vision des couleurs intacte.
La fréquence et l'importance de la prise en
compte des comorbidités des troubles dissociatifs sont soulignées par de
nombreuses études qui insistent sur la place d'une recherche systématique des
troubles psychotiques, des troubles de l'humeur, des troubles anxieux, des
dépendances et intoxications à plusieurs substances, des troubles de
personnalité, ainsi que de certains troubles organiques (surtout neurologiques).
Les troubles dissociatifs de l'identité et la dépersonnalisation sont les
troubles dissociatifs les plus fréquemment associés avec des comorbidités. Les
comorbidités les plus fréquemment associées sont les troubles de personnalité
borderline (70%) et les états de stress post-traumatique.
Le développement récent des
neurosciences nous invite à repenser les liens existant entre le substrat
organique et les données cliniques des troubles dissociatifs. Sur le plan
biologique, la dissociation a été très tôt considérée comme une réaction
organique du cerveau et non seulement comme une production psychique. Les
approches évolutionnistes évoquent un mécanisme de stratégies de «mauvaise
adaptation» (coping) pour faire face à un danger vital, potentiellement
traumatique. La grande hétérogénéité clinique des troubles dissociatifs a
stimulé une approche neurobiologique spécifique pour chaque trouble, tout en
s'interrogeant, dans un deuxième temps, quant à un processus dissociatif
biologique commun pour l'ensemble des troubles dissociatifs.
Plusieurs études de neuro-imagerie décrivent
l'implication de différentes parties du cortex préfrontal (orbito-frontal et
médio-frontal), des aires sensorielles associatives (temporales, pariétales et
occipitales) et du système limbique (amygdales, insula, et gyrus cingulaires)
dans les phénomènes dissociatifs rencontrés dans les troubles de
dépersonnalisation, les troubles dissociatifs de l'identité et dans les états de
stress post-traumatique.
Les données biochimiques et biologiques
confirment la présence d'indices mesurables modifiés chez les patients souffrant
de troubles dissociatifs, comme le rapport déhydro-épiandrostérone
sulfaté/cortisol sérique, ou pour les triglycérides sériques, le cholestérol
total, LDL et VLDL, qui apparaissent diminués. Il a été également décrit une
diminution de la conductance cutanée chez les patients souffrant de troubles
dissociatifs, qui serait un reflet de la diminution de l'activité du système
nerveux autonome.
Voici les
critères diagnostiques du trouble dissociatif de l'identité :
A. Présence de
deux ou plusieurs identités ou "états de personnalité" distincts (chacun ayant
ses modalités constantes et particulières de perception, de pensée et de
relation concernant l'environnement et soi-même).
B. Au moins deux
de ces identités ou "états de personnalité" prennent tour à tour le contrôle du
comportement du sujet.
C. Incapacité à
évoquer des souvenirs personnels importants, trop marquée pour s'expliquer par
une simple mauvaise mémoire.
D. La
perturbation n'est pas due aux effets d'une substance ou d'une affection
médicale générale. N.B. Chez l'enfant, les symptômes ne peuvent pas être
attribués à des jeux d'imagination ou à l'évocation de camarades imaginaires.
-I- Critères diagnostiques du trouble de
conversion
A. Un ou
plusieurs symptômes ou déficits touchant la motricité volontaire ou les
fonctions sensitives ou sensorielles suggérant une affection neurologique ou
une affection médicale générale.
B. On
estime que des facteurs psychologiques sont associés au symptôme ou au
déficit parce que la survenue ou l'aggravation du symptôme est précédée par
des conflits ou d'autres facteurs de stress.
C. Le
symptôme ou déficit n'est pas produit intentionnellement ou feint (comme
dans le Trouble factice ou la Simulation).
D. Après
des examens médicaux appropriés, le symptôme ou le déficit ne peut pas
s'expliquer complètement par une affection médicale générale, ou par les
effets directs d'une substance, ou être assimilé à un comportement ou une
expérience culturellement déterminés.
E. Le
symptôme ou le déficit est à l'origine d'une souffrance cliniquement
significative ou d'une altération du fonctionnement social professionnel ou
dans d'autres domaines importants, ou bien justifie une évaluation médicale.
F. Les
symptômes ou le déficit ne se limitent pas à une douleur ou à une
dysfonction sexuelle, ne surviennent pas exclusivement au cours de
l'évolution d'un Trouble somatisation et ne sont pas mieux expliqués par un
autre trouble mental.
Spécifier le type de symptôme ou de
déficit
.Avec symptôme ou déficit moteur
.Avec symptôme ou déficit sensitif ou sensoriel
.Avec des crises ou des convulsions
.Avec présentation mixte
Les
symptômes de conversion sont en relation avec la
motricité volontaire ou les fonctions
sensitives ou sensorielles et sont appelés pour cette raison « pseudo-neurologiques
». Les symptômes ou déficits moteurs peuvent consister en trouble de la
coordination ou de l'équilibre, une paralysie ou une faiblesse musculaire
localisée, une aphonie, des difficultés de déglutition ou une sensation de «
boule dans la gorge » et une rétention urinaire. Les symptômes ou déficits
sensitifs ou sensoriels peuvent être une perte de la sensibilité tactile ou
douloureuse, une diplopie, une cécité, une surdité et des hallucinations. II
peut s'agir également de crises d'épilepsie ou de convulsions. Plus la
personne est naïve en matière de connaissances médicales, moins les
symptômes qu'elle présente apparaissent vraisemblables. Des sujets plus
évolués ont en général des symptômes et des déficits plus subtils, qui
peuvent simuler de près des affections neurologiques ou médicales générales.
Le
diagnostic de Trouble de conversion ne doit être
porté qu'une fois qu’un examen médical approfondi a éliminé une étiologie
neurologique ou médicale générale. Dans la mesure où
l'étiologie médicale générale de ce qui apparaît comme un Trouble de
conversion ne se révèle parfois qu'après plusieurs années, ce diagnostic
doit être considéré comme un diagnostic d'attente, un
diagnostic provisoire. Dans les premières études , une étiologie médicale
générale était retrouvée ultérieurement chez un quart à la moitié des sujets
qui avaient reçu un diagnostic initial de Trouble de conversion. Dans des
études plus récentes, les erreurs de diagnostic sont moins fréquentes
peut-être en raisc d'une meilleure connaissance du trouble de conversion et
aussi du fait du progrès des connaissances médicales et des techniques de
diagnostic. Un symptôme qui parait être un symptôme de conversion risque
d'autant moins d'être dû à une affection médicale générale qu'il existe des
antécédents de symptômes somatiques inexpliqués (particulièrement des
symptômes de conversion) ou de symptômes dissociatifs, surtout si les
critères du Trouble somatisation ont été réunis dans le passé. Typiquement
les symptômes de conversion ne respectent pas les voies anatomiques connues
ni les règles de la physiologie, mais correspondent plutôt à la conception
qu’à le sujet d'une maladie donnée
Même si
l'on suit ces indications avec soin, il faut être prudent. La connaissance
de l’anatomie et des mécanismes physiologiques est incomplète et les
méthodes d'examen objectif dont nous disposons ont leurs limites. De
nombreuses maladies neurologiques peuvent être prises à tort pour un Trouble
de conversion. Au premier plan de celles-ci figurent la sclérose en plaques,
la myasthénie et les dystonies idiopathiques ou dues à des agents chimiques.
Cependant, la présence d'une maladie neurologique n'exclut pas un diagnostic
de Trouble de conversion. Près d'un tiers des individus ayant des symptômes
de conversion souffrent ou ont souffert d'une maladie neurologique. Le
diagnostic de Trouble de conversion peut être fait même en présence d'une
maladie neurologique ou d'une affection médicale générale si les symptômes
restent en partie inexpliqués eu égard à la nature et à la gravité de la
maladie neurologique ou de l'affection médicale générale.
Dans la
tradition psychopathologique, le terme de « conversion » venait de
l'hypothèse selon laquelle le symptôme somatique représente la résolution
symbolique d'un conflit psychologique inconscient, réduisant l'anxiété et
servant à maintenir le conflit hors de la conscience (« bénéfice primaire »).
L'individu peut également tirer un « bénéfice secondaire » du symptôme de
conversion, c.‑à‑d. soit obtenir des avantages extérieurs soit éviter des
taches ou des responsabilités pénibles. Bien que les critères diagnostiques
du Troubles de Conversion du DSM-IV n’impliquent pas nécessairement de
telles conceptions, ils exigent que des facteurs psychologiques soient
associés à l’apparition ou à l’aggravation des symptômes. Les facteurs
psychologiques étant omniprésents dans le contexte d’une affection médicale
générale, il peut être difficile de déterminer si un facteur psychologique
spécifique a une relation étiologique avec le symptôme ou le déficit.
Toutefois, la notion d’une relation chronologique étroite entre une conflit
ou un facteur de stress et la survenue ou l'aggravation d'un symptôme peut
être un argument utile, en particulier si le sujet a présenté des symptômes
de conversion dans des circonstances similaires dans le passé. Bien que
l'individu puisse tirer des bénéfices secondaires des symptômes de
conversion, ceux‑ci ne sont pas produits intentionnellement pour obtenir ces
bénéfices à la différence de ce que l'on observe dans le Trouble factice et
la Simulation.
Il peut
être également difficile d'établir qu'un symptôme n'est pas produit
intentionnellement ou n'est pas feint. C'est une évaluation soigneuse du
contexte dans lequel le symptôme se produit qui permet en général de le
déterminer, spécialement en ce qui concerne d'éventuels avantages extérieurs
ou le fait de jouer le rôle de malade. Le recours à des sources
d'information supplémentaires en dehors des dires du sujet peut être utile
(p. ex, collègues de travail, dossier médical).
-II- Examens complémentaires.
Il n’existe
aucune anomalie spécifique associée au Trouble de conversion. C’est même
l’absence d’anomalie aux examens complémentaires qui suggère et confirme le
diagnostic de Troubles de conversion. Toutefois des résultats d’examens
complémentaires compatibles avec une affection médicale générale n’excluent
pas le diagnostic de Trouble de conversion puisque celui-ci suppose
seulement qu’un symptôme ne soit pas complètement expliqué par une
affection.
-III- Examen physique et affections médicales
générales associées.
Typiquement, les symptômes du Trouble de conversion ne respectent pas les
voies anatomiques et les mécanismes physiologiques connus. Aussi, les
signes objectifs que l'on pourrait attendre {p. ex., des anomalies des
réflexes ostéo‑tendineux) sont‑ils rarement présents.
Cependant,
le sujet peut présenter des symptômes ressemblant à ceux qu'il a observés
chez les autres ou sur lui-même, (p. ex., des individus épileptiques peuvent
imiter les crises qu'ils ont observées chez d'autres ou bien leurs propres
crises, telles qu'on les leur à décrites). En général, les conséquences des
symptômes de conversion sont limitées et ne conduisent pas à de véritables
altérations ou à des incapacités physiques. Plus rarement, la
non‑utilisation d'une fonction ou d'une partie du corps ou bien les
procédures diagnostiques ou thérapeutiques entraînent une altération
physique comme une atrophie ou des contractures. Il est important de
rappeler, toutefois, que des symptômes de conversion peuvent apparaître chez
des individus atteints de maladies neurologiques.
-IV- Caractéristiques liées à la culture, à
l'âge et au sexe.
On a
constaté la plus grande fréquence du Trouble de conversion dans les
populations rurales, chez les individus de niveau socio‑économique inférieur
et chez les individus peu informés des domaines médicaux et psychologiques.
Des taux plus élevés de symptômes de conversion sont rapportés dans les
régions en voie de développement, l’incidence diminuant généralement avec le
niveau de développement.
Le Trouble
de conversion semble plus fréquent chez la femme que chez l'homme, le
sex‑ratio variant de 2 : 1 à 10 :1. Les symptômes sont beaucoup plus
souvent situés du côté gauche que du côté droit du corps, surtout chez la
femme. Les femmes (plus rarement les hommes) ayant des symptômes de
conversion peuvent présenter ultérieurement un tableau clinique complet du
Trouble somatisation. L'association à la Personnalité antisociale est très
répandue, surtout chez l’homme. Chez l’homme encore, le Trouble de
conversion et souvent observé dans un contexte d'accidents de travail, à
l'usine ou à l'armée. Il doit être distingué soigneusement de la Simulation.
-V- Prévalence
Des taux
très variables du Trouble de conversion ont été rapportés, entre 11/100.000
et 300/100.000 dans la population générale. 1 à 3 % des malades ambulatoires
qui sont adressés à des centres de santé mentale le seraient pour le
traitement d'un trouble de conversion.
-VI- Évolution
Le début du
Trouble de conversion se situe en général entre la début de l'âge adulte,
rarement avant 10 ans ou après 35 ans, mais des débuts très tardifs, dans
la neuvième décennie de la vie, ont été signalés. Lorsqu'un Trouble de
conversion apparaît pour la première fois à la cinquantaine ou plus tard,
la probabilité de maladie neurologique ou d'une autre affection médicale
générale passée inaperçue, est élevée. Le début d'un trouble de conversion
est en général aigu, mais on observe aussi des cas où la symptomatologie
est d'intensité progressivement croissante. Typiquement, chaque symptôme de
conversion a une durée brève. Chez les malades hospitalisés présentant des
symptômes de conversion, ceux‑ci s'amendent le plus souvent en deux
semaines. Les récidives sont fréquentes, survenant dans un cinquième à un
quart des cas au cours de la première année, une seule récidive annonçant
des épisodes futurs. Les facteurs de bon pronostic sont un début aigu, la
présence de facteurs de stress clairement identifiables au moment de
l'apparition des symptômes, un intervalle de temps court entre l'apparition
du trouble et l'instauration du traitement et une intelligence supérieure à
la moyenne. Les paralysies, l’aphonie et la cécité sont de bon pronostic
alors que les tremblements et les crises, ne le sont pas.
-VII- Aspects familiaux
Des données
en nombre limité suggèrent que les symptômes de conversion; sont plus
fréquents chez les parents des individus ayant un Trouble de conversion. Un
risque accru de Trouble de conversion a été signalé chez les jumeaux
monozygotes mais pas chez les jumeaux dizygotes.
-VIII- Diagnostic différentiel
Le problème
diagnostique le plus important dans l'évaluation de symptômes de conversion
potentiels consiste à éliminer des maladies neurologiques ou
d’autres affections médicales générales inapparentes ainsi que des
étiologies en relation avec diverses substances, notamment
médicamenteuses.
-5- Hypochondrie
:
préoccupation centrée sur la crainte ou l’idée
d’être atteint d’une maladie grave fondée sur l’interprétation erronée par le
sujet de symptômes physiques ou de manifestation de fonctionnement corporel.
« L'hypocondrie »
consiste en une préoccupation centrée sur la crainte d'être
atteint d'une maladie grave, fondée sur l'interprétation erronée
par le patient de symptômes physiques ou de manifestations du
fonctionnement corporel. Le diagnostic ne requiert pas un
certain nombre de symptômes mais une préoccupation pathologique
vis-à-vis de la santé.
La définition
du « trouble hypocondriaque » selon la CIM-10 est
globalement superposable à la définition décrite ci-dessus.
- Le DSM-IV
classe ce trouble parmi les troubles somatoformes. Voici les critères
diagnostics de l'hypocondrie:
A. Préoccupation centrée sur la crainte
ou l'idée d'être atteint d'une maladie grave,
fondée sur l'interprétation erronée par le
sujet de symptômes physiques.
B. La préoccupation persiste malgré un bilan
médical approprié et rassurant.
C. La croyance exposée dans le critère A ne
revêt pas une intensité délirante (comme dans le trouble délirant,
type somatique) et ne se limite pas à une préoccupation
centrée sur l'apparence (comme dans le trouble: peur d'une dysmorphie
corporelle).
D. La
préoccupation est à l'origine d'une souffrance
cliniquement significative ou d'une altération du fonctionnement
social, professionnel ou dans d'autres domaines importants.
E. La durée de la perturbation est d'au moins 6
mois.
F. La préoccupation n'est pas mieux expliquée par une anxiété
généralisée, un trouble obsessionnel-compulsif, un trouble panique, un épisode
dépressif majeur, une angoisse de séparation ou un autre trouble somatoforme.
L'hypocondrie est un trouble de nature anxieuse qui se rapproche beaucoup
du trouble obsessionnel-compulsif. Le diagnostic d'hypocondrie est porté lorsque
le thème des obsessions (crainte de la maladie) ou des compulsions
(comportements de recherche de réassurance) est exclusivement en rapport avec
les peurs ou l'idée d'avoir une ou des maladies sur la base d'une mauvaise
interprétation de symptômes physiques. Si la préoccupation d'avoir une maladie
s'accompagne de rituels tels des lavages excessifs ou un comportement de
vérification en rapport avec les préoccupations concernant la maladie ou la
crainte de la propager à d'autres, un diagnostic supplémentaire de trouble
obsessionnel-compulsif peut être posé.
- Caractéristiques et troubles associés
Caractéristiques et troubles mentaux associés. Les
antécédents médicaux sont souvent exposés dans les moindres détails, et « en
long et en large » par les malades présentant une Hypocondrie.
Il existe
souvent une surconsommation médicale et une détérioration des relations
médecin‑malade, génératrice, pour les deux parties, de frustration et de
colère.
Les
individus présentant ce trouble pensent souvent qu'ils ne sont pas
correctement soignés et peuvent résister avec acharnement lorsqu'on veut les
adresser à des centres de soins psychiatriques. Des complications peuvent
survenir suite à des investigations diagnostiques répétées qui comportent
leurs propres risques et qui sont coûteuses.
A l'opposé,
comme ces sujets se plaignent depuis longtemps de symptômes somatiques pour
lesquels une cause organique n'a jamais été retrouvée, le bilan qui leur est
prescrit peut être trop succinct et une réelle affection médicale générale
peut être méconnue. Les relations sociales deviennent tendues parce que
l'individu souffrant d’Hypocondrie est préoccupé par son état et attend
souvent des autres une considération et un traitement particuliers. La vie
familiale peut être perturbée si elle s’organise exclusivement autour du
bien-être physique de l’individu. Le fonctionnement professionnel peut être
préservé si la préoccupation hypochondriaque est limitée aux heures où le
sujet ne travaille pas. Plus fréquemment, la préoccupation interfère avec le
fonctionnement professionnel et elle est responsable d’absentéisme. Dans les
cas les plus sévères, l’individu souffrant d’hypochondrie peut devenir
complètement invalide. Il existe une association entre l’Hypochondrie et la
survenue de maladies graves, en particulier dans l’enfance, et avec
l’expérience d’une maladie chez un membre de la famille dans le passé. Des
facteurs de stress psychosociaux, en particulier la mort d’un être proche,
pourraient précipiter dans certains cas l’Hypocondrie. Les individus
atteints d’Hypocondrie souffrent fréquemment d’autres troubles mentaux
(surtout de Troubles anxieux et dépressifs)
- Examens
complémentaires
Les
résultats des examens complémentaires ne confirment pas les inquiétudes du
sujet .
- Examen physique et
affections médicales générales associées.
L'examen
physique ne confirme pas les inquiétudes du sujet.
- Caractéristiques liées à la culture et au
sexe
C'est en
fonction du milieu culturel d'un individu et des modèles explicatifs dont on
dispose qu'il convient de juger si la persistance de la
préoccupation hypocondriaque est déraisonnable malgré une évaluation
médicale appropriée et rassurante.
Le
diagnostic d'Hypocondrie doit être porté avec circonspection si les idées du
sujet concernant sa « maladie » ont pu être renforcées par des guérisseurs
traditionnels, lesquels peuvent être en désaccord avec les évaluations
médicales. La fréquence d’Hypochondrie est identique chez l’homme et chez la
femme.
- Prévalence
La
prévalence de l'Hypocondrie dans la population générale est inconnue. En
médecine générale la prévalence serait de 4 à 9 %.
- Evolution
L'Hypocondrie peut commencer à tout âge, les débuts les plus fréquents étant
observés chez l'adulte jeune. L'évolution est habituellement chronique avec
des fluctuations dans l'intensité des symptômes ; mais une guérison complète
survient parfois. II semble qu'un début aigu, une comorbidité médicale
générale, l'absence de Trouble de la personnalité et l'absence de bénéfices
secondaires soient des facteurs de bon pronostic. En raison de sa
chronicité, certains auteurs considèrent que ce trouble possède, en fait,
surtout, des caractéristiques à type de « traits » (C.à- d. la permanence
d’une préoccupation centrée sur des plaintes somatiques et d’une
focalisation sur des symptômes somatiques).
-6- Dysmorphophobie
:
préoccupation concernant un défaut imaginaire de l'apparence ou
préoccupation manifestement démesurée d'un léger défaut. Peur d’une dysmorphie
corporelle.
-7- Trouble somatoforme non spécifié.
Quelques types
de "maladies" ou de troubles somatoformes (troubles psychosomatiques)
rencontrés en pratique médicale courante:
-
Attaque de Panique
: L'attaque
de panique est un moment (rarement plus de 20 à 30 minutes)
d'anxiété, de peur ou de malaise très intense (DSM IV).
- CFS
- Syndrome de Fatigue Chronique :
Caractérisé par une profonde fatigue qui ne s'améliore pas par exemple
après un repos au lit.
-
FMS - Syndrome Fibromyalgique (fibrosite):
La fibromyalgie est caractérisée par une douleur généralisée chronique,
musculaire et de points douloureux aux insertions musculo-tendineuses.
Les personnes avec une fibromyalgie souffrent aussi fréquemment de
profonde fatigue, sommeil perturbé, difficultés cognitives, anxiété et
dépression. Il existe aussi le "syndrome Myofascial douloureux".
-
HVS - Syndrome d'Hyperventilation
: L’hyperventilation se définit par une respiration qui excède la
demande métabolique, résultant en des changements hémodynamiques et
chimiques qui produisent des symptômes caractéristiques (ex durant
une attaque de panique).
-
Intestin irritable Syndrome
: Constipation, diarrhée, douleur abdominale fréquente, gaz, ...
- Céphalée
(chronique) : Migraines
récurrentes ou maux de tête.
-
NHS - Syndrome d'hyperexcitabilité
neuronale (spasmophilie)
: La
Spasmophilie: Ce mal est caractérisé par des crampes, une sensation de
picotements, agitation et des spasmes musculaires (lié aussi à l'attaque
de panique et l'hyperventilation).
- PMS
- Syndrome Prémenstruel.
-
Sommeil perturbé : Insomnie /
cauchemars
-
Syncope vaso-vagale, malaise vagal : Le
malaise vagal est dû à un réflexe neuro-cardiovasculaire (le nerf vague
innerve le cœur). Il associe un ralentissement du rythme cardiaque à une
chute de la tension artérielle (suite forte douleur ou forte émotion).(Le
spasme du sanglot est aussi un malaise vagal mais chez le bébé qui se
fait mal ou qui vient de se faire gronder, il se met à pleurer et
n'arrive plus à reprendre sa respiration et perd connaissance.)
-
TMJ, TMJD, TMD - Dysfonction de l'Articulation
Temporomandibulaire : Décrit une
variété de conditions qui affectent les muscles de la mâchoire, les
articulation temporo-mandibulaires, et les nerfs, cela étant associé à
une douleur faciale chronique.
- ...
Trouble Factice
-Production ou feinte intentionnelle de signes ou de symptômes physiques ou
psychologiques.
-La motivation du
comportement est de jouer le rôle du malade.
-Absence de motifs
extérieurs (par ex obtenir de l’argent, fuir une responsabilité légale, ou
améliorer sa situation matérielle ou physique comme dans la simulation).
|