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PsyMaroc - Psychologie clinique. Approche cognitivo-émotionnelle et comportementale en médecine praticienne

Troubles pris en charge par la thérapie cognitivo-comportementale

fait partie du projet UMVF (Université Médicale Virtuelle Francophone)

Université Médicale Virtuelle Francophone

  La classification des psychopathologies
La classification syndromique DSM et CIM
 
 
 
 

TROUBLES DE LA PENSEE

1° TROUBLES DU COURS DE LA PENSEE

Le cours de la pensée n’est ni la production ni le contenu, mais le déroulement, le développement, la progression de la pensée (rythme, continuité, organisation)

Le rythme peut aller de la lenteur, bradypsychie, à la précipitation ou tachypsychie avec souvent leur corrélat moteur (débit verbal) : bradylalie ou palilalie (logorrhée).

La continuité et l’architecture de la pensée peuvent être perturbés.

Le barrage est une brusque interruption du discours (et souvent de l’ensemble de l’activité psychomotrice) pendant quelques instants puis une reprise tout aussi inexplicable, il est typique de la psychose.

Faux barrage : suspension de la parole due à des troubles de l’attention ou interruption de l’halluciné qui écoute son hallucination.

Le fading est un arrêt progressif du cours de la pensée : la parole comme la pensée s’espace, devient lente puis pauvre, parcellaire, de moins en moins forte pour finir par s’épuiser. C’est en quelque sorte une forme progressive du barrage et le fading est lui aussi décrit essentiellement dans la psychose.

La diffluence (du lat disfluere : qui coule en se morcelant) est la dispersion anarchique de la pensée et du discours, ne respectant plus ni logique ni cohérence ni même objet clairement perceptible. Elle donne une impression d’hermétisme, de maniérisme, de bizarrerie. Elle est caractéristique de la schizophrénie.

La fuite des idées(voir les troubles de l’humeur) désigne un enchaînement exagérément rapide des idées, sans lien apparent, caractéristique de l’excitation maniaque. Elle donne une impression d’agitation désordonnée mais pas de bizarrerie. Le maniaque est fantasque, extravagant ou capricieux, le schizophrène est bizarre, parfois extravagant.

Fantasque, bizarre, capricieux, quinteux, bourru;

Toutes ces qualités très opposées à la bonne société, sont l'effet et en même temps l'expression d'un goût particulier, qui s'écarte mal à propos de celui des autres. C'est là l'idée générale qui les fait synonymes, et sous laquelle ils sont employés assez indifféremment dans beaucoup d'occasions, parce qu'on n'a point alors en vue les idées particulières qui les distinguent ; mais chacun n'en a pas moins son propre caractère, qu'on rencontre assez heureusement en se disant que s'écarter du goût par excès de délicatesse, ou par une recherche du mieux, faite hors de raison, c'est être fantasque ; s'en écarter par une singularité d'objet non convenable, c'est être bizarre ; par inconstance ou changement subit de goût, c'est être capricieux ; par une certaine révolution d'humeur ou de façon de penser, c'est être quinteux ; par grossièreté de mœurs et défaut d'éducation, c'est être bourru.

Le fantasque dit proprement quelque chose de difficile ; le bizarre, quelque chose d'extraordinaire ; le capricieux, quelque chose d'arbitraire ; le quinteux, quelque chose de périodique ; et le bourru quelque chose de maussade (qui est de mauvais goût, déplaisant, mal fait, en parlant des choses.) (in Dictionnaire des synonymes F Guizot)

Bizarre, fantastique, extravaguant. L'homme bizarre n'est ni l'homme fantasque, ni l'homme extravagant. S'écarter du goût ordinaire par une singularité non convenable, c'est être bizarre ; s'en écarter par une fantaisie qui tout à coup change d'idée, c'est être fantasque ; s'en écarter d'une manière contraire au bon sens, c'est être extravagant, LAVEAUX. (in Dictionnaire Littré édition 1876)

Note : les troubles du cours de la pensée ne doivent pas être confondus avec la réticence, souvent rencontrée en psychiatrie, qui est une opposition active plus ou moins ferme à livrer sa pensée. La réticence peut être mutique mais on parle aussi de réticence prolixe lorsque le sujet déploie un flot de paroles plus ou moins ordonnées pour masquer tout approfondissement de sa problématique.

2° TROUBLES DES CONTENUS DE LA PENSEE

    1. A) Les idées fixes

Idée parasite, acceptée par la conscience comme conforme à la personnalité (donc non reconnue par le sujet comme pathologique), qui tend naturellement à envahir le champ de la conscience et à orienter le cours de la pensée à son profit. Le sujet est incapable de l'inhiber.

Les idées fixes peuvent être vécues sur un mode euphorique (si elles sont agréables) ou gênant, voire douloureux. Elles sont parfois hors du champ du pathologique (artistes, scientifiques, amoureux...) et parfois franchement pathologiques, en particulier dans les états passionnels: amour, haine, jeu, avarice..

Remarque: "l'idée fixe post onirique" est une idée fixe résiduelle après un épisode d'onirisme confusionnel (Delirium tremens en particulier).

B) Obsessions, compulsions, rituels

Symptômes rencontrés le plus souvent dans la névrose obsessionnelle mais pouvant émailler d'autres pathologies et en particulier constituer un mode "cicatriciel" ( reste symptomatique isolé) de la psychose..

L’obsession: pensée, le plus souvent pénible, qui s'impose à l'esprit (du latin obsidere : assiéger) sur le mode d'un parasitage quasi-automatique et dont le contenu est jugé par le sujet comme absurde, non conforme à la personnalité, ridicule, dérisoire, voire inconvenant.

A l'examen fin, les obsessions se ramènent presque toujours à des doutes sur des évidences de la vie quotidienne.

On parlera volontiers de rumination obsessionnelle pour un sujet préoccupé très souvent par des pensées de bas niveau, répétitives et sans impact sur la réalité.

La compulsion: besoin impérieux de penser à une certaine idée ou d'accomplir une action ; idée ou action jugée ridicule (se toucher le nez quand on croise une auto rouge, penser au chapeau de la reine mère), absurde (compulsion de lavage alors que le sujet se sait propre), inutile (vérifier que l'on vient bien de fermer le gaz, ou de tirer le frein à main) ... avec émergence d'une angoisse importante en cas de non-réalisation de cette action.

Le sujet peut résister à cette tendance (mais au prix d’une angoisse massive), il peut aussi transformer l’acte ou la pensée en un rituel, mais le plus souvent il se soumet à ce besoin.

Une obsession-compulsion est l'obsession d'avoir une compulsion, le plus souvent dangereuse, moralement condamnable ou agressive (piquer son enfant avec une aiguille..) L'obsession compulsion, à l'opposé de la compulsion, n'est qu’exceptionnellement suivie de l'accomplissement de l'acte redouté, et quand l’acte vient c’est le plus souvent à titre d’ébauche symbolique (le bras se lève puis retombe, le début d’une injure fuse et se termine en marmonnement…).

Les rituels : ils constituent classiquement le mode évolutif des précédents (on parle même de rituels compulsifs).. il s'agit de l'accomplissement par le sujet de rites déterminés pour échapper aux compulsions, à l'angoisse ou au malheur.. Les rituels sont le plus souvent conjuratoires et renvoient comme les précédents (mais de façon plus explicite) à un mode de pensée magique (si je touche quatre fois mon porte bagage tous les matins on ne me volera pas mon vélo... si je répète six fois dans ma tête le nom du magasin situé sous le cabinet de mon médecin il ne me trouvera rien de grave..)

C) Fabulation et mythomanie

On les rencontre plus volontiers comme symptôme organisé dans le cadre d'une névrose hystérique, mais aussi dans la psychopathie ou chez le débile vaniteux.

La fabulation est une production imaginaire, non conforme à la réalité vécue par le sujet. Si son contenu est peu cohérent et inadapté aux circonstances de temps et de lieu on parlera de confabulation, qui se rencontre essentiellement dans les affaiblissements de la conscience (toxiques, alcool, démence, débilité). Si son contenu est cohérent, orienté, ordonné autour d'un thème (les études, les voyages...) ou d'une tendance (effrayer, épater, séduire...) on parlera de mythomanie .

D) Les productions délirantes

Une définition classique du délire: "construction intellectuelle non conforme à la réalité et à laquelle le sujet apporte une croyance inébranlable" (Porot in manuel de psychiatrie 1969) en y ajoutant qu'il n'y a pas d'idée délirante en soi mais uniquement des sujets délirants marqués par leur conviction inébranlable (noyau d'inertie dialectique) en la vérité de leurs productions (qualifiées par nous d'imaginaires et pathologiques) et leur certitude du caractère xénopathique (qui vient du dehors d'eux-mêmes) de ce qu'ils ressentent..

L'analyse d'un délire se décline selon quatre axes: les mécanismes, les thèmes, le vécu et la systématisation.

  1. 1) les mécanismes à l’œuvre dans le délire
  • les interprétations : "inférence logique d'une perception exacte à une conception erronée", elles sont souvent logiques et peu extravagantes donc souvent facilement crédibles pour un observateur extérieur -exogènes si elles portent sur des données prélevées sur le monde extérieur (si M. X avait une voiture rouge au mariage de ma sœur c'est pour critiquer mes opinions politiques..) -endogènes si elles portent sur des sensations ou impressions corporelles (si j'ai mal digéré le plat de jeudi c'est qu'on l'avait trafiqué..). C'est le mécanisme privilégié de la paranoïa.

  • les intuitions : idées éprouvées par le sujet comme totalement nouvelles mais incontournables et ayant la clarté d'une évidence explicative accompagnées d'un sentiment de révélation. (je suis né d'un viol...j'ai une mission...)

  • -les fabulations : productions imaginaires plus ou moins élaborées et extravagantes, concernant la réalité vécue par le sujet. (j'ai été enlevé par une soucoupe et utilisé à des fins d'expérience...)

    -les illusions et les hallucinations : voir les troubles des perceptions

    1. 2) les thèmes délirants

    On observe souvent un thème privilégié, dominant, associé à d'autres thèmes dérivés avec des liens logiques plus ou moins lâches entre eux.

    On peut noter des thèmes de persécution (le sujet est l'objet d'une vengeance, d'un complot...), de grandeur souvent dérivés du premier (il est un illustre méconnu, enfant d'un grand de ce monde, inventeur ignoré mais génial...), d'influence (il est téléguidé, manipulé, envoûté, influencé...la xénopathie est ici au premier plan..), hypochondriaques ( son corps est parasité, transformé, rendu malade...), de négation (son organisme est bouché, il est inexistant ou déjà mort, le monde n'est qu'illusion...)....

    1. 3) le vécu délirant

    C'est la plus ou moins grande adhérence au délire, la façon plus ou moins sthénique pour le malade de vivre la situation. Un délirant qui déclare être fils de la reine de Mésopotamie mais qui prend sans façons le bus pour aller au travail sera déclaré peu sthénique, peu adhérent à son délire. A contrario s'il refuse tout contact, agresse ceux qui ne le saluent pas "comme il faudrait", écrit au pape et manifeste à l'église, sera décrit comme ayant un vécu délirant plutôt sthénique..

    1. 4) la systématisation du délire

    C'est la plus ou moins grande cohérence logique du délire, la solidité de l'enchaînement des thèmes entre eux. Plus un délire est systématisé plus il est convainquant, plus il est descriptible, transmissible, et moins le patient sera angoissé (il en est ainsi dans la paranoïa). Un délire mal systématisé (c’est souvent le cas des délires du schizophrène) est difficile à décrire, donne le sentiment de la coexistence d'idées mal liées entre elles, sans consistance logique, et souvent vécu par le malade dans une ambiance d'angoisse importante.

     

    psymaroc.com©2008 Dr. EL KAHLOUN, dernière mise à jour le 16 mai 2008|contact